IMPOT SUR LE REVENU
rentier, et qu'il lui est impossible de se récupérer sur d'autres.
Mais ces actions représentent une part d'exploitation, soit dans un budget d'Etat, soit dans une entreprise industrielle, commerciale, de transports ou de banque, et il faudrait être bien naïf pour croire que ces gens qui ont en main la possibilité de reprendre d'une main ce qu'ils paient de l'autre, se garderont de le tenter.
Que l'on augmente l'impôt sur les patentes, le détaillant augmentera sûrement ses prix, que l'on augmente l'impôt sur la propriété, le propriétaire augmentera ses loyers. Ne les augmentent-ils pas, déjà, lorsqu'une amélioration, à laquelle ils sont étrangers, se produit dans leur quartier, comme cela vient de se produire, par exemple pour ceux où on a établi le métro.
L'argent ne produit de Pargent que par le travail de ceux qui peinent et triment. Que la production s'arrête, l'argent cessera de produire. On pourra bien inventer toute sorte de système pour faire payer les oisifs, mais tant que l'exploitation du travail des autres sera la
base de l'ordre économique, on peut être assuré que toutes les charges sociales retomberont toujours sur les épaules de ceux qui travaillent. Il s'établira uue série de ricochets qui finiront par atteindre celui qui, au bas de l'échelle sociale, est bien forcé d'encaisser les coups qu'il ne peut rendre à personne... à moins que, prenant conscience de sa situation, il ne culbute le joli système qui fait de lui la bête de somme, et le pâtira de l'ordre social.
Dans ce changement d'assiette de l'impôt, l'ouvrier ne gagnera qu'une chose,, ra sera de savoir un peu plus exactement,, ce que lui coûtent les services de l'Etat. Ce qu'il paie, à 1 heure actuelle, indirectement sous forme de douane, d'octroi, pour lui, n'entre pas en compte. Cela est incorporé à la valeur des marchandises qu'il achète, et n'a qu'un vague rapport avec l'impôt.
L'impôt indirect, fut à mon sens la plus belle trouvaille que pouvaient faire des gouvernants afin d'écorcher le contribuable sans qu'ils s'en aperçoivent trop, et peut-être la bourgeoisie a-t-elle tort d'en changer la forme.
Mais, probablement, son impôt sur le revenu ne sera-t-il qu'un trompe-Pœil, et en-
tend-elle, conserver les deux formes d'extorsion sur le contribuable.
Et puis, comment veut-on que l'ouvrier arrive jamais à se rendre compte quelle part il paie pour ceux qui l'exploitent, pour toute la vermine d'intermédiaires qui vivent de lui et de son travail, sous forme d'augmentation des denrées et produits industriels, de baisse de salaire, d'augmentation de loyers et diverses autres formes de reprises sur lui. Car, exploité comme producteur, il l'est tout autant comme consommateur.
A côté de l'impôt sur le revenu, le parti radical a en réserve ou en application, ce que l'on est convenu d'appeler les « lois ouvrières » ou de « protection ouvrière ». Il y en a toute une série ; Réglementation des heures de travail, sur l'arbitrage et la conciliation obligatoires, les accidents du travail, et combien d'autres ? Ils ont ainsi, en réserve, une infinité de projets qui, une fois volés, vont faire aux travailleurs, une vie de félicités incommensurables, ne parle-t-on pas, déjà, — Oh! pour un avenir lointain — de
leur assurer la propriété d'un foyer, d'une maison familiale qui serait insaisissable!
Car, si l'Etat, pour les radicaux, est le meilleur régulateur de la justice, la propriété individuelle, « fruit du travail, de la tempérance et de Fécoiiomie », accessible à tous ceux qui sont doués de ces qualités, c'est la plus grande somme de justice à laquelle il soit possible d'arriver.
« Certes, dans l'état social qui la protège, il s'est glissé quelques abus. Quelle œuvre humaine en est exempte? Mais ces abus, ces imperfections, c'est au législateur aies corriger, à les amender, à lui d'accorder aux travailleurs la place qui leur revient dans cette société. Toute leur place, mais rien que leur place. »
Car il est bien entendu que tout le monde ne peut pas être capitaliste. Si chacun était assuré de la satisfaction de ses besoins, plus personne ne voudrait travailler. D'autre part, les aptitudes ne sont pas toutes égales. 11 y a. de plus, les droits acquis. À celui dont les parents se sont privés pour laisser un petit bien-
être, et à plus forte raison qui s'est privé luimême, on ne peut pas, au nom d'une prétendue égalité, aller arracher ce qui leur appartient.
Les uns sont habiles, les autres non ; les uns sont intelligents, les autres ne le sont pas; les uns sont faits pour commander, les autres pour obéir, la vraie justice est que chacun soit rémunéré d'après ses propres mérites, d'après ce qu'il apporte de travail, d'intelligence ou de capital dans l'association; pour cela faire, il n'y a qu'à laisser agir la libre concurrence.
La lice est ouverte. À celui qui saura déployer le plus d'aptitudes, il appartiendra de prendre place parmi l'élite, de se créer la vie de luxe et de loisirs qu'il sera capable d'acquérir par son travail... ou celui des autres.
Mais, dans tout combat bien ordonné, il y a des règles à observer, de là, la nécessité d'arbitres pour intervenir entre les combattants qui seraient enclins à tricher.
Et comme la bourgeoisie a trouvé cette parfaite arme de gouvernement, le suffrage universel, par lequel le plus infime des citoyens semble participer, sinon au gouvernement
lui-même, au choix des gouvernants, tout au moins, et par là, indirectement, au choix des règles à intervenir, il s'ensuit que le devoir de chacun est de respecter ces règles édictées au nom — et pour le plus grand bien — de tous.
Nous aurons à discuter plus loin, le mensonge électoral; nous aurons également à voir par l'exemple de la journée de huit heures, ce que valent toutes ces lois dites de « protection ouvrière ». La loi d'arbitrage obligatoire dans les conflits entre ouvriers et employeurs, serait la plus belle loi d'étranglement des réclamations ouvrières si, une fois votée, les ouvriers étaient assez veules pour s'y soumettre.
En effet, quel est le rôle d'un arbitre ? c'est de concilier les parties en présence; d'être assez adroit pour obtenir de part et d'autre, des concessions — ou semblants de concessions — permettant de faire une cotte mal taillée, de façon à ce que chacun des belligérants puisse l'accepter. Gela est si vrai, que le projet de loi en préparation, porte « loi d'arbitrage et de conciliation.. )>
Mais, comme nous l'avons vu déjà, c'est toujours sur les réclamations des ouvriers que les réductions s'opèrent; comme le patron peut toujours invoquer des raisons économiques, imprévues, pour rompre les contrats, et qu'il est entendu que c'est l'ouvrier qui est toujours l'empêcheur d'exploiter en rond, on voit d'ici ce que, dans ces comédies d'arbitrage, pèseraient les réclamations des exploités.
Un arbitre qui accepterait en bloc les réclamations des grévistes, leur donnerait raison sur toute la ligne! phénomène pareil n'a jamais été vu, ça serait le monde renversé, ça serait une raison pour les patrons de le récuser. Or donc, pour que la justice, telle que l'entendent gouvernants et nantis, soit respectée, toute commission arbitrale devra être composée moitié de patrons, moitié d'ouvriers, et le président qui devra les départager, choisi parmi les gens posés, connus pour leur esprit d'ordre : fonctionnaires, magistrats ; pas besoin qu'il soit ennemi des réclamations ouvrières, suffisant qu'il ne donne pas dans le travers des « utopies irréalisables ». On sera sûr que
la sentence sera ce qu'elle doit être, une so-
lution amiable, « où il sera tenu compte au patron de ce qu'il lui est possible d'accorder, sans renoncer à ses droits et privilèges. »
Et la fameuse loi sur les retraites pour la vieillesse est une fumisterie de ce genre, avec une extorsion de milliards dunt seront victimes les seuls travailleurs.
Le projet de loi en gestation porte qu'il sera opère une retenue de fr. 05 par journée de travail qui n'atteint pas 2 fr.: fr. 10 par journée allant de 2 à 5 fr., et fr. 15 par journée au-dessus de 5 fr. L'année sera comptée pour 250 journées de travail rétribuées.
Un versement équivalent sera versé par l'employeur au nom de l'employé.
Et avec cela, si l'ouvrier a versé sans arrêt, pendant 30 ans, ses fr. 05, fr. 10 ou fr. 15 — son patron autant — il pourra, à l'âge de 65 ans, obtenir une rente annuelle de 400, 800 ou 1.200 fr., ce qui donnera aux premiers, la possibilité de payer leur terme, et quelques sous de poche, car, sans doute, il s'agit ici d'ouvriers de la campagne, où Ton peut se loger pour 80 à 100 fr.
C'est déjà beau comme fumisterie, car, même à la campagne, se nourrir avec moins de 20 sous par joui* à dépenser, on ne risque pas de mourir d'indigestion.
Mais, on a si peu de besoins quand on est vieux! Et puis, un ouvrier!
Mais où cela devient épique, c'est lorsqu'on sait que la durée de la vie moyenne étant de 35 ans, peut-être un peu moins, si la statistique s'opère seulement sur la classe ouvrière, et que Ton sait qu'il n'y a qu'un nombre très infime qui parviennent à Page de 65 ans fixé pour recevoir la fameuse pension. L'ironie, dépasse les bornes.
On objectera, évidemment, que pour pouvoir payer ces sommes, même si minimes, il faut bien que plus d'un des participants aient été enlevés de la circulation.
Il est certain que PEtat ne peut pas pallier aux mauvais effets de l'organisation économique. Organisme fait pour absorber, et non pour produire, ses services sont toujours chèrement payés par ceux qui en sont Pobjet.
C'est pourquoi les anarchistes veulent s'en débarrasser comme d'un appareil trop coû-
toux et ont entrepris de démontrer sa nocivité.
Et ici, encore, il ne faillit pas à son rôle.
Les calculs de l'auteur du projet de loi, estiment qu'il y a en France, 9.200.000 salariés sur lesquels pourra peser cet impôt nouveau. Mettons que la moyenne, à verser par chaque individu, soit de fr. 10 par journée de travail : 230 journées à fr. 10 font, par an, 25 fr., cela pendant 30 ans, fait par individu, 750 fr., ce qui, multiplié par 9.200.000 « plumés » représente une somme de six milliards 900.000 fr. (six milliards, neuf cent mille francs), Et comme le patron aura versé autant, c'est une somme de près de 14 milliards dont la bourgeoisie va s'assurer la gestion, avant d'avoir à débourser un sou.
Et ceci n'est qu'une basse moyenne, car les versements devront commencer dès l'âge de dix-huit ans, ce qui, pour ceux-là. fera 47 ans à attendre, avant de toucher.
Je laisse à d'autres le soin de calculer si cette somme, avec ses intérêts capitalisés, ne pourrait pas permettre d'abaisser la limite
d'âge où cette pension doit être versée, et même d'en relever le chiffre. Ce que je viens de dire, est déjà suffisant pour donner un aperçu de ce que coûtent les services de l'Etat.
Mais, pour gérer ces milliards, pour administrer ces caisses de retraites, il faudra, en surplus, créer de bons emplois lucratifs, de bons fromages dans lesquels les frères et amis pourront se créer des situations confortables. Si l'Etat coûte cher aux uns, c'est une bonne vache à lait pour d'autres. Je doute qu'il y ait compensation.
Cependant, l'escroquerie étant un peu forte, il fallait la masquer.
En attendant que la loi ait acquis son plein elfet, il sera demandé à l'Etat — c'est-à-dire au contribuable, c'est-à-dire, en dernier ressort, à celui qui produit — un crédit annuel de 15.000.000 de francs, pour payer une rente de 370 fr., par an, à ceux qui auront atteint 65 ans.
Et voilà comment, d'une loi qui a l'air de venir en aide au travailleur, en lui promet-
tant de lui donner de quoi vivre! — ne pas mourir de faim, serait plus juste — lorsqu'il ne pourra plus travailler, on en a fait une charge nouvelle, qui pèsera sur sa période d'activité, lui enlevant une partie du produit de son travail, le forçant aux privations, sous prétexte d'assurer ses vieux jours. Ce qui sera un mensonge pour les neuf-dixièmes d'entre eux, puisqu'ils n'atteindront jamais l'âge où cette somme devrait leur être versée.