‹ Réformes socialesChapitre 4 sur 67 · LE COMBAT · texte numérisé non relu

LE COMBAT

En publiant la série de ces traités, recueillis clans le Réformateur, je cède aux conseils de mes enfants et de mes meilleurs amis, qui ne cessent de me représenter que le temps est enfin venu de remettre au jour ces travaux anciens, pour les raisons qui suivent :

« Ce que vous avez publié, en fait do réformes sociales, de 183i à 1835, a complètement disparu du souvenir de la génération actuelle, et cela, sous le coup de l'oubli et surtout des manœuvres de la société qui, sous un autre rapport, a été si impuissante cà vous tenir, comme elle le prétendait, sous le boisseau ; ce boisseau a crevé sous l'explosion de vos travaux et de vos souffrances, qui furent l'œuvre de leur infernale conspiration. Il n'en a pas été de même de vos doctrines socuiles et humanitaires, dont vous avez créé le nom et tracé le plan dans ce Journal.

« Mais l'oubli de la part que vous avez prise à cette grande lutte

vient en partie du journalisme à qui, dès cette époque, vous avez imprimé une si grande impulsion qu'il fut, tout à coup, obligé de sortir de son ornière et de vous suivre, quoique de bien loin, selon ses habitudes. La sainte société de Jésus ne vous a jamais perdu de vue ; elle a poursuivi dans le silence du cabinet, de ses griffes impitoyables, tous les ouvrages que vous avez publiés depuis lors, les uns après les autres ; elle n'a pas manqué de faire disparaî.tre, des catalogues du commerce de la librairie, une foule de vos écrits, et entre autres les Prisons de Paris et la collecdon elle-même du Pié formateur.

« Vous savez trop bien comment elle procède, pour l'extinction des ouvrages qui lui sont signalés par la papauté, c'est-à-dire, par elle-même ; elle les réclame dans la confession à ses chères pénitentes et à ses bigotes de toutes les fournées; elle les brûle, à .l'insu des maris : et cela s'appelle brûler l'auteur en effigie. Il serait bien diflîcile aujourd'hui de trouver un seul exemplaire do ces livres, que cette pieuse vermine a achevé de corroder.

« Il lui sera moins facile, à cette peste, de priver de cette haute philosophie l'humanité, pour laquelle seule vous avez écrit ces ouvrages, en les republiant réunis en un seul volume portatif et les augmentant, çà et là, de l'histoire de cette grande révolution, qui a préparé la déchéance de Louis-Philippe, le prétendu lils de Philippe-Écfalilé, de celui-là même, qui crut un instant se frayer un des chemins vers le trône, en se disant dans les clubs d'alors, ce qui était vrai, par sa mère : le ûls criin cocher (*).

(*) Quand je parle de celte société des ténèbres, je ne manque jamais de confondre avec elle Louis-Philippe et sa bande de toutes les conteurs. Tout cela travaillait ensemble la bourgeoisie du temps, pour la soustraire à l'inRuence de nos grandes idées et nous montrer à elle comme un conspirateur des premiers jours.

Oui, un instant après la révulution de 1830, nous avons conspiré, malgré nous, entraîné par les reproches sanglants d'une bande composée de Bûchez, ïrélat, Cavaignac, Bastide, Buonarotti, Teste (Charles), etc., et Jules ^Guyot, que le cardinal Donnet a signalé avec inlci'êt au Sénat, comme ayant rendu des services.

OUni-l GÉNÉHAL. — OEUVIli: nF,S JltSlJITKS. 5

« Il est bon, d'un onlro cnlô, do rcnicllro, sous les yeux du journalisme actuel, ces i;randes luKes ([u'il a perdues de vue, quoique ce soil i)ar elles ([ue, depuis 1848, il se suit vu Ibrcé par l'opinion publique de traiter, mais très-imparl'aitement, les questions de vôl'ormc sncinlf, dont le llrforninlcui' est le pi-emier à avoir jeté les bases : nul dej)uis lors n'y a ajouté une idée de plus; on n'a fait ([ue les copier, et souvenl on jos nlh-ivint. »

A ces raisons, nous n'avons l'ion à opposer; et nous suspendons, pendant quelque temps, nos études, pour réaliser les V(enx des survivants de cette grande époque, ({ui nous sont restés lidèles au sein de nos nuilheurs. ,Nous connuenrons par donner l'historique de la fondation de la lutte du journal le Rvî'ovnmlour, avant d'en publier les doctrines.

Mais dés le jjrocùs des niinisfrcs^ jo reculai d'hoiTcui" à la vue de la lâcheté de ces braves, et i)lus tard à celle de leur trahison. Nous n'avions pas de plus constants ennemis dans l'ombre qui les payait.

A partir de cette éporpic, nous dîmes un éternel adieu à de tels masques, cl nous jurâmes de ne conspirer désormais que lu plume à la main pour la conquéle des libertés pul)!i(iues.

Une fois mes enfants élevés à la hauteur de ma i)liiloso[>hie, les révélations ne manquèrent pas de nous arriver en foule à ce sujet; et la plus curieuse de toutes fut certainement celle que mon fils Camille, médecin, a recueillie de la bouche de plusieurs commissaires-prisours, après la révolution de 1818 : tous s'accordaient à dire avoir reçu l'ordre des g-ouvernemcnis déclins, de faire disparaître de leurs catalogues les livres revêtus de mon nom, et cela sous les peines les plus graves et les plus ruineuses.

Pauvre société ! Comment ne veux-tu pas qu'avec une i)areilio corruption venue de si haut, i)ar tes souverains, tu sois enfin descendue à toutes les hontes de ces derniers temps ? Relève donc la tète, une fois revenue au repos, si tu ne veux l'enfoncer à jamais dans la houe des monarchies ; car toutes n'arriveront en France qu'en plaçant leurs trônes vermoulus sur l'autel qui s'écroule.

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