LE SYSTÈME. 111 LETTRE D'UN PERSAN, PAR MONTESQUIEU
Tout ce qui est écrit en lettres italiques a été plagié par M. Lippens, sauf quelques endroits où il a cru devoir plus ou moins eomplètement l‘ppenniser Montesquieu :
‘ Hier matin, comme j'étais au lit, j'entendis ‘€ frapper rudement à ma porte, qui fut soudain ‘ouverte ou enfoncée par un homme avec qui € j'avais lié quelque société, et qui me parut tout ‘€ Aors de lui-même.
# Son habillement était beaucoup plus que ‘ modeste ; sa perruque de travers n'avait pas ‘ même été poignée; il n'avait pas eu le temps “ de faire recoudre son pourpoint noir, et il ‘ avait renoncé pour ce jour-là aux sages pré- “ cautions avec lesquelles il avait coutume de
: déguiser le délabrement de son équipage.
Levez-vous, me dit-il, j'ai besoin de vous # tout aujourd'hui ; j'ai mille emplettes à faire, “et je serais bien aise que ce soit avec vous. [1] faut premièrement que nous allions, rue Saint-Honoré, parler à un notaire qui est ‘ chargé de vendre une terre de cinq cent ‘ mille livres; je veux qu'il me donne la pré- “ férence. En venant ici, je me suis arrêté un “ moment au faubourg Saint-Germain, où j'ai “ Joué un hôtel deux mille écus, et j'espère ‘ passer le contrat aujourd’hui.
‘ Dès que je fus haoillé, ou peu s’en fallait, ‘©mon homme me fit précipitamment descendre.
‘ Commençons, dit-il, par acheter un carosse, “et établissons l’équipage. En effet, nous “ achetâmes nonseulement un carosse mais
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encore pour cent mille francs de marchan- # dises, en moins d’une heure; tout cela se fit # promptement, parce que mon homme ne # marchanda rien, et ne compta jamais ; aussi “ ne déplaça-t-il pas. Je révais sur tout ceci, et # quand j'examinais cet homme, je trouvais en & lui une complication singulière de richesses et “ de pauvreté, de manière que je ne savais que “ croire. Mais enfin je rompis le silence, et, lo & tirant à part, je lui dis: Monsieur, qui est- ‘ ce qui paiera tout cela? Moi, dit-il; venez “ dans ma chambre, je vous montrerai des trésors “jmmenses et des richesses env'ées des plus # grands monarques; mais elles ne le seront pas “ de vous, qui les partagerez toujours avec mor. “ Je le suis, nous grimpons à son cinquième “ étage, et, par une échelle nous nous guidons # à un sixième, qui était un cabinet ouvert aux quatre vents, dans lequel il n’y avait “ que deux ou trois douzaines de bassins de “ {erre remplis de diverses liqueurs. (lei # Lippens a lippennisé), voici comment il “ écorche Mortesquieu, qui n’en peut mais: Je. « Je suis, dit-il, nous montons un escalier, il me «€ pousse dans une chambre où il y avait un grand
6.” tableaux. (Puis il rend la parole à où squieu). Je me suis levé de grand ma- &#fi ntinue Montesquieu, et j'ai fait d'adord
« ce que je fais depuis six ans, qui est d'aller & yisiter mon œuvre; j'ai vu que le grand jour «& était venu qui devait me rendre plus riche & qu'homme qui soit sur la terre... Voyez vous # cette liqueur vermeille. (Lippens dit:
& Voyez-vous ces tableaux). ÆElle à à présent
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toutes les qualités que les philosophes deman- ‘ dent pour faire la transmutation des métaux. ‘“ J'en ai tiré ces grains que vous voyez, qui “ sont de vrai or par leur couleur, quoiqu'um ‘ peu imparfaits par leur pesauteur. Ce secret « que Nicolas Flamel trouva, mais que Raïmond “ Lulle et un million d'autres cherchèrent « toujours, est venu jusqu'à moi, et je me trouve “€ aujourd'hui un heureux adepie. Fasse le ciel « que je me serve, de tant de trésors qu'il m'a& “communiqués pour sa gloire! (Liprens a «“ quelque peu lippennisé cette phrase.)
«Je sortis, et je descendis, ou plutôt je me « précipitai par cet escalier, transporté de colère «et laissai cet homme si riche dans son hôpital. «€ Adieu.”
Si tous nos écrivains venaient ainsi retirer, une à une, leurs plumes sal'es de la brochure de Lippens, que restorait-il à notre geai? Kïen.
e pourrais m'en tenir là; mais le bon Lsfontaine me tourmente pour que je vous lise eucore une toute petite fable, qui vous convient à merveille et que vous apprécierez, j'en suis sûr. Ecoutez done, cher!