SOCIÉTÉ D'AUJOURD'HUI
On ne crée rien de rien. — La société de demain fille d'aujourd'hui. — Une machine ne rend que ce à quoi elle est adaptée. — Adapter n'est pas réformer. — Les individus ne réalisent que ce dont ils sont convaincus. — Utilité de l'idéal. — Moyens de lutte, moyens temporaires. — Bons de travail. — Aggravation du système capitalis-te. — Produire pour agioter. — La richesse de la production engendre la misère du producteur. — Amélioration n'est pas affranchissement. — Impossibilité d'une valeur d'échange. — La consommation obligatoire. — Les ricochets de la production et de la consommation. — Produire pour consommer.
a De la société actuelle on ne passera pas, d'un bond, à la société future », nous disent les partisans des réformes. Et la révolution
société d'aujourd'hui, société de demain 303
qui doit faire disparaître les derniers vestiges de l'exploitation et de Poppression sera impuissante, par elle-même, à créer l'ordre de choses nouveau, auquel elle peut seulement aplanir la route. On ne refait pas une société de fond en comble, même par une révolution.
Des hommes qui iraient s'établir dans un pays vierge de toute trace humaine, où toute l'organisation sociale serait à reconstituer, y apporteraient, de par leur éducation, leurs habitudes, et leurs préjugés, des vestiges de l'organisation sociale qu'ils auraient quittée ; à plus forte raison, ces vestiges ne peuvent disparaître brusquement et totalement dans un état social qui ne fait qu'en continuer un autre.
Et ceux qui prétendent réaliser un état social meilleur en réformant les institutions actuelles, ont raison de nous dire qu'il faut, dès à présent, travailler à organiser les groupements qui doivent constituer la société de l'avenir ; car c'est dans l'état social présent que nous devons essayer de constituer la société future. Seulement lorsqu'ils ont plus ou moins bien adapté une machinette quelconque à l'ordre de choses actuel, leur tort est de croire que
c'est cette machincttequi va constituer Tordre futur, ou bien, de tellement la subordonner à l'état présent qu'elle ne constitue qu'une entrave de plus à la réalisation de l'avenir.
L'ordre social étant mauvais, et vicié dans son essence, les institutions qui constituent son organisation étant faites au profit d'une classe de citoyens au détriment du reste de la population, c'est une erreur de croire que ces institutions pourront être meilleures soit en y mettant, pour les faire fonctionner, des hommes plus intègres, soit en les amendant pour en changer le fonctionnement.
Quoique les comparaisons ne soient pas toujours des raisons, je comparerai l'Etat et l'ordre social économique qu'il protège, à une machine, — car, ici, il y a mieux qu'une simple analogie, il y a identité. — A une machine construite pour faire du tissage, on aura beau y mettre un conducteur d'imprimerie, on ne lui fera pas produire de l'impression, mais seulement du tissage si celui que l'on aura mis pour la conduire arrive à en comprendre le mécanisme, et ne la détraque pas dans des essais de lui faire accomplir un travail pour lequel elle n'est pas adaptée.
L'appropriation du sol, do l'outillage, engendrant le salariat et l'exploitation, et l'Etat engendrant l'arbitraire, mettez-y les plus humanitaires des réformateurs, les hommes les plus probes, ils n'empêcheront les mauvais effets de ces institutions qu'en détruisant l'institution.
Par conséquent, pour être vraiment un pas vers l'avenir, toute réforme de l'Etat social actuel, tout groupement qui se constitue doit être la négation de ce qui existe, et non un essai d'amélioration.
Ainsi, par exemple, certains syndicalistes viennent nous dire que les syndicats seront le noyau des groupes corporatifs de l'organisation sociale future. Les coopératcurs, eux, proclament que ce sont les coopératives de production et de consommation qui sont toutes prêtes à se substituer aux industriels, fabricants et négociants capitalistes ; que c'est de leur sein que sortira la vie économique de la société de demain. Que par elles l'ouvrier acquerra les connaissances nécessaires à la gestion de toute entreprise, y faisant l'apprentissage de direction, devenant ainsi apte à se
passer de ceux qui le domine aujourd'hui par leur compétence.
Il n'y a pas jusqu'aux mutualistes qui n'aient la prétention de travailler à la réalisation de la cité idéale.
Or, les uns et les autres se trompent, en croyant qu'ils détiennent la solution de la question sociale, et que leurs seuls moyens suffiront à cette solution. Tout groupe destiné à faire concurrence, dans l'état social actuel, aux groupements capitalistes, ne peut lutter contre eux qu'avec leurs propres armes, sur leur propre terrain, contribuant ainsi à perpétuer quelques-unes de leurs erreurs, quelques-uns de leurs rouages. Ils peuvent bien combattre la manière de faire capitaliste, mais ce n'est qu'en l'imitant. Gomment pourraientils former l'organisation sociale future, alors qu'ils ne peuvent être que la continuation de celle-ci ?
Comme les Hébreux errants dans le désert, ils peuvent bien, du haut de la montagne, découvrir la Terre Promise, mais ce ne seront pas eux qui y pénétreront.
Que les membres qui militent dans ces groupements y acquièrent des qualités qui peuvent
leur être utiles dans un autre état social, d'accord. Que la transformation que ces groupements font subir au système actuel facilite le passage à un groupement plus perfectionné, rien de mieux. Ce n'est que la pratique qui nous mettra sur la voie d'une forme de groupement appropriée à un nouvel état économique.
Etant donné qu'il nous est impossible de réaliser immédiatement, et en une seule étape, notre idéal — pour la bonne raison que ce sont les conditions dans lesquelles on se débat qui, seules, peuvent indiquer la solution, — force nous est bien de nous accommoder, aux maigres possibilités que nous apporte la lutte quotidienne, mais à condition que ce soit comme le gîte que Fonprend, la nuit, pendant un voyage, et qu'on laisse le lendemain pour continuer sa route, et que ces formes de groupement soient assez élastiques pour s'accommoder aux nécessités apportées par les transformations obtenues dans la lutte.
Certes, pour réaliser la réforme la plus inoffensive, il faut avoir foi en son efficacité, il faut être convaincu de son avantage réel sur le présent. Il faut que ces réformes aient lieu,
et pour qu'elles se réalisent il faut des gens qui croient en leur efficacité.
Mais ceux qui veulent concilier le passé, le présent, et le futur n'ont jamais manqué.
Il sont légion. Et, leurs réformes une fois appliquées, ils deviennent les plus enragés conservateurs. Pour que l'on ne s'attarde pas à ces formes transitoires, pour combattre leur tendance h devenir définitives, barrant la route à de nouvelles transitions, il faut qu'il y ait les révolutionnaires, ceux qui sont convaincus de l'insuffisance des formes de transition, les cliercheurs d'idéal, qui poussent les retardataires, et, au besoin, leur passent pardessus.
Gomme nous l'avons vu au cours de ces pages, tous les moyens proposés et passés en revue, peuvent bien apporter une amélioration — anodine et temporaire — à la mauvaise organisation sociale existante, mais non la transformer.
Ainsi les syndicats, seul moyen légal de lutte que possèdent les ouvriers contre les exploiteurs, peuvent bien leur permettre d'obtenir
quelques améliorations dans les conditions de travail, une meilleure rémunération, mais ils doivent borner,, ou tout au moins subordonner leur programme à ces palliatifs pour arriver à grouper le monde ouvrier qui, dans son apathie, néglige môme ce moyen de lutte contre ses exploiteurs.
Aujourd'hui que, pour la plupart, les individus sont enfermés pour toute la vie dans la même branche . d'industrie, le groupement corporatif est un groupement naturel ; mais dans l'avenir, lorsque l'individu pourra donner libre cours à ses aptitudes, qu'il ne sera plus spécialisé, qu'il pourra équilibrer le travail manuel et intellectuel, et varier ses travaux de façon à développer harmonieusement son cerveau et son corps, toute autres seront les formes de groupement dont il fera partie.
Moyen de lutte nécessité par l'antagonisme sur lequel est basé l'état social présent, le syndicat doit disparaître avec lui.
De môme, les groupements de mutualité, basés sur la forme capitaliste, et d'épargne, parce que, en l'état présent, l'individu n'est jamais assuré du lendemain.
Ainsi que les coopératives qui, en l'état pré-
sent, ne peuvent se soustraire à la fatalité qui régit la production économique capitaliste :
produire pour vendre, et non pour consommer.
Admettons l'impossible. Tous les travailleurs se sont formés en associations de production et de consommation. Ces associations ne se font pas concurrence entre elles — ce qui supposerait une mentalité communiste que l'on dénie pouvoir exister — elles se répartissent le marché. Elles peuvent vendre leurs produits à meilleur compte, sans diminuer les salaires. — Les bénéfices réalisés par la suppression des intermédiaires le permettant. — Cette baisse de prix des produits, avantage réel pour le consommateur est, par le fait, une augmentation de salaire puisque tout consommateur est doublé d'un producteur. Quel changement cela aura-t-il apporté aux travailleurs ?
Allons même plus loin, admettons que les socialistes sont au pouvoir, qu'ils ont abuli la monnaie, et l'ont remplacée par leurs fameux bons de travail qui, selon eux, doivent assu-
rer à tout travailleur le produit intégral de sa. production.
Il faut savoir se payer de mots pour croire qu'il aura suffit de changer la matière dont est faite la monnaie, et de la baptiser « bon de travail » pour s'imaginer qu'on en aura changé le mécanisme.
Si, on aura apporté un changement, au lieu de fabriquer indépendamment l'un de l'autre, la monnaie d'un côté, les objets de consommation de l'autre, on les aura rendus beaucoup plus dépendants puisque, chaque heure de travail écoulée, chaque objet produit devra avoir pour effet de créer automatiquement son équivalent en la nouvelle monnaie; les inconvénients n'en seront pas amoindris, mais augmentés.
D'abord, il est faux qu'avec les bons de travail, le producteur obtiendra l'intégralité de sa production. Avec ce système tous les emplois inutiles ne seront pas supprimés. Le salaire du véritable producteur sera grevé de toutes les heures de travail exigées par la complication d'un système qui emprunte ses rouages à la société capitaliste.
De plus, le fait d'attribuer une valeur à un
objet de consommation, c'est perturber la production, car de ce fait, la production n'est plus faite en vue de la consommation, mais en vue de produire des valeurs d'échange, ce qui vicie les rapports de producteurs à consommateurs.
Et c'est le vice fondamental de l'organisation capitaliste où l'on produit, non pour satisfaire aux besoins de la consommation, mais pour réaliser des bénéfices.
Si un individu passe son existence à produire toujours la môme queue de casserolle a des millions d'exemplaires, à faire glisser sous la machine à raboter ou à estamper des milliers et des milliers de pièces du même modèle, c'est pour que l'opération, à la lin delà journée, ou de la semaine, lui laisse dans les mains un certain nombre de pièces d'argent qui lui permettront d'acheter d'autres objets, que d'autres individus passent leur vie à fabriquer, pour avoir, eux aussi, quelques pièces d'argent, à l'aide desquelles ils se fourniront d'objets fabriqués par d'autres.
La machine que fabriquent les mécaniciens
SOCIÉTÉ D'AUJOURD'HUI, SOCIÉTÉ DE DEMAIN 31o
d'un atelier, tant qu'elle n'est pas arrivée aux mains de ceux qui l'emploieront, n'est pas un outil, le blé que fait pousser le paysan, le bœuf, le mouton qu'engraisse l'éleveur, tant qu'ils ne sont pas arrivés sous la dent de ceux qui s'en rassasieront, ne sont pas des objets de consommation, — ce sont des valeurs (réchange qui, dans l'état social actuel, ne peuvent garder « toute leur valeur » que si leur trop grande abondance ne les déprécie pas trop sur le marché des transactions.
Et c'est pourquoi dans nos sociétés, dites civilisées, on voit des gens mourir de faim parce qu'il y a trop de comestibles en magasin, les paysans regretter une trop bon ne récolte parce qu'ils auront de la peine à s'en débarrasser, ou à des conditions désavantageuses ; abondance nuisible aux producteurs, et dont les consommateurs ne bénéficient que pour une part à peine appréciable, tout le bénéfice restant aux mains des intermédiaires qui, eux, règlent la vente des produits sur le marché, de façon à être les maîtres de la cote.
Et, lorsqu'il s'agit de produits secondaires de l'alimentation, comme les fruits, par exemple,
le paysan préfère les laisser pourrir sur pied,
le produit de la vente ne compensant pas les frais de cueillette, alors que le fruit, pour quantité de gens, dans les villes, reste un aliment de luxe.
Mais lorsque la surproduction sévit sur un produit dont la culture intéresse une partie notable de la population, celle de la vigne par exemple, et devient permanente, par suite de son expansion, cela prend le caractère d'une calamité, et engendre des soulèvements de population qui peuvent bien, momentanément, se solutionnera coups de fusil, mais qui, pour ceux qui veulent réfléchir, font bien constater la mauvaise organisation économique, puisque l'abondance d'un produit qui, si la société étaitorganiséenormalement, devrait faire la joie de tous, engendre la misère pour ceux qui le produisent.
Pour les produits de l'industrie si la crise n'atteint pas des proportions aussi violentes, car leur production se limite plus facilement, les mauvais ellets en sont les mômes. Crises, chômages, lorsque les produits deviennent trop abondants sur le marché, ou maintien artificiel des prix au détriment du consommateur parla restriction dans la production — d'où clio-
mages pour le véritable producteur: l'ouvrier.
Ce danger sera évité lorsque tous les groupes coopérateurs seront reliés ensemble, disent les coopérateurs — lorsque la production sera réglée par des commissions de statistique, selon les socialistes à « bon de travail ».
Evidemment, il est possible d'arriver à équilibrer plus normalement la production des produits de première nécessité. Notre état social présent est assez incohérent pour que Ton puisse trouver mieux sans grand effort. Mais une légère amélioration du sort matériel n'est pas l'affranchissement intégral. Ou, si l'on veut, la médiocrité pour tous n'est pas le but de l'humanité.
En maintenant une valeur d'échange, on maintient le salariat, on met des bornes à l'activité humaine, on pose des limites à l'affranchissement de l'individu.
Je ne parlerai que pour mémoire ; — car, si le mal est appréciable, il n'est pas le pire — de tout le fonctionnariat de contrôle et de comptabilité qu'entraînerait, cette organisation.
Le pis c'est que, en établissant une valeur
316 KKFORMES, RKVOU'TION
d'échange, un enlève du coup à l'individu la possibilité d'évoluer et de déployer ses aptitudes où bon lui semble. Cela suppose la niai nmise'par les corporations, ou l'Etat, sur h 4 sol, l'outillage. Et alors, en elfet, chaque objet produit s'incorpore d'une valeur représentée par un bon d'échange.
On aura pris une mesure, égale pour tous, pour établir la valeur dv* objets. Mais la faculté productrice des individus est variable. Unv paire de chaussures pourra bien représenter cinq heures de travail pour l'un, mais pour tel autre n'en vaudra que trois. Dillercnre. inappréciable, peut-être, sur des petites quantités, mais qui devient formidable lorsqu'il s'agit du travail de dizaines de milliers d'individus, et s'accumule avec les années.
On prendra une moyenne ? Voilà une comptabilité déjà pas très commode.
Mais cette dill'érence dans la production se retrouve dans la consommation. Il se produira ceci, c'est que. des gens doués "de. beaucoup d'activité auront peu de besoins. Ils contribueront à remplir les magasins, mais non à les vider. Or, comme chaque produit emmagasiné ne peut en sortir que sur la présentation
do la valeur d'échange remise à celui qui l'a fabriqué, voilà bien des causes de perturbation dans le service des échanges. Restreindra-t-on la production lorsque les magasins s'encombreront, ou la valeur d'échange subira-t-elle des hausses et des baisses, selon l'état des marchés ? Ou bien établira-t-on la consommation « gratuite et obligatoire ? » Voilà bien de la besogne embrouillée pour les commissions de statistique.
D'autre part, le fait d'établir un salaire pour ceux qui produisent, c'est mettre une borne à la consommation de celui qui le reçoit. Il ne peut plus sortir de la limite que ce salaire lui impose. S'il fait augmenter ce salaire, les objets qu'il produit augmenteront d'autant, c'est une perte pour chaque consommateur, à moins qu'eux aussi, fassent augmenter leurs salaires. Il faudrait alors que ces diverses augmentations s'équilibrent bien, pour qu'il n'y eût personne d'avantagé au détriment des autres !
Pour qu'il y eût amélioration pour tout le monde il faudrait que le bénéfice fût dans une
amélioration des moyens de production ; mais alors la marge est bien étroite, et les améliorations ne sont pas continuelles ni indéfinies.
Bien entendu, notre régime politique qui, aux domestiques personnels, à toute l'armée d'intermédiaires, de financiers, de bureaucrates, d'agioteurs qu'exige le système économique, vient ajouter son cortège de larbins sociaux : juges, policiers, députés, soldats — et le prêtre, il n'y a pas si longtemps — est bien fait pour empirer la situation.
Chacun de ces parasites prélève sa part sur la paire de souliers que fabrique le cordonnier, sur le bulfet que fabrique l'ébéniste, sur le blé que fait pousser le paysan. Les frais d'usure de l'outillage — qui est un capital — l'amortissement du capital, le loyer dès locaux où s'abritent l'industrie, les magasins où s'empilent les produits, et on peut en conclure que, à la fin de la journée, ce n'est pas la valeur d'une journée de travail qu'empoche l'ouvrier, mais un cinquième ou un sixième de journée.
Mais ce n'est pas tout. Si tout l'argent qui a été donné pour fabriquer les produits revenait les acheter, le producteur n'en serait pas moins volé sur son travail, mais peut-
société d'aujourd'hui, société de demain 319
être arriverait-il à vivre passablement. Mais cela n'est pas. Une partie est absorbée par l'agiotage, une autre partie s'accumule en bénéfices qui, placés en actions prélèveront une part nouvelle sur le produit du travail, une autre sert à couvrir la plus-value que prennent certains produits, une partie du sol, de sorte que les souliers fabriqués par le cordonnier, les meubles par l'ébéniste restent en magasin, et voilà >un arrêt qui se répercute sur les tanneurs, les éleveurs, les bûcherons, etc., etc., venant restreindre la production et, par ricochet, la consommation encore. *
Tout cela, parce que l'on nous a dotés d'une valeur d'échange.
Tandis que tout change dans une société où l'effort de l'homme ne se mesure pas, où son activité n'a d'autres limites que le jeu régulier et bien équilibré de ses forces et facultés.
La terre et l'outillage à la libre disposition de chacun, pas de redevances à payer. Continuellement en relations les uns avec les autres, les groupes sont tenus au courant des besoins de la consommation sans comptabilité compliquée, sans avoir besoin de toute une ar-
320 MKKOKMES. KKVOU T Tl<>.\
méed'érrivassiers qui peinent inutilement sur des colonnes do ehiiïres, s'abètissant à Ja recherche de t* e 1 1 i i m es oublies dans une addition.
L'objet îfa d'autre valeur' que celle qu'y attache celui qui le. désire et alors la peine ne compte pas.
S'il y a abondance des produits naturels tout le monde en profite sans perturbation dans la comptabilité. Dans la. production industrielle, quelque soit le ou les modes de groupement adoptés par les artisans de la société Future, l'encombrement ne pourra avoir lieu car les individus ne fabriqueront plus pour « échanger » mais pour « consommer ».
Disparition du régime capitaliste et de ses institutions.
— Individualisation du travail. — Ni spécialisation ni universalisation, équilibre. — Variété des formes d'activité de chaque individu. — Ebauche de la société future dans les groupements actuels. — Les réserves.
— Causes de luttes, causes d'entente. — Ce que Ton nie pour la société future existe dans les relations sociales d'aujourd'hui. — Le besoin créera le groupement. — Nombreuses sont les formes d'action qui sollicitent l'initiative des individus. — Si les anarchistes ne sont pas nombreux, les idées anarchistes sourdentde toutes parts. —Les groupements pour l'action,
Donc, pour que l'individu acquière réellement la possibilité de satisfaire complètement tous ses besoins, de se développer intégrale-
ment, intellectuellement et physiquement, il faut, non seulement détruire le régime de bascule capitaliste, mais que le nouvel ordre social soit débarrassé de tous les mécanismes à l'aide desquels il se régit.
Plus de salaire, plus de valeur d'échange, mais une production et une consommation libres, limitées par les seuls besoins, et les impossibilités matérielles.
Ici, je vois se dresser l'objection des économistes, et des socialistes à « bons de travail », leurs continuateurs. Gela ne serait possible que si chaque individu était capable de travailler à la production de « tout » ce dont il a besoin, toute sa vie. mais alors, tout son temps se passerait à peiner, sans jamais trouver une heure de loisir. Vous voulez revenir aux temps primitifs où chacun était son propre chasseur, son propre armurier, cordonnier, tailleur, etc. Les besoins, à cette époque, étant des plus réduits permettaient cet individualisme outré, et cependant, l'individu devait avoir bien peu de loisirs, et son sort n'a rien de si enviable que nous voulions y retourner.
Il devait, cependant avoir quelques loisirs
tout de même, puisqu'il trouva le moyen de consacrer une partie de son temps à cultiver les beaux-arts, en ornant de sculptures les manches de ses armes et outils, d'orner de gravures les parois de rochers qu'il rencontrait, des cavernes qu'il habitait, d'enjoliver d'ornements les poleries qu'il fabriquait.
Et ce qu'il n'avait pas, nous avons, nous, à notre disposition, un outillage mécanique que les facultés imaginatives des inventeurs développent tous les jours, des forces motrices que nous dirigeons à volonté, augmentant à l'infini notre capacité de production.
D'autre part, il ne s'agit pas que chaque individu fabrique absolument chaque objet dont il aura besoin.
Il serait absurde de prétendre qu'il faut que l'individu apprenne les mille et une industries en lesquelles s'est fractionnée l'activité humaine ; mais il est tout aussi absurde de vouloir le spécialiser dans une seule. 11 n'acquiert en célérité que ce qu'il perd en développement intégral.
Un individu ne peut pas faire tous les mé-
32i RÉFORMES, REVOLUTION
tiers, mais son activité peut, et doit, se donner libre cours en les sens les plus varies s'il veut être bien équilibré :
Il peut, simultanément, faire partie d'un groupe où l'on s'occupe de la fabrication de meubles, d'un autre où Ton fabrique des outils, d'un troisième d'agriculture, sans compter les groupes de travail intellectuel, sans autre limite que ses goûts, ses tendances, et la somme de forces qu'il a à dépenser.
Il peut également varier de goûts et d'occupations au cours de son existence. Les aptitudes tout en restant les mêmes peuvent varier d'application.
C'est cette variété d'aptitudes, cette div site de groupements dont l'individu pou refaire partie qui lui donneront la facilité de se procurer ce qu'il ne pourra produire luimême
Gomment s'opéreront ces échanges, comment fonctionneront ces groupements, -les prévisions que l'on peut faire là-dessus ne pourraient avoir qu'une valeur d'indication. Chacun peut s'en faire une conception particulière, et, fort probablement, c'est ce qui se produira; pour les débuts tout au moins, il se
DE LÀ société présente 325
créera, autant do formes de relations qu'il y aura de façon de les envisager.
Laissons aux habitants de la cité future un peu de besogne à faire. En présence des difficultés et des ressources, ils sauront mieux que nous ce qu'ils auront à faire. Ce que l'on peut dire, c'est que ces groupements doivent ôlre assez élastiques pour changer de façon d'opérer selon les circonstances, et que, s'ils ne veulent pas retrouver les inconvénients du système actuel, toute valeur d'échange doit disparaître dans leurs rapports.
Et ces groupements peuvent, dès aujourd'hui, nous donner une ébauche de ce qu'ils pourraient être lorsque la société sera débarrassée des entraves économiques et politiques.
Aujourd'hui, à part celui qui est assez riche pour se payer la satisfaction de faire fabriquer d'après ses modèles, nous sommes forcés de subir le mauvais goût du capitaliste, de nous contenter des modèles qui se prêtent le mieux à la fabrication à la grosse, et.de subir
la camelot te dont il inonde le marché.
Dès à présent, pour les meubles qui. garnissant votre intérieur, vous font une ambiance de beauté ou de laideur, selon ce qu'ils sont façonnés, pour une foule d'objets usuels qui font partie de la vie intime, il pourrait se former des groupes d'individus, de professions différentes, comme dessinateurs, serruriers, menuisiers, ébénistes, tapissiers qui s'entendraient pour travailler en commun — en dehors des heures de travail nécessaires pour gagner la vie — pour fabriquer des meubles pour chacun des associés, et à peu de frais. Un atelier collectif — pour le travail du bois, il existe des scieries qui exécutent à peu de frais d'après vos modèles — où l'on s'essaierait au travail en commun, par affinités, à la diversité du travail. Et on pourrait faire des choses artistiques, avec de la matière à bon marché.
Ce qui peut se faire pour des meubles peut se faire pour toutes sortes de choses. Ces groupes, lorsqu'ils ont satisfait aux besoins de leurs co-participants, peuvent entrer en relation avec des groupes ayant des activités différentes, ou mêler leurs activités pour se fournir ou échanger les produits de leur activité, et
voilà, pour moi, des bases posées pour les groupements de la société future.
Car, ici, les individus ne produisent plus pour commercer, directement ou indirectement; c'est pour consommer qu'ils produisent. 11 ne leur reste qu'à détruire l'entrave du salariat — chose faite dans leurs nouveaux rapports — qui pose des limites à la satisfaction de leurs besoins, et arrête leur développement.
Avec l'outillage mécanique qui existe, avec les forces motrices dont dispose l'homme, on peut, dès à présent, — il n'y a guère que quelques économistes attardés pour soutenir le contraire — produire, dans Tindusîrie, assez' pour que tous aient en abondance ce qui est nécessaire aux besoins de la vie.
Gela est d'autant plus indéniable que ce qui fait la misère dans notre état social actuel c'est, nous l'avons vu 5 l'encombrement des produits — certes, ce qui est en magasin serait vite absorbé si chacun avait son nécessaire! Mais il ne faut pas oublier que, dans chaque corporation, les chômages sont pério-
diques, qu'il y a continuellement un nombre respectable d'ouvriers à la recherche de travail, et, maigre cela, les capitalistes sont tellement encombrés de leurs produits, que c'est à coups de canon qu'ils vont les imposer aux Malgaches et aux Marocains; forcer les nègres d'Afrique à accepter des culottes et des souliers dont ils n'ont que faire, de l'eau-devie qui les empoisonnera, en paiement du travail qu'on leur impose, des richesses qu'on leur extorque.
D'autre part l'organisation capitaliste est telle que, pour un individu qui fait un travail productif, il y en a bien cinq qui s'emploient à faire perdre le temps de celui qui travaille.
Quant à la production qui semble devoir se prêter moins facilement à une extension continue, l'agriculture, là encore on peut citer les terres qui ne sont pas mises en cultures parce que leur rendement immédiat ne « paierait » pas assez vite « l'argent » que coûterait leur mise en valeur.
Là, pis que dans l'industrie, les procédés de production sont retardataires, ne demandant qu'à être perfectionnés pour décupler la production. Et, malgré ces imperfections.
malgré le système capitaliste qui. par tous les moyens, pour vendre cher, cherche à limiter la production, il se produit des années exceptionnelles où l'abondance est une ruine pour le producteur.
La révolte du Midi ne pouvant vendre son vin parce que la production dépasse la consommation en est un exemple.
Et, par là, tombe l'objection de ceux qui veulent que le système communiste soit impossible par ce qu'il n'y a pas assez de produits pour tout le monde.
Mais sans valeur d'échange, nous dit-on.
il y aura chicane entre les groupes et les individus, les "uns voudront prendre beaucoup et donner peu; on voudra consommer sans s'occuper de produire. Votre société marchera, droit au gâchis, aux discussions, aux conflits.
On pourrait noter que l'établissement d'une valeur d'échange ne supprime pas ces conflits, mais, au contraire, entretient l'esprit qui les suscite.
D'autre part, on oublie que les nouveaux groupements doivent contribuer à changer
la mentalité de leurs participants, et, par l'exemple, de ceux qui les voient à l'œuvre.
La société de demain ne s'établira pas instantanément, comme par enchantement. Entre aujourd'hui et demain, il y aura bien des essais, bien des tâtonnements. Et combien de faillites pour un succès! Dans l'enchaînement des êtres, combien de formes disparues pour ne laisser place qu'au formes qui ont pu s'adapter.
Aujourd'hui, au milieu du désordre capitaliste; malgré l'organisation antagonique de la société ; malgré toutes les incitations à la fraude, malgré toutes les fraudes qui se produisent, — qui ne peuvent se produire sans responsabilités pour les fraudeurs que grâce à la multiplicité des intermédiaires, — le commerce et les échanges ne peuvent subsister que par la confiance que les capitalistes sont obligés d'établir en leurs relations.
Est-il absurde de prétendre que les individus puissent atteindre un développement plus parfait, une initiative plus développée, une plus grande conscience de leur dignité; facilitant par leur développement mutuel Pharmonie dos relations sociales ! surtout lorsque, dans
ces relations, on a éliminé les causes de lutte, de tromperie et de spoliation.
Si, par impossible, il se trouvait des individus et groupes ayant conservé, d'un autre monde, des habitudes de tromperie dans leurs relations avec les autres groupes ou individus, je crois que ce serait surtout tant pis pour eux ; car ils se rendraient ainsi la vie très difficile ; ceux qu'ils auraient trompés n'étant pas embarrassés pour se créer des relations plus loyales, et isoler ceux qui useraient de la tromperie.
Si les individus pensaient tous de même, ils ne formeraient qu'un groupe, ou une môme forme de groupement. Mais les façons de penser sont infinies, innombrables seront les groupements ayant chacun leur façon d'opérer.
Ce sera le besoin qui unira d'abord les individus, et la divergence d'idées qui les morcellera, mais les besoins les regrouperont à nouveau en des modes variés.
Dans l'œuvre de transformation sociale qui s'accomplit le tempérament des uns les entraîne vers la lutte, à la destruction des for-
mes sociales qui entravent le développement humain, d'autres sont attirés vers la réalisation d'un devenir meilleur — autre moyen de lutte. — Il y a plaee pour tous les efforts qui peuvent, parfois, s'aider l'un l'autre.
Tel voudrait voir résister davantage aux agissements policiers, mettre une digue aux envahissements de cette purulence qui menace de gagner l'état social.
Tel autre souJfre ou a souffert davantage île l'action déprimante de renseignement distribué par l'Etat qui ne fait que des fonctionnaires, des valets, des êtres sans ressort, sans énergie, sans initiative! Que ceux qui sont d'accord qu'il faut instituer un enseignement plus rationnel se rassemblent et opposent le leur à celui de l'Etat.
On crie contre la guerre, on la trouve absurde, mauvaise, criminelle, que l'on se convainque bien que les récriminations qui ne se traduisent que par des phrases n'ont jamais rien empêché. Que l'on se groupe pour trouver la force nécessaire à eontre-balancer celle de ses maîtres, et on pourra leur résister.
Tout ce qui tends h briser les entraves dont nous charge l'état social actuel, tout ce qui
doit enseigner l'entente et la solidarité aux individus, a sa place toute marquée dans la lutte qui se mène contre le capitalisme.
Je pourrais passer en revue chacune des réclamations qui se font jour dans l'état social. Peu, pour ne pas dire aucune, sont susceptibles de grouper la majorité des individus, mais chacune intéresse un nombre important d'êtres humains qui, par leur entente, leur action, peuvent modifier l'organisation sociale en ce qui les concerne. Que l'on abandonne donc le rêve de grouper une force unique, assez puissante pour modifier d'un seul coup, l'état social en son entier, mais que chacun s'organise pour porter la lutte sur des points définis, ctTon obtiendra le résultat désiré beaucoup plus rapidement.
Mais comment amener les individus à une cohésion si parfaite, alors que notre organisation sociale tend, au contraire, à les diviser, à émietter leurs efforts ?
En changeant leur mentalité.
C'est difficile, je l'avoue, mais ce n'est que
comme cela que se sont opérés les change-
ments sociaux par lesquels a passé l'humanité.
Il faut que les individus ne croient plus aux promesses des assoitfés de pouvoir, qu'ils apprennent que les coups de force, bons, à certains moments, pour briser les résistances, n'ont aucune valeur pour édifier.
De même qu'ils ont appris que la « Providence » n'était qu'une conception de leur cerveau, il faut qu'ils apprennent que « République », « Collectivisme », « Communisme », « Révolution », « Anarchie » ne sont que des mots pour désigner certaines conceptions de leur imagination, certains actes de leur activité, mais n'ayant aucune activité propre, aucune influence sur la forme de groupement ou d'action qu'ils désignent. Que ces organisations, ces actes ne seront que ce que les fera l'évolution de ceux qui chercheront à les réaliser.
Qu'importe où s'attaque l'individu, pourvu que ce soit à une des institutions qui nous opprime, pourvu que ce soit pour apprendre à se passer d'elles.
Plus les individus développeront leur initiative, plus vite ils aideront à la transformation sociale. L'important est qu'ils comprennent une fois pour toutes que ce n'est pas en
restant chacun chez soi, même avec les idées les plus subversives, que Ton arrivera à renverser l'ordre social qui nous écrase, mais en le combattant toujours et sans cesse. L'individu isolé est écrasé par la puissance formidable du monstre. Mais lorsque tous ceux qui veulent sa disparition se sentiront les coudes, leur puissance sera irrésistible.
Cette façon d'opérer aurait un autre avantage, ce serait de créer cette unité d'action, cette coordination d'efforts que demandent ceux qui se lamentent sur la division qui existe parmi ceux qui veulent la disparition de l'état social actuel. Coordination que l'on croyait pouvoir atteindre en imposant un credo à ceux que l'on embrigadait — façon de procéder qui n'a jamais abouti qu'à des divisions et à une dispersion plus grande, poussée jusqu'à la rivalité et à l'antagonisme.
A l'heure actuelle, le nombre de ceux qu acceptent l'idée anarchiste dans toute son intégralité est, il ne faut pas se dissimuler, bien minime, si on le compare à la grande masse ignorante. Mais, d'autre part, si nous prenons
séparément chacune de nos conceptions, soit sur la société actuelle, soit sur celle que nous voulons réaliser, il n'en est pas une seule qui ne soit plus ou moins acceptée par nombre d'individus qui sedéfendenl d'ailleurs d'anarchisme.
Quelle force puissante formeraient ceux qui ont compris toute l'horreur delà guerre, s'ils se groupaient et travaillaient à la disparition de ces deux fléaux : la Guerre, le Militarisme.
Et ici, je ne veux pas parler des bourgeois pacifistes qui veulent, ou plutôt qui « désirent » la disparition de la guerre, mais ont bien garde de ne rien toucher aux causes qui l'engendrent; mais de tous ceux qui, théoriquement, acceptent les véritables moyens de la faire disparaître, mais restent inertes.
11 n'y a pas que les anarchistes qui trouvent que l'instruction et l'éducation, telles qu'elles se donnent actuellement, sont fausses, antinaturelles, déprimant le cerveau, amoindrissant l'individualité. Qu'importe ce que peuvent penser sur d'autres points les individus qui s'associeraient pour organiser une éducation rationnelle, pourvu qu'ils fussent d'accord pour en éliminer tout dogme, toute idée pré-
conçue pour ne faire appel qu'à l'intelligence et à l'esprit critique de l'élève.
Je n'ai pas besoin de répéter ma liste, mais on voit ce qui pourrait se faire, si au lieu de vouloir grouper — ce qui est impossible — des gens pour qu'ils pensent absolument de môme sur tout, ils se groupaient eux-mêmes sur des points particuliers, nettement définis.
Evidemment, en certains cas, même lorsque les individus se seront entendus sur un but commun, il pourra Rétablir des divergences dans les moyens de le réaliser. Mais la seule divergence qui puisse empêcher de former bloc, ça sera de savoir si l'action du groupement s'exercera par la voie parlementaire, ou par « l'action directe ».
C'est là la divergence capitale qui, partout, donnera lieu à deux courants différents dans lesquels se fondront les autres divergences de détail.
Unir toutes les forces en un seul faisceau est une utopie que la vie ne tarde pas à démontrer irréalisable. Du reste il n'y a de force qu'en l'unité d'action. Tout ce que l'on peut demander aux individus, c'est de ne pas être sectaires, de ne pas s'imaginer qu'eux seuls
détiennent la vérité, et lorsque les divergences ne sont pas fondamentales, ne s'excluant pas l'une l'autre, de se prêter un mutuel appui, tout en travaillant dans la direction et sous la forme qui leur sont propres.
C'est ainsi que les individus apprendront à développer leur initiative et qu'il ne dépend que d'eux, que d'eux seuls, à réaliser ce qu'ils veulent, et que c'est le groupement — le groupement pour Faction — qui leur donnera la force qu'ils cherchent.
Une fois qu'ils auront appris la force du groupement et de la volonté, l'expérience leur enseignera les formes les plus propices.
Et les individus ayant appris, par la lutte, à se grouper selon leurs besoins, selon leurs aspirations; leurs groupes ayant appris à se mettre en relation pour se faciliter mutuellement la besogne, c'est de là que sortira la société future harmonique qui n'aura plus qu'à laisser se dissoudre les groupements de lutte une fois leur tâche accomplie, à fortifier et à développer ceux qui auront pour tâche de faciliter les rapports pour la production et la consommation.
La révolution est inévitable. — C'est en résistant à leurs maîtres que les exploités prennent conscience de leurs droits. — C'est aussi en luttant que l'être d'aujourd'hui peut trouver les formes ;de groupement de demain. — Ce qui doit marquer la déchéance capitaliste.
— Les privilégiés ne renoncent pas de bon gré à leurs privilèges. — Les réformes à l'état social présent ne font que le consolider. — Sera-ce la dernière révolution ? — Abolition de la propriété, et de la monnaie.
— Les gouvernements n'ont d'autorité que ce qu'on leur en reconnaît. — La prise de possession. — L'exemple. — La révolution doit être internationale. — Place à l'initiative. — Le désordre est préférable à Tordre imposé.
Pour être complet, ce volume devrait se terminer par un exposé de ce que devra être Tac-
3'i0 RÉFORMES, RÉVOLUTION
tion anarchiste en période révolutionnaire; car, de la lecture des deux derniers chapitres, il ne faudrait pas déduire que je crois à la possibilité du passage, sans à-coups, de la société d'aujourd'hui à la société de demain. Ce que nous venons d'examiner, c'est la lutte que, dès à présent, doivent mener ceux qui veulent s'affranchir de la tyrannie d'une classe.
Mais cette lutte ne peut donner à ceux qui la mènent que des avantages restreints, en leur permettant — au milieu de l'organisation capitaliste — de résister aux exigences croissantes de leurs maîtres, elle ne peut les mener à l'affranchissement total, car elle ne touche pas aux bases mêmes de l'ordre capitaliste.
Elle peut, au surplus, donner aux individus conscience de leur force, conscience de leurs droits, en les exerçant à réclamer toujours mieux ; elle peut accumuler, dans l'état social présent, les causes de désorganisation qui doivent amener la débâcle finale.
Bien mieux, je crois que, dès à présent, les individus peuvent prouver les modes de groupement et en former des embryons qui n'au-
ront, plus tard, qu'à se développer et à évoluer, que ces formes peuvent, quelque temps, subsister à côté des institutions capitalistes, mais non pouvoir s'y substituer insensiblement.
Le dernier effort, la révolte suprême, qui doit balayer les obstacles à la libre évolution, rien — que le renoncement des exploiteurs — ne peut l'épargner. Au contraire, le développement, dans l'état présent, de groupements autonomes, ne fera que préciser l'état de lutte, et rendre le déchirement inévitable.
Ce qui doit marquer la fin du régime capitaliste, c'est la mise à la libre disposition de tous, de la terre, de l'habitation, selon les besoins de chacun, de la part d'outillage que chacun peut mettre en œuvre par lui-même, soit isolément, soit en groupe, sans que cela donne lieu à aucune indemnité envers les dépossédés.
La disparition des rentes, loyers, pensions, la suppression totale, absolue de la monnaie et de toute valeur d'échange, quelles que soient
3i2 RÉFORMES, RÉVOLUTION
les formes nouvelles sous lesquelles on voudrait les ressusciter.
L'affranchissement complet de l'individu ne s'obtiendra que cette besogne faite, et elle ne peut s'accomplir qu'en « forçant » la bourgeoisie à renoncer à ce qui assure son luxe et son oisiveté. Or, rien de tout ce que nous avons passé en revue, jusqu'ici, ne met en péril aucun des privilèges capitalistes. Gela restreint, sans doute un peu l'autorité morale que les patrons 'se sont plus à exercer jusqu'à présent, et que le sentiment d'être les maîtres, leur rend si chère, et si dur à renoncer, mais si on réussit à maintenir leur exploitation dans certaines limites, elle n'en reste pas moins tout aussi active, et assez forte, pour empêcher la réalisation du but poursuivi par chaque être : son émancipation complète.
Comme il est plus facile de fournir des mots que des arguments, les réformistes ont inventé, pour stigmatiser et ridiculiser les révolutionnaires, le vocable de « partisans de la méthode catastrophique » et, pour ceux qui n'ont jamais réfléchi par eux-mêmes — et ils
sont nombreux — cela semble un argqpnent décisif: « il faut, en effet, être absolument toqué pour espérer améliorer F état social par une série de cataclysmes ».
Seulement, comme nous ne sommes ni les premiers, ni les seuls à le constater, pour tous ceux qui ne se paient pas de mots, il reste avéré que, jamais on n'a vu les minorités privilégiées, vivant de l'oppression et de l'exploitation des masses, renoncer volontairement à ce qui assurait leur luxe et leur oisiveté.
Même la fameuse nuit du 4 août, loin d'en être un exemple, est bien la meilleure preuve de ce que j'avance, puisque, malgré cette comédie de renoncement, il n'en fallut pas moins user de la violence et de l'insurrection pour détruire les privilèges féodaux.
Ce n'est qu'au prix de longues et sanglantes luttes que les repus ont, jusqu'ici, cédé la place. Et la crapulerie de la bourgeoisie actuelle est une preuve qu'elle ne sera pas plus généreuse que ses devanciers.
Et si jusqu'ici une exploitation n'a cédé la
place qu'à une exploitation nouvelle qui. pour
déposséder celle au pouvoir, se réclamait frauduleusement de raii'ranchissenient général, il appartient aux exploités d'aujourd'hui, plus avisés, de savoir se garer des « affranchisse urs ».
Toutes les concessions que pourront arracher les travailleurs, toutes les modifications au régime que consentiront les privilégiés ne seront consenties, quêtant qu'elles n'entameront pas le régime. En lâchant un peu de la chaîne, les maîtres aident à perpétuer le système.
Toutes les améliorations que les travailleurs pourront, en cours de route, arracher à leurs exploiteurs, ne sont que des améliorations de détail qui, en réalité, ne les auront pas avancés d'un pas vers raifranchissement intégral, modifié en rien le système qui les écrase.
Si donc, nous concluons à la force pour l'affranchissement définitif, ce n'est pas, « parce que partisans de la méthode catastrophique », mais parce que l'étude de l'évolution dans les sociétés, comme dans la nature, nous démontre
LA RÉVOLUTION 3i5
que, lorsque l'équilibre est rompu, cela entraîne des bouleversements inévitables pour que l'évolution puisse reprendre son cours normal.
Que les capitalistes acceptent la conséquence de l'évolution, les catastrophes leur seront épargnées. Croit-on que ceux qui cherchent leur émancipation se refuseraient de s'éviter les risques d'une lutte? Croit-on que ce soit par pur amour des coups de fusil qu'ils se décideront à le prendre, l'occasion venue?
Mais, puisque à leurs réclamations on oppose toujours une fin de non recevoir, puisque pour n'obtenir que des améliorations de détail, il leur faut toujours renoncer aux réclamations de fond qu'ils ont à formuler, puisque la conciliation n'est qu'une comédie pour ajourner indéfiniment 1^ réalisation do leurs espoirs il faut bien que la force en décide.
Maintenant, une seule révolution suffira-tclle pour assurer la libre marche de l'évolution humaine ? car, ce que veulent les anarchistes, ce n'est pas imposer un système de préférence à un autre, mais le droit, pour tous les êtres humains, d'évoluer selon leurs aspirations.
3i6 RÉFORMES, RÉVOLUTION
Faudra-t-il que, pour passer d'une étape à l'autre, les humains aient encore plus d'une fois recours à la violence pour pouvoir progresser ?
Qui pourrait le savoir ?
Si l'évolution préparatoire a pu se faire entièrement, si la révolution n'a pas été prém.aturée, si les individus qui l'accompliront sont bien convaincus que cette liberté, pour laquelle ils combattent, doit être égale pour tous, pour toutes les conceptions, sauf pour celles d'autorité, dont toutes les formes d'oppression devront être abolies, on aura enlevé tout motif de révolution.
Elle devra être renouvelée, tant que des groupes ou classes [d'individus seront assez forts pour opposer des entraves à la libre évolution d'autres groupes.
Mais là n'est pas la question.
L'œuvre de chaque génération est de réaliser tout ce qu'elle est capable de concevoir. Plus elle accomplira elle-même, plus elle facilitera la besogne à la génération suivante.
Nous n'avons rien à espérer d'une vie supraterrestre; notre affranchissement ne peut venir ni de personne, ni du dehors, il ne sera
que le résultat do nos propres efforts, par conséquent, à nous d'arracher à nos maîtres la plus large part d'indépendance qu'il nous sera possible.
Et alors, dans cette révolution à venir, quelle devra être l'œuvre des révolutionnaires conscients ? Par quels actes, ceux qui auront compris que doivent disparaître jusqu'aux derniers vestiges de l'exploitation économique, et de l'oppression capitaliste, assureront-ils le succès de leur entreprise ?
Passer tout en revue, cela demanderait des développements qui dépasseraient les bornes d'un chapitre. C'est tout un autre volume que comporterait le sujet, et dont beaucoup de points, du reste, sont loin d'être éclaircis.
Ce qui sera à accomplir dans la prochaine révolution, pour que cette révolution puisse rendre tous les effets qu'on en attends, œuvre gigantesque qui s'ébauche à peine, et qui dépend beaucoup comment aura été menée l'action préparatoire que nous avons étudiée au cours de ce volume.
La Révolution n'étant que l'aboutissant lo-
gique do l'évolution qui l'aura préparéo, elle no pourra fairo germer que la semonce qui aura été préparée, progresser celle qui aura déjà « levé ».
Pendant longtemps, alors que je débutais dans la propagande, j'ai cru que. après avoir fait disparaître les archives, les actes notariés, le cadastre constituant l'état civil de Ja propriété, qu'après avoir bouleversé les bornes la délimitant, de façon à l'empêcher de se reconstituer, ou, tout au moins, ayant rendu cette reconstitution si difficile, qu'il serait impossible à un état social basé sur l'appropriation individuelle, de se rétablir, j'ai cru que l'œuvre la plus importante était (rempêcher la reconstitution d'un gouvernement, (jue le devoir des anarchistes était de se porter à Plïotcl de Ville pour faire passer par la fenêtre toutes les commissions executives, tous les gouvernements provisoires qui tenteraient de s'y installer.
L'étude des révolutions passées me démontre que le gouvernement n'a que l'imp otance qu'on lui attribue; qu'il pourra bien légiférer.
décréter, ordonner, si les individus ont entrepris, chacun dans leur sphère, d'agir sérieusement par eux-mêmes, d'exécuter ce qu'ils auront décidé, et de passer outre aux défenses : ordres et décrets n'auront aucune valeur.
Inutile de se porter sur un centre pour y culbuter une douzaine de bonshommes qui se seront imaginé qu'ils avaient des aptitudes à régenter les autres. De l'action révolutionnaire dans chaque quartier, de façon à ce que la population y trouve des avantages immédiats, fera mieux pour détruire toute influence gouvernementale, qu'une défenestration qui pourrait entraîner les révolutionnaires à se battre entre eux.
La véritable œuvre révolutionnaire sera d'appeler les miséreux à s'installer dans les appartements laissés vacants par les bourgeois que la frousse aura portés à s'enfuir, et de mettre le feu dans les taudis qu'ils auront quittés.
Ça sera pour les ouvriers de s'emparer des ateliers et usines, et de s'y installer pour produire dans les conditions qu'ils auront décidées.
Ça sera de passer au feu de la purification les actions, titres de rente, monnaie fiduciaire sur lesquelles ils pourront mettre la main.
Ça sera encore — et c'est ici qu'interviendra l'influence des groupements autonomes, déjà constitués — de travailler à l'organisation de l'entente entre producteurs et consommateurs, de façon à assurer la bonne marche de la société en voie de gestation et d'où sera abolie la valeur d'échange.
Cela pourra être encore, pour ceux qui auront compris, de faire des chargements des machines agricoles en magasin, des engrais chimiques, et d'aller les répandre dans les campagnes, en démontrant aux paysans — s'ils n'y sont déjà préparés — les avantages de leur emploi en commun. Ce serait un pas fait vers la désindividualisation du travail agricole.
Si on y joint du mobilier, des ustensiles de ménage, et quantités d'objets dont regorgent les magasins des villes, raserait la meilleure leron de communisme que Ton puisse donner.
Multiples sont les actes décisifs à accomplir en temps de révolution, pour attirer à l'ordre
nouveau les hésitants et les ignorants, leur participation ayant de plus l'avantage de les empêcher de reculer, en cas d'un retour offensif de l'ordre capitaliste; car pour la révolution économique qui se prépare, il ne peut, bien entendu, être question d'une lutte de quelques jours, où le remplacement d'un gouvernement par un autre met fin à la lutte, en concentrant tout l'effort sur ce seul point.
L'action révolutionnaire devra se faire jour sur toute l'étendue du territoire du pays où elle aura pris naissance, déborder partout où il lui sera possible; partout où existera un^ noyau d'hommes conscients, devront s'accomplir les actes capables d'intéresser la masse des spoliés, de façon à ce qu'ils comprennent bien que, cette fois, il ne s'agit plus d'aUer se faire casser la tête pour porter un nouveau groupe de farceurs au pinacle, mais que c'est enfin l'affranchissement des miséreux qui commence.
Sans oublier que ce n'est qu'en "suscitant la révolte partout que l'on empochera l'intervention des voisins, ce qui aurait lieu inévitablement si la révolution se localisait.
Ça sera à l'initiative de chaque groupe, de chaque individu d'accomplir là où il leur sera possible tout ce que leur suggérera de favorable, et de praticable, leur propre conception du nouvel ordre de choses à établir.
Et là-dessus, il me semble, ce sont les conditions de milieu et de circonstances, qui, surtout, devront inspirer aux révolutionnaires ce qu'ils auront à accomplir.
Tout ce que Ton peut dire d'avance c'est que l'initiative des individus ne devra jamais souffrir le veto d'aucun groupe, d'aucune personnalité, si estimée suit-elle, quels que gages elle ait donnés à la révolution.
Ceux qui, en tant que conducteurs, auront à assumer les responsabilités morales et matérielles des événements, peuvent se laisser influencer par des considérations qui, parfois, les entraînent à se mettre en travers de l'œuvre de la foule anonyme qui, elle, n'a cure ni des responsabilités matérielles, ni des responsabilités morales.
Si, souvent, la foule nous présente des spectacles qui n'ont rien de noble, ni de beau, parfois, par contre, elle seule a raison contre ceux qui prétendent la conduire. Aux révolutionnai-
ÉA RÉVOLUTION 353
res à savoir l'orienter vers ce qui est juste, vers ce qui est beau.
Ce qui est certain, c'est que tout obstacle doit être brisé, tout ce qui, selon ceux qui agiront, sera capable d'assurer le succès de la révolution en cours, devra être accompli par ceux qui l'auront décidé. Tant pis pour ceux qui tenteront de se mettre en travers.
Il y a certaines besognes qui ne peuvent être accomplies que par la foule.
Sans doute, rien ne marcbera d'après un plan préétabli ; sans doute, il y aura cahots, confusion et peut-être conflits entre révolutionnaires ? Qu'importe ! Cela se tassera par la suite. 11 ne faut pas que l'ordre vienne d'en haut, d'une autorité matérielle ou morale, d'un pouvoir établi, de personnalités ayant la confiance de la foule; ce n'est que la seule entente des groupes qui se constitueront qui a chance de durer. L'harmonie doit sortir de l'entente s'établissant au fur et à mesure que disparaîtront les causes de conflit; que les individus comprennent que l'entente est préférable à la lutte, ils sauront se faire les concessions mutuelles, amortir ce que leurs prétentions pourraient avoir de trop absolu.
Dût-on traverser une période de gâchis, de luttes intestines, l'entente ne doit pas être imposée, autrement que par l'évidence des faits. C'est h ce prix que l'on pourra s'épargner la nécessité d'une révolution nouvelle.
Paris 1905 mai 4909.
Pages
Les réformes, duperie électorale. — Dans le programme socialiste, les réformes se substituent à Tidée révolutionnaire. — Erreur de tactique des anarchistes. — La révolution n'est pas un but, mais un moyen. — Nécessité d'améliorations immédiates. — Le salariat empêche la libération de Tindividu. — La classe-tampon. — La lutte de tous les jours rappelle aux anarchistes qu'il n'y a pas d'absolu. — La difficulté de garder la juste mesure. — Complexité de chaque problème. — La pierre de touche des idées. — Parlementarisme et action directe. — L'effet des réformes ne peutêtre que temporaire . 1
Contradiction apparente entre le développement moral et les faits. — Le Sultan-Rouge et le Tzar- Pendeur. — Les guerres coloniales. — Progrès apparents de l'Etat et du Parlementarisme dans l'ordre des faits. — Leur déchéance dans l'évolution de l'idée. — L'individu prisonnier du milieu économique. — Evolution de la morale. —
o5C TABLE DES MATIÈRES
Puissance «les préjugés. — La. lîévolution-fétiehe. — Do la théorie à la pratique. — Ce sont les victimes de l'Etat qui font sa puissance. — La liberté agit, ne se décrète pas. — C'est l'individu seul qui peut se libérer. — Multiplicité dus groupements d'action. — Décentralisation. — Initiative 10
La loi n'est que la raison du plus fort. — La lutte pour le pouvoir. — Légalité, masque de la force. — L'Etat ne peut agir qu'en vue de sauvegarder ce qui existe. — L'ouvrier qui réclame ne peut-être qu'un perturbateur. — La force de l'argent. — Les grèves à coup d'argent. — L'arme des ouvriers. — L'inextensibiiité des réformes dans l'état social actuel. — Cette inuxtensibilité justifie l'intransigeance ouvrière. — C'est toujours à ceux qui n'ont rien qu'on rogne la part. — La foi au pouvoir tutélaire s'éteint ;>9
La société actuelle est unanimement reconnue mauvaise. — C'est sur les réformes à faire que l'on n'est plus d'accord. — Le droit de défense pour ce qui existe. — Et les droits de ceux qui sont sacrifiés parce qui existe? — La société n'est pas une entité. — Les droits antagoniques. — La société actuelle est l'organisation de l'exploitation des uns par les autres. — Se métier des conciliateurs. — La violence n'est pas toujours brutale. — Le droit des grévistes à vider l'atelier. — La révolte c'est l'affirmation d'un droit nouveau. — Chacun son tour à se faire entendre. — Primitivement les droits [n'allaient pas sans devoirs. — Au cours de l'évolution, les uns ont gardé tous les droits et rejeté les devoirs
Pages,
sur ceux qu'ils asservissaient. — C'est aux spoliés à modérer leurs réclamations.— On n'obtient que ce que Ton sait prendre. — Mais quelqu'un troubla la fête 52
Un travail de Pénélope. — Les catégoriseurs d'idéals. — Vous êtes orfèvre M. Josse ? — Chacun voit avec sa lorgnette. — Est réalisable ce que veulent réaliser les individus. — Gouverner c'est défendre ce qui existe. — Des réformes qui ne « réforment » pas. — Propager un idéal c'est travailler à sa réalisation. — Il faut détruire le salariat. — La loi ne protège que ceux qui savent se protéger eux-mêmes. — Le but-guide. — Inconciliabilité entre travail et capital. — Ceux qui n'ont rien ne sont pas intéressés à la défense de ce qui existe. — Le mensonge Patrie. — Le mensonge juridique. — Le problème est posé .... 15