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REFUTATION DES OBJECTIONS

1re objection : Instabilité des colonnes ascensionnelles

Ces colonnes ascensionnelles ne vont-elles pas à la moindre brise s’infléchir sur l'horizon ? Telle est sûrement la pensée qui se présente à tous les esprits. Chaque jour, en effet, nous constatons que les fumées qui sortent de nos plus puissantes cheminées d’usines se couchent sous la brise, au lieu de poursuivre leur mouvement ascensionnel, et ceci nous induit à croire qu’il doit en être de même quelle que soit la section, quel que soit le diamètre du massif ascensionnel.

De multiples faits nous permettent d’affirmer que cette crainte cesse d’être fondée dès que la masse ascensionnelle a une certaine ampleur. En voici

quelques-uns :

Ile Jarvis ; rafales de pluie coupées en deux par une colonne ascensionnelle

L'île Jarvis est un ancien attoll émergeant de quelques mètres à peine, formé de récifs coralliens dont la lagune a été comblée. « On doit signaler, dit de Lappa- «rent, l'influence assez curieuse que les îles coralliennes exercent sur le régime des «courants d’air. Ces îlots disséminés au milieu de l’Océan, au-dessus desquels les « conditions de température sont si régulières et si uniformes, deviennent comme «autant de foyers de chaleur dont chacun est le point de départ d’une colonne as- «cendante d’air chaud. Cette colonne s’élève à une hauteur considérable et suffit, « quelle que soit la petitesse de l’île, pour offrir une résistance efficace au passage des « vents. Ainsi d’après Dana, M. et D. Hague ont souvent observé sur l’île Jarvis «et les deux îlots voisins le remarquable phénomène d’une rafale de pluie coupée en « deux, dès la rencontre de l’île, par le courant d’air chaud établi au-dessus du sable

« corallien (1).»

Nuage persistant à 80 mètres au-dessus d’une pièce d’eau, malgré un vent de 8 mètres à la seconde « Un jour que je passais en ballon au-dessus de la forêt de Villers-Cotterêts,

«rapporte l’astronome Flammarion, j’ai été fort surpris de voir, pendant près de «20 minutes, un petit nuage qui pouvait avoir 200 mètres de long sur 150 mètres

(1) DE LAPPARENT. — Traité de géologie, p. 378. Ë

pose

« de large et qui était suspendu immobile à 80 mètres environ au-dessus des arbres. «En approchant nous en vîmes bientôt cinq ou six plus petits, disséminés et éga- «lement immobiles.

«Cependant l’air marchaît à raison de 8 mètres par seconde. Quelle ancre invi- «sible retenait ces petits nuages ?.… En arrivant au-dessous nous reconnûmes que «le principal était suspendu au-dessus d’une pièce d’eau et que les autres marquaient «le cours d’un ruisseau. C’était un courant ascendant d’air humide qui s'élevait « de là, et dont l’humidité invisible atteignait son point de saturation et devenait « visible en traversant le vent frais qui soufflait au-dessus du boïs » (1).

Notons qu'il s’agit ici d’air un peu plus humide que l’atmosphère ambiante et pas sensiblement plus chaud, et cependant cette colonne était assez stable pour résister à un vent de 8 mètres à la seconde.

Nuage se formant chaque jour d’été au-dessus de Grondone et donnant la pluie

après avoir grossi pendant plusieurs heures

Le savant Vicat, Ingénieur des Ponts et Chaussées, auquel sont dus de grands progrès dans nos connaissances sur l’hydraulicité des chaux et mortiers, rapporte l’observation suivante recueillie à Grondone, village situé dans les Apennins, près d’une très riche mine de fer qui s’élève sous la forme d’un pic isolé :

« Presque tous les jours, dans les mois de juillet et d’août, on voit se former «un nuage électrique au-dessus du territoire ; ce nuage, grossissant insensiblement, «reste pendant quelques heures suspendu sur la mine, puis éclate en se déchargeant «vers le pic. Les ouvriers mineurs, ajoute Vicat, avertis par l’expérience, jugent «quand il est temps de quitter la place. Ils se retirent alors à quelque distance, puis «reviennent à leur travail après l’explosion. J’ai vu maintes fois le nuage de Gron- « done se former vers midi et tenir bon jusqu’à 4 ou 5 heures du soir, puis donner «lieu, après quelques coups de tonnerre, à un petit orage (2).»

Plusieurs des citations précédemment données démontrent ainsi la stabilité relative des masses d’air ascendantes.

Citations D.E. (Voir « Aires de surchauffe naturelles productrices de pluie»). Fréquemment les navigateurs devinent au large les îles coralliennes et même les récifs sous-marins grâce aux massifs nuageux qui flottent à leur zénith ; il ne s’agit plus là d’un cas particulier, mais bien d’un fait général et nous sommes ici en plein océan, en dehors de tout abri.

Nous avons vu que pendant deux, trois mois de suite, presque chaque jour d'été, un orage éclate au-dessus du Faulhorn, du Col du Géant, de Grondone, de Roquebillière, d’Assekren. Il est bien évident, a priori, que l’atmosphère n’était point immobile pendant tous les jours de ces mois d'été, au-dessus de ces massifs montagneux. Il est donc démontré par l’ensemble de tous ces faits que l’on ne saurait plus objecter que nos colonnes ascensionnelles vont s’infléchir sous la moindre brise. Nous avons vu cependant que l’appel pouvait se produire d’une localité à

(1) FrammarioN. — L’Atmosphère, p. 627.

(2) MARGOLLÉ et ZURCHER. — Les Météores, p. 119.

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l’autre avec une extrême facilité. Ces deux ordres de fait paraissent, a priori, contradictoires ; ils cessent de l’être si l’on distingue deux étapes dans la formation des massifs ascendants : phase initiale ou de naissance ; phase de plein fonctionnement.

Nous avons déjà dit que la vitesse ascensionnelle de l’air chaud dans une cheminée d’usine est proportionnelle à la racine carrée de la hauteur de cette cheminée dès que celle-ci est pleine d’air chaud ; qu’au départ cette vitesse est nulle, et c’est là le cas normal au-dessus d’une aire de surchauffe solaire tant que la colonne ascensionnelle n’est pas formée. C’est cette naissance qu’il faut protéger. Deux moyens s'offrent à nous : plus prompt échauffement du sol dû à un revêtement mauvais conducteur du calorique : menus graviers, sables, terres rendues pulvérulentes par suite de scarification ; en second lieu, recours à des haies vives ou sèches destinées à accroître l’échauffement du sol, à éviter le trop prompt renouvellement de la couche d’air qui le baigne.

Il sera même avantageux d'utiliser simultanément ces deux moyens, mais en ayant soin de ne pas s’opposer à la convergence des brises.

Les études que l’on poursuit en France sur le mistral, les essais que nous comptons reprendre cet été, permettront sans doute d’élucider plus complètement ce sujet, peut-être même d’indiquer l’artifice à employer pour obtenir de l’air très humide à la base de la colonne ascensionnelle.

2e objection : Insuffisance de la chaleur solaire annuelle

en dehors des tropiques

Comme première approximation on peut admettre qu'entre les tropiques il y a, pendant une période de l’année, surabondance de calorique suffisante pour que, en général, quels que soient les revêtements des terrains — cultures diverses, forêts, végétations spontanées — et grâce à la confluence des alizés, les masses atmosphériques soient ascendantes et génératrices de pluies copieuses.

Il serait néanmoins utile, là où l’on se proposerait soit de diminuer, soit d’accroître les précipitations, soit d’en obtenir de plus précoces ou de plus tardives, d’étudier quelle est l’influence respective des divers revêtements ; ‘cela permettrait ensuite d'adopter des assolements culturaux aptes à modifier la pluviosité dans le | sens voulu.

En dehors des tropiques, il n’est que quelques cîmes privilégiées de la zone tempérée qui bénéficient d’une saison de pluies d’été presque quotidiennes. Dès lors, on est fondé à croire qu'il y a bien insuffisance de calorique.

Décalage du maximum de température dû à l’'emmagasinement par le sol

du calorique solaire

En étudiant de plus près ce sujet, on aboutit à des constatations qui méritent la plus grande attention, en raison des conclusions que l’on en pourra tirer. Consultons le tableau des déclinaisons du soleil publié par le Bureau des Longitudes, et portons notre attention simultanément sur le parallèle géographique qui passe par Marseille et sur le grand cercle équatorial. Il est aisé de constater, en comparant les

distances angulaires du soleil à ces deux parallèles, que du 80 mai au 14 juillet, soit pendant 46 jours, Marseille est plus proche du soleil qu’un point quelconque de l’équateur terrestre pendant cette période.

Traversons la Méditerranée et prenons comme termes de comparaison, d’une part le parallèle du 86€ degré, lequel coupe en deux le littoral algérien, laissant au Nord Ténès, Cherchell, Alger et tous les ports de l’Est, au Sud Mostaganem, Oran, Nemours ; d’autre part le cercle équatorial. Nous verrons que du 12 mai au 1€T juin, soit pendant 77 jours, le soleil est plus proche du parallèle de 36° de latitude que de l'équateur : la pénurie des pluies d’été n’est donc point due à la trop grande obliquité des radiations solaires. Plusieurs faits sont à signaler à l’appui de cette assertion :

Il résulte des graphiques des planches I et IT que, même dans la zone tropicale, il faut une période d’incubation considérable, un emmagasinement de calorique se prolongeant pendant plus d’un mois, pour que la période des pluies se dessine franchement.

Cette même conclusion ressort des citations que nous avons données de la thèse de M. Julien Loisel.

Et ceci nous a permis d'expliquer au début de cet ouvrage pourquoi dans le sud algérien les pluies d’été sont moins rares que sur le littoral, malgré sécheresse extrême de l’air dans le Sud et grande humidité au bord de la mer, tandis qu’en hiver les pluies sont beaucoup plus abondantes sur la côte que sur les hautsplateaux. |

De ces divers faits résulte, semble-t-il, que l’inexistence de pluies régulières quotidiennes en été sur le littoral de la Méditerranée, et tout particulièrement sur le littoral algérien, a pour cause, non la trop grande obliquité des radiations solaires en cette saison, mais bien le trop grand refroidissement des terrains en hiver ; refroidissement dû à la pureté de l’air, à sa trop faible teneur en vapeur, à la disparition

des grandes nappes d’eau continentales.

3° Objection : Insuffisante humidité de l’air dans le Sud

C’était là l’objection fondamentale, et chacun de me demander — Commission d'Hydraulique d’Alger, examinateurs du Patent Office de Washington — «où prenez-vous l’eau pour faire pleuvoir ? » Je-répondais: «Cette eau est sous forme de vapeur dans l’atmosphère ; 11 suffit de refroidir suffisamment l’air pour qu’il arrive à saturation. Pour ce, que faut-il ? le contraindre à s’élever assez haut dans le ciel.»

J’avouerai cependant que j'ai été on ne peut plus agréablement surpris d’apprendre que le R. P. de Foucauld avait constaté la formation quasi quotidienne ! d’un petit orage en juillet, août, septembre 1911, à Assekren au sommet du Hoggar, malgré l’extrême sécheresse de l’air. Je n’avais pas pensé au rôle décisif que jouait, dans le phénomène de la production des pluies, la strate atmosphérique qui marque 0 degré centrigrade. Après les constatations de cet homme éminent, l’objection relative à l’insuffisante humidité de l’air dans le sud cesse d’être décisive, surtout si nous prenons en considération qu’il nous est possible de provoquer la pluie en

d’autres saisons qu’en plein été, c’est-à-dire lorsque l’humidité est beaucoup plus grande et qu’en même temps la strate marquant zéro degré est bien plus basse.

Il suffit pour cela de recourir à des revêtements de faible capacité, une couche de pierraille de préférence, ou même en certains cas une feuille de papier comme on en emploie déjà dans bien des cultures.

Suivant la latitude du pays et la nature des cultures prédominantes on s’attachera plus particulièrement à accroître les chutes météoriques en telle ou telle saison.

Au surplus nous verrons qu’en certaines régions il est possible d'augmenter l'humidité de l’air.

4 Objection : Encombrement par le sel des aires de surchauffe

aménagées dans les chotts

Un centre de coordination dans un chott peut donner la pluie alors même que, dans l’aire centrale limitée par la digue, les eaux du chott ne seraient pas admises ; ceci supprimerait radicalement tout dépôt de sel. Là où on n’en aurait pas l’emploi, là où les populations se refuseraient à assurer l’entretien en bon état de fonctionnement du centre de coordination aménagé pour leur plus grand profit, chose invraisemblable, il n’y aurait plus à prévoir l'encombrement par les matières salines, mais la phase de condensation dans la colonne ascensionnelle ne sera atteinte qu’à plus grande altitude, la fréquence sera moindre, les pluies tomberont plus loin.

En second lieu, il convient de dire ceci : le sel que les eaux ont déposé pendant une période, fût-elle de quelques mois ou de quelques années, elles peuvent le dissoudre en une autre période, sans qu’il en coûte pour ainsi dire rien. Pour ce, il suffit de laisser pénétrer librement les eaux dans l’enceinte et de les laisser librement en sortir par quelques brèches.

Sous l'influence des vents la masse des eaux se déplace d’une extrémité à l’autre d’un chott, et, grâce à ce fait, le sel déposé peut se dissoudre, le sol reprendra son ancien niveau.

Enfin des années pluvieuses se présenteront à intervalles plus ou moins éloignés ; on les mettra à profit. De tout cela résulte que, même dans les localités trop éloignées d’un port, d’un chemin de fer, pour qu’il soit possible d'exploiter fructueusement les matières salines que renferme un chott, 1l sera aisé, à l’aide d’une règlementation rationnelle, d’assurer le bon état de fonctionnement indéfini de l'installation, sans avoir à engager de grosses dépenses d’entretien. Les eaux des années pluvieuses seront chargées de ce soin et, en attendant, l’aire centrale sera maintenue à sec.

5e Objection : Macrocystis ; le littoral algérien ne présente pas les fonds rocheux de profondeur voulue Il nous à été opposé que le littoral algérien se prête peu à l’implantation de

champs de macrocystis. Les eaux sont tout de suite très profondes au large, dit-on ; les surfaces utilisables sont trop minimes,

L'Algérie, en effet, ne bénéficie pas d’un large plateau continental (les océanographes appellent ainsi la bande littoralienne ayant moins de 200 mètres de profondeur) : néanmoins il ne serait pas difficile de trouver des fonds rocheux de grande surface en bien des points du littoral, tant à l’ouest vers Nemours, Mostaganem, qu’à l'Est, vers Ddidjelli, Philippeville, Bône ; maïs, même dans les régions à bandes littoraliennes plus étroites, l’on rencontrera des îlots favorables à l’implantation de ces algues géantes. Les services qu’elles peuvent rendre en dehors du problème des pluies sont si considérables, si variés, que très sûrement on finira par se résoudre à entteprendre cette culture ; aussi sommes-nous résolus à faire nousmême quelques tentatives. Ces services, nous les avons déjà indiqués bien des fois ; en voici une nouvelle énumération : création de zones de calme entre ces prairies et la terre, ce qui permettrait l’élevage des huîtres, moules, éponges ; enrichissement de la faune ichtyologique du littoral ; substitution aux modestes algues actuelles, de véritables forêts sous-marines jetant à terre, à chaque tempête, des masses d'engrais azotés et riches en potasse. Ce sont là autant de points qui méritent d’être pris en sérieuse considération.

6e objection : Les pluies dues aux centres de coordination des chotts

retomberont inutilement dans les chotts eux-mêmes

Dans le cas des chotts il m’a été opposé le dilemme suivant : ou bien la colonne ascensionnelle ne sera pas stable et vous n’obtiendrez rien ; ou bien elle sera stable, le nuage se formera au zénith de l’enceinte et la pluie retombera à peu près exclusivement dans le chott. Ce fait se produira sans doute quelquefois, mais ce ne paraît pas devoir être là le cas normal. |

Dans la brochure de M. Plumandon « Les orages et la grêle » il est dit, en parlant de la formation des orages : « habituellement l’orage qui frappe une localité, «arrive de l’horizon, mais quelquefois aussi l’horizon reste pur ou très peu nuageux, «tandis que le zénith et toute la partie du ciel située directement au-dessus de la «localité se chargent de nuages qui deviennent de plus en plus épais. Pendant «longtemps cette masse nuageuse reste immobile et se développe sur place. On ne «voit que des mouvements intestins, partiels, provoqués par l’accroissement des «condensations et les courants ascendants. Puis tout-à-coup, dès que l’orage «commence, c’est-à-dire que la pluie tombe et que le tonnerre gronde, tout l’en-

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«semble des nuées orageuses quitte brusquement la région où il avait séjourné si.

«longtemps, se déplace avec une rapidité excessive et disparaît au loin en quelques «instants (1)»

Et, en effet, un nuage n’est jamais homogène, un côté est insolé, l’autre ne l’est pas. Dès que la pluie tombe, à 1 kilogramme d’eau condensée correspond un vide de 1.400 à 1.700 litres ; un nuage a donc tendance à se déplacer dès qu’il commence à donner la pluie. Plumandon ne dit pas que ce fait est dû à une disposition particulière des lieux ; en parcourant sa brochure on voit qu’il cite un grand nombre de déplacements d’orages.

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(1) Les orages et la gréle, J, R. PLUMANDON, p. 65,

7e objection : Insuffisante efficacité du dispositif proposé

Le degré d'efficacité dépend de l’étendue de Paire de surévaporation et de surchauffe. Or, dans le cas des chotts, on peut, sans dépenses excessives, passer de 10 hectares, minimum nécessaire à un essai, à 100, 500, 1.000 hectares. La dépense croît proportionnellement au rayon, tandis que la surface croît proportionnellement au carré du rayon ; en passant de 10 hectares à 1.000 hectares, la dépense pour la digue croîtra de 7.000 à 70.000 francs. Il est donc possible d’avoir des aménagements de très grande étendue avec de modestes capitaux.

Pour les revêtements caillouteux en régions arides, il n’est point douteux que les populations intéressées s’empresseront, en s’imposant des journées de prestations, d'accroître l’étendue des aires de surchauffe dès qu’elles auront reconnu leur efficacité pour la genèse des pluies.

8e objection : Résolution des nuages en pluie

Mais, dira-t-on, 1l ne suffit pas de produire des nuages ; on en voit chaque jour, en tous lieux, circuler dans le ciel sans qu’ils fournissent la moindre goutte d’eau. Le fait est incontestable, mais il est aisé de répondre à cette objection. Ces nuages, à quoi sont-ils dus d’ordinaire ? à des bouffées d’air humide s’élevant de-ci de-là, au contact des eaux, des prairies, des marécages, d’une grève sur laquelle la mer brise, ce qui accroît considérablement l’évaporation. À ces émissions fragmentaires, dispersées, sans résultante utile, 11 nous faut substituer des émissions massives, continues, convergentes ; il faut produire des massifs nuageux, imposants, très épais, et, pour ce, faire converger vers un centre d’appel des masses énormes d’air humide, affluant de tous les points de l’horizon.

Fort bien, dira-t-on, admettons que par journée de chaud soleil et de calme, et même par vent modéré, un imposant massif nuageux se forme incessamment au zénith de l’enceinte ; de là ne résulte pas que ce massif donnera la pluie ; il faut en fournir la preuve : La résolution des nuages en pluie est chose fort complexe, nous n’en connaissons peut-être pas tout le mécanisme ; rien ne prouve que cette résolution ne nécessite pas la concordance parfaite d’un certain nombre de conditions météorologiques favorables, peut-être même l’intervention de forces que nous ignorons. À cela nous répondrons sans hésiter, et en admettant que des inconnues subsistent encore, que, cette concordance des forces favorables se produisant spontanément 139 fois par an en moyenne à Mexico, 141 fois à Léon, 167 fois à Ruitenzorg, 180 fois à Cameroun (Citation A) et presque tous les jours sur les îles Palmyras et mille autres îles avec lagons, il n’est pas téméraire d’affirmer que cette concordance se produira bien aussi quelquefois sur nos centres de coordination.

L'homme primitif a asservi le feu bien avant que Lavoisier eût donné la théorie de la combustion. Les alchimistes et droguistes du Moyen-Age réalisaient nombre de combinaisons chimiques utiles, bien que s’inspirant de vues théoriques inexactes. Depuis quelque temps déjà, l’homme moderne a domestiqué avec très grand profit l'électricité, alors cependant qu'il ignorait en quoi elle consistait et qu’il n’est pas bien certain, même à cette heure, que la théorie des électrons ne devra pas à son tour être profondément remaniée. De là résulte bien que fort rarement une théorie irréprochable et complète ait précédé les grandes inventions,

Champs d’expérimentation météorologique ; leur grande utilité

Mécanisme d’un orage à foudre

Il en sera de même pour les pluies : C’est en les produisant fréquemment dans les mille régions qui souffrent de leur pénurie, c’est en créant quelques champs d’expérimentation météorologique convenablement outillés, ainsi que nous le demandions déjà dès 1913 dans le projet de transformation de la Sebkha d'Oran en centre pluvigène, qu’il deviendra possible de perfectionner méthodiquement la théorie des pluies.

A vrai dire, les récents progrès réalisés dans cet ordre d’idées par les savants modernes, notamment par G. Simpson, ne laissent plus grande obscurité. Voici comment s'exprime E. Mathias en décrivant le mécanisme probable d’un orage à foudre : «Quand des courants ascendants étendus se produisent dans un air qui «n’est pas excessivement sec, la formation de Cumulus s’ensuivra. Les courants «ascendants devenant de plus en plus rapides, de grandes quantités d’eau seront «tenues en suspension jusqu’à ce que, lorsqu'ils atteignent une vitesse plus grande «que 8 mètres par seconde, toute l’eau puisse être retenue. En conséquence, il «y aura un brisement considérable de gouttes dans l’air, accompagné d’une sé- «paration d’électricité en vertu de laquelle l’eau se charge positivement et l’air «négativement.

« On sait par les expériences de Lord Rayleigh que des gouttes non chargées ne «se combinent qu'avec difficulté et rebondissent l’une sur l’autre comme si elles «étaient solides. Des gouttes chargées, au contraire, se combinent avec facilité « pour donner de grosses gouttes isolées (1). »

Pour le fusionnement des gouttes voir aussi Boys « Bulles de savon » (Gauthier- Villars) : fusionnement d’un jet d’eau à gouttes dispersées en un jet continu, p. 62 ; fusionnement en un seul, de deux jets se rencontrant sous un angle aigu et rebondissant l’un sur l’autre, p. 68 ; fusionnement en une seule, de deux bulles de savon pressées l’une contre l’autre et restant distinctes, p. 84. Ces fusionnements se produisent dans les trois expériences dès que l’on approche un bâton de cire électrisé.

Pour rendre plus claire la citation de Mathias considérons un courant ascendant : La pression atmosphérique allant en diminuant à mesure qu'il s’élève, sa section s’accroît, par suite sa vitesse diminue et devient assez petite, à une certaine hauteur, pour que les particules condensées cessent de s’élever dans le ciel. À ce niveau ces particules s’accumulent, il se forme une couche très chargée, le fusionnement de ces vésicules d’eau se produit, car, ainsi qu’on va le voir, l'électricité entre en jeu.

Donc les gouttes se forment, tombent, se choquent, vu les différences de vitesse de chute suivant diamètres ; mais l’accroissement du diamètreest limité : Dès qu’une goutte dépasse 4 millimètres et demi sa vitesse de chute devient trop grande, la résistance de l’air s’accroît d’autant ; dès que cette vitesse atteint 8 mètres à la seconde la goutte s’aplatit et se brise.

(1) Traité d'électricité atmosphérique et tellurique, publié sous la direction de E. Maruras, par MM. Boszer, Loiserz, DONGIER, MAURAIN, GIROUSSE, MESNY, p. 377,

Cette fragmentation donne naissance à une production d'électricité, ainsi que cela avait déjà été établi par Lenard, par Thomson pour les cascades et, finalement démontré en laboratoire par J. V. Simpson, grâce à l’appareil qui figure page 373 du traité de Mathias indiqué ci-dessus : « Quand les gouttes d’eau sont brisées dans « l’atmosphère une séparation d'électricité se produit : L’eau se charge positive- «ment et l’air négativement ; de plus, la charge électrique est indépendante de «toute charge antérieure préexistant sur la goutte.» Par suite de cette fragmentation, les fines gouttes remontent dans le courant ascensionnel et apportent leur charge électrique dans la strate riche en particules, ce qui rend possible leur agglomération en gouttes.

Aïnsi qu’on le voit, la résolution des nuages en pluie a reçu une explication satisfaisante. Le point essentiel est donc de produire d’imposants massifs nuageux opaques. L’on crée ainsi dans le ciel des aires de surchauffe à grande hauteur.

Aires de surchauffe emmi les nuages

Il n’est point sans intérêt d'analyser de près ce qui se passe parfois dans un massif nuageux volumineux, opaque, mamelonné, exposé à un brûlant soleil par temps calme.

Grâce aux rayonnements, aux réflexions, certains creux frappés par le soleil s’échauffent plus que l’ensemble. Il se crée là une aire de surchauffe et de surévaporation ; les particules qui constituent les parois de ce creux se volatilisent ; l’air s’échauffe et s'élève en masse au-dessus du nuage ; un vide relatif est ainsi créé et ce vide donne naissance à un tourbillon À, tout comme dans l’expérience rapportée par C. L. Weyher dans son ouvrage « Les tourbillons, trombes, tempêtes, ete...» (1).

Dans cette expérience, un cylindre en tôle rempli de coke incandescent repose par ses pieds sur un sol humide et l’échauffe ; les vapeurs eXhalées par le sol se ramassent, se centrent en un point et s'élèvent sous forme d’une corde tourbillonnaire dont la section va en croissant avec la hauteur. Ce tourbillon est dû au vide produit par la masse des gaz qui s’élèvent du réchaud à coke.

Revenons à l’examen de notre massif nuageux : Le tourbillon À transperce parfois le nuage ; un appendice devient apparent ; c’est l'embryon d’une trombe qui peut descendre jusqu’au niveau de la mer ou des terres sous forme d’un tronc de cône très allongé ayant sa grande base sous le nuage.

Dans les trombes marines on voit une petite saillie se former sur l eau ; cette saillie est bientôt pulvérisée par l’aspiration due à la trombe ; les gouttes d’eau sont projetées tout autour en constituant une sorte de buisson tournant.

Parfois même la trombe se prolonge quelque peu au-dessus du nuage sous forme d’un tronc de cône s’évasant vers le haut, que certains météorologues comparent à une enclume.

Fleuves se jetant à la mer

Les aires de surchauffe terrestres, marines, nuageuses, jouent un rôle immense dans la genèse des météores : il en est qui exercent une action décisive dont ôn ne tient nul compte. Prenons le cas d’un fleuve se jetant à la mer : Ses eaux, surtout

(1) Editeur GAUTHIER-ViLLARS, 1889, p. 50, figure 23,

en été, sont beaucoup plus chaudes et, par ce fait, plus légères que les eaux salines du large. Pendant les périodes où le courant littoral est bien marqué, elles sont entraînées parallèlement au rivage sous forme d’une bande de très grande longueur. Supposons maintenant que, à la suite d’une période de calme prolongée, le cheminement le long du littoral cesse, le fleuve va pousser ses eaux au large ; au lieu de s’allonger en un mince ruban elles vont s’étaler en une sorte de cercle de grand diamètre ; il vient de se créer là une aire de surchauffe à très active évaporation ; une dépression se produit, un centre d’appel se forme et modifie l’équilibre de l’atmosphère.

Point n’est besoin, d’ailleurs, d’un fleuve se jetant à la mer pour créer une aire de surévaporation mobile ; un banc de poissons de grande ampleur v suffit. Il nous a été permis de constater pendant plusieurs heures, dans la baie de T'énés, la formation d’un massif nuageux qui n’avait pas d’autre cause, d’autre origine. À mesure que le banc se déplaçait vers le large, le nuage se reformait plus loin, en même temps qu’il se dissolvait du côté de terre. Mais mieux vaut se borner à ces deux exemples.

Action des poussières

La condensation des vapeurs dans une atmosphère dépouillée de poussières exige une sursaturation considérable, ainsi que l’ont démontré les physiciens, notamment Coulier, Mascart, Aitken. Par suite, sur les littoraux océaniques désertiques, là où les vents venant du large sont généralement très pauvres en poussières, il pourrait être utile d'installer des broyeurs de poussières sur quelque île ou promontoire pour voir si les pluies ne seraient pas accrues.

Les cerfs-volants du Colonel Baudouin pourraient aussi être expérimentés : Mis en relation avec une machine statique par un fil conducteur, le cerf-volant, s’il est armé d’une pointe métallique, émettra des milliards d’ions, lesquels pourront servir de noyaux de condensation. Mais ces ions, même les «gros ions », ont des dimensions si minimes qu'ils nécessitent de trop grandes sursaturations pour donner la pluie et ces sursaturations sont bien difficiles à réaliser.

Les émissions de poussière sur quelques cîmes paraissent devoir être bien plus efficaces.

Il convient de rappeler qu'après quelques pluies l’atmosphère peut être très appauvrie en poussières.

Reprenons l’examen des objections.

9e objection : Après une première pluie la terre se refroidira, il n’y aura plus formation de colonne ascensionnelle

Cette objection n’est pas sans fondement ; la période d’incubation nécessaire.

pour que le terrain s’échauffe suffisamment et engendre à nouveau une masse d’air ascendante dépend, et de l'intensité solaire, et de la nature du revêtement du sol. Ici encore les revêtements en pierrailles jouissent d’un privilège décisif : la pluie les traverse, la quantité d’eau retenue à la surface du revêtement est très faible, l’évaporation aura tôt fait d’assécher les graviers en couverture; l’échauffement de ces graviers sera bien plus promptement réalisé et la colonne ascensionnelle se reformera bien plus rapidement. #

La durée de l’interruption des précipitations est aussi sous la dépendance de la hauteur du soleil et du plus ou moins prompt déplacement du massif nuageux.

Notons que l’objectif à poursuivre est d’accroître la pluie en région aride et non de provoquer d’incessantes chutes, Ceci nous amène à donner une nouvelle citation qui n’est pas sans intérêt.

Lutte de l’alizé et des colonnes ascensionnelles

Il est un navigateur qui a assisté à la lutte de l’alizé et des colonnes ascensionnelles. C’est M. Emile de Jonquières : « L’archipel des îles de la Société présente sur «une longueur de 300 lieues une immense surface de lagons peu profonds, dont plu- «sieurs ont plus de 1.000 kilomètres carrés, et dans lesquels l’eau n’est que lente- «ment renouvelée par le mouvement de la marée dans quelques passes étroites. « Ces lagons, sur lesquels le soleil des tropiques darde ses rayons presque perpendi- «culaires, forment autant de vastes chaudières dans lesquelles l’eau est portée à une «température de plusieurs degrés supérieure à celle des mers environnantes. Il «en résulte une évaporation abondante, un échauffement considérable des couches «d’air en contact avec la surface de l’eau et un mouvement ascendant de ces «couches d’air qui s’élèvent chargées de vapeur dans les hautes régions de l’atmos- «phère. La condensation qui est la conséquence de ce mouvement ascendant déter- « mine des phénomènes électriques se traduisant par des grains violents, des orages, «et la formation de dépressions barométriques. L’archipel des Tuamotu est donc «une région d’appel où tendent à se porter les masses d’air des parages environ- «nants. L’alizé, qui souffle régulièrement de l’est entre la côte d'Amérique et les «Tuamotu, trouve un obstacle à sa propagation dans le mouvement ascensionnel « des couches d’air au-dessus de ces îles. Lorsqu'il est fort et bien établi, il balaie « l’obstacle et continue sa route vers les îles de la Société ; quelques grains violents, «particuliers aux Tuamotu, sont les seules manifestations de la lutte. Mais si, pour «un motif quelconque, l’alizé vient à mollir dans l’Est des T'uamotu, il se trouve «arrêté sur ces îles ; le calme qui en résulte contribue à faire augmenter la température « des lagons et le mouvement ascensionnel des couches d'air. Les masses froides des «régions méridionales tendent naturellement à combler le vide. Dès que le vent a « dépassé le Sud, le temps s’embellit, la température monte, le soleil réchauffe de «nouveau l’eau des lagons, l’alizé mollit et les phénomènes que l’on vient de dé- «crire se reproduisent dans le même ordre (1).»

De grandes aires de surévaporation re sont pas indispensables pour produire la pluie

«Il se forme souvent au sommet du Puy-de-Dôme, par un ciel absolument « pur, un petit nuage qui en cache à peine la pointe. Ce nuage, même quand il ne « dure que très peu de temps, donne quelquefois, suivant la température, une «petite pluie ou de légers flocons de neige (2).»

(1) Emile de JONQUIÈRES. — Instructions nautiques et renseignements sur les îles et dangers: de l'Océan Pacifique Sud-partie Est, p. 88 et 89.

(2) PLumANDON. — Les orages et la gréle, p. 109,

L’épais gazon du sommet du Puy-de-Dôme s’échauffe et transpire sous l’influence des radiations solaires ; il échauffe et enrichit de vapeur l’air qui le frôle. Cet air s’élève, se refroidit par détente et mélange, et atteint le point de saturation. Un petit nuage se forme : après incubation de plus ou moins de durée, la neige ou la pluie tombe suivant température ambiante.

De tout cela il est permis de conclure, en premier lieu, qu’il est possible de créer des centres pluvigènes minuscules ; en second lieu, que la chose est particulièrement aisée sur les hautes cîmes. Notons que le sommet du Puy-de-Dôme est à 1.465 mètres d’altitude.

Cela permet de présumer que d’innombrables centres de coordination seront un jour aménagés sur les hauts massifs montagneux : Atlas, Alpes, Pyrénées, Caucase, Apennins, Karpathes, Montagnes Rocheuses, Cordillères et tout particulièrement dans le Pamir, le Tibet, pour la plus grande commodité des populations. Mais descendons aux mers.

Dans le paragraphe précédent nous avons dit ce qui se passait dans l’archipel des Tuamotu, et l’on pourrait être tenté de croire, vu l’énorme étendue des aires de surévaporation de cet archipel que, pour produire des pluies de chaleur, de grandes surfaces sont indispensables. Les observations faites aux îles Palmyras démontrent qu'il n’en est rien. «Ce groupe consiste en plusieurs petits îlots occupant un espace «d’environ cinq milles de l’Est à l'Ouest, sur un mille de large et qui ne sont pas «élevés de plus de deux mètres au-dessus de l’eau ; sur quelques-uns on aperçoit des «cocotiers.

«Ces îlots entourent trois lagons intérieurs. Des dangers s’étendent à environ «un mille des parties Nord, Est et Sud du groupe et sur la partie Nord la mer brise « quelquefois par des fonds de 9 mètres. Il pleut presque constamment et l’on n’a «pas observé plus de 4 jours sans-pluie (1).»

De modestes nuages peuvent engendrer la pluie

Il est utile de signaler qu’un seul nuage peut donner la pluie. Arago rapporte l’observation d’un nuage orageux n’ayant que 8 mètres d'épaisseur, planant à 28 mètres d'altitude, d’où s’échappait la pluie, d’où jaillissait la foudre (2).

«Entre 5 h. 4, et 6 heures du soir, six petits nuages isolés, de l’espèce stratus, «étaient disséminés dans le ciel, pur partout ailleurs. Îls étaient très légers, mais au «moment du refroidissement occasionné par le coucher du soleil, ils ont cepen- «dant versé de la pluie qu’on voyait tomber en raies verticales très noires. J’ai «même reçu de l’un d’eux qui, vu verticalement de bas en haut voilait à peine de «gris le bleu du ciel, une averse de grosses gouttes de pluie qui dura près d’un «quart d’heure (8).»

Disons enfin que la période d’incubation nécessaire pour donner lieu à des précipitations météoriques ne nécessite par forcément un grand nombre d’heures.

(1) Instructions nautiques et renseignements sur les îles et dangers de l'Océan Pacifique-Nerd, p. 105 et 106.

(2) DE LA Rive. — Traité d'électricité, t. 3, p. 124.

(8) PLUMANDON, — Les orages et la grêle, p. 108.

« Le 21 septembre 1882, dit Plumandon, j'ai pu prendre à 20 minutes d’in- «tervalle quatre photographies d’un nuage isolé qui avait commencé à se former « vers 9 h. 50 minutes du matin et qui à 11 h. 40 donnait de la pluie et du tonnerre »

(page 107).

Aires de surchauffe terrestres et nuages ; leurs liens invisibles

Il ne faudrait point croire qu’il soit nécessaire, pour s’assurer de l’efficacité des dispositifs que je propose, de multiplier les pluviomètres et, pendant 10 ans, d’observer les quantités d’eau recueillies, avant de procéder à l’aménagement d’uncentre de coordination. Très promptement, en saison favorable, on sera fixé sur leur valeur. En effet, chaque nuage qui se forme par ascension a sa base horizontale. C’est là un premier indice. Si au-dessus de l’aire de surchauffe nous aménageons un foyer producteur de fumée, celle-ci va se diriger vers ce nuage. Mieux encore, lâchons quelques ballonnets gonflés d'hydrogène ou de gaz d'éclairage, par groupes de deux reliés par un fil de quelques mètres de longueur, ayant un très faible pouvoir ascensionnel : Ils se dirigeront vers le massif nuageux. On pourra donc être rapidement fixé.

Le degré d’efficacité d’une installation dépendra d’ailleurs de son étendue ; il sera par suite aisé de l’accroître ou de le diminuer dans telle mesure que l’on jugera utile.

Cette efficacité sera, d’ailleurs, souvent bien plus considérable que ne le manifesteront les massifs nuageux donnant la pluie pendant le jour. Du fait seul que nous avons provoqué la convergence vers un centre de grandes masses d’air humides et contraint ces masses à s’élever haut dans le ciel elles vont pendant la nuit se refroidir ; par suite la phase de saturation qui n’avait pu être réalisée le jour, l’ascension ayant été insuffisante, se produira parfois pendant la nuit, et ce à distances plus ou moins grandes.

Nous avons déjà cité Batoum, au fond de la mer Noire, pour ses pluies nocturnes extrêmement abondantes (total annuel 2 m. 048). (1)

Pluies dues aux surfaces d’eau locales

I1 m’a été opposé que l’on n’a jamais constaté que les lacs, les étangs contribuent aux pluies. Il n’est que trop vrai que le désert règne autour de très vastes lacs, de véritables mers et même sur les rives des océans ; et ce fait aurait dû depuis longtemps inciter les esprits à rechercher quelles sont les causes de cet état de choses absolument paradoxal. Néanmoins les nappes d’eau locales donnent parfois naissance à des précipitations météoriques abondantes.

10 Exemples en Tunisie :

11 suffit de compulser les « Etudes sur le climat de la Tunisie » de M. Ginestous, Directeur du Service Météorologique de la Résidence, pour voir (page 197) qu’El-

(1) «Annuaire de la Société Météorologique de France», septembre 1908, p. 239,

Djem bénéficie, en septembre, dé pluies dues à la Sebkha Sidi el Hani, que Guemouda, au printemps, bénéficiait de pluies considérables lorsqu’elle était entourée de marais, que Mateur bénéficie de pluies précoces dues au lac de Bizerte et à la Guerrah Achkel. D'autre part, Gafsa, Tozeur (page 204) reçoivent plus de pluie au printemps qu’en hiver, ce qui est juste l’inverse de la situation généraleen Tunisie, et cela est dû à ce qu’au printemps l’évaporation est plus active dans les chotts, lesquels renferment encore un peu d’eau.

Si l’on consulte également le mémoire de ce savant météorologiste, intitulé «La pluviométrie tunisienne et l’hydraulique agricole» on verra (pages 316, 321, 331) se dessiner l’influence considérable exercée par le Bahiret el Bibans et le golfe de Bougrara en certaines situations météorologiques favorables.

20, — Exemple donné par la plaine de Tchentou en Chine

Les observations du Docteur Legendre sur «le climat de Tchentou» (1) sont bien plus probantes encore, car il ne s’agit plus ici, en quelque sorte, de pluies accidentelles et très espacées, mais bien d’un territoire à pluies abondantes et régulières qui sont dues à des rizières et à leurs bassins d’alimentation.

Tchentou, capitale du Se-Tchouen dans l’extrême ouest chinois, située à 8007 de latitude nord, à 3.000 kilomètres à vol d’oiseau de la côte de Chine, occupe sensiblement le milieu d’une vaste plaine d’environ 150 kilomètres sur 110, bordée de hautes montagnes au Nord, au Nord-Ouest et à l’Ouest, de coteaux ailleurs, véritable bassin lacustre d’où s’échappe au Sud un beau fleuve, le Ming Ho.

Toute la région des hautes chaînes, contreforts et plateaux, qui entoure cette vaste cuvette, est complètement déboisée. La plaine de Tchentou, au contraire, a un dixième de sa surface plantée de beaux arbres — aulnes et cyprès, chênes et pterocaryas — et présente, onze mois sur douze, une couverture de végétation — céréales et légumineuses — qui protège toute sa surface de juin à septembre et les trois quarts de celle-ci d'octobre à mai, l’autre quart étant constitué par des rizières et étangs. Les rizières, une fois la récolte faite en septembre, ne sont point desséchées ; on s’efforce, au contraire, de leur conserver toute leur eau en suppléant aux pertes par infiltration et évaporation à l’aide de réservoirs qui doivent fournir de l’eau jusqu’à la fin du printemps suivant, c’est-à-dire l’époque des pluies quelque peu abondantes.

L’ensemble de cette grande dépression constitue donc en toute saison une aire de surévaporation très active : Les habitants utilisent le fleuve Ming Ho à l’irrigation par de multiples canaux. D’une part ces canaux qui sillonnent la plaine et d’autre part cette nappe d’eau, stagnante sur un quart de la surface totale, transforment en été, dès les premiers jours de juin jusqu’à la mi-septembre, la plaine en un vaste lac profond de 20 à 25 centimètres pour la culture du riz.

Le tableau de la répartition des pluies suivant les saisons montre que la moyenne des précipitations de l’été est près de 28 fois plus grande que celle de l'hiver ; or nous sommes ici fort loin de la zone tropicale.

(1). «Annuaire de la Société Météorologique de France», janvier, février, mars 1910.

En hiver l’on compte ..... 14 journées de pluie donnant un total de 22 % AUIHTHILeMpS 2. 0. 26 — — 102 % 4 M... ue 40 — — 612 7 Baautomne,::...:.....1 32 — — 204 5° 7 Soit pour l’année ......... 112 — — JAI % I

Les fractions pluviométriques par mois, en supposant la pluie annuelle égale à 1.000, sont encore plus caractéristiques du régime des pluies de chaleur :

LG SEE 6,8 ALICE A ee 219,5 LS SRE ER 11,7 AO REP AE Me du sd ta due 307,7 an med e 0 12,0 SEDLEID TERRE ee ne 161,7 OR eu sun natale pa ete oo 55,7 CICLOPTE RE ER ES 42,8 Arte. 40,9 NO VEMPIOR Re te tan 12,7 LT LE RRSREE 128,1 DÉCEMDTE Ce ee 4,9

Bien que nous ne soyons pas dans la zone tropicale, on reconnaît ici encore que le maximum de pluie se produit plus d’un mois après que le soleil est passé au plus proche.

On voit donc que de grandes étendues d’eau peuvent donner des pluies locales abondantes. Les observations du Docteur Legendre s’étendent sur 4 années pour lesquelles la moyenne est de 968 m/m 5. Mais, notons le bien, nous n’avons pas ici l’écueil d’une nappe d’eau unique, plus profonde au centre que sur les rives, donnant - par suite naissance à une circulation atmosphérique centrifuge et, par conséquent dispersive à la surface des eaux.

80, — Exemple donné par Vendeuvre et Barberey en Champagne

De l’ouvrage de Belgrand intitulé « La Seine» nous extrayons les lignes suivantes (page 58) : « Il paraît difficile d’admettre que dans deux localités très voisi- «nes presque à la même altitude, telles que Vendeuvre et Barberey, les hauteurs « de pluie soient sensiblement dans le rapport de 1,60 à 1 (1) et que ce rapport se « maintienne pour toute l’étendue des deux Champagnes par cette seule raison que 4 le sol de l’une des plaines est moins perméable que l’autre ».

En réalité cet écart énorme entre les pluies tombées à Vendeuvre (880 m/m) en Champagne humide, dans une région couverte d’étangs et de forêts, d’une part, et à Barberey (444 m/m) en Champagne sèche à sol aride, d’autre part, doit être attribué à ce fait que, grâce aux calories emmagasinées dans le sol, les étangs et prairies de Vendeuvre donnent naissance à des pluies locales qui, tout comme nous l’avons vu dans les observations de Muntz, s’ajoutent à celles apportées par les vents océaniques. |

Effectivement, la moyenne annuelle du nombre des journées de pluie, pour la période de 1861 à 1869 inclus, a été à Vendeuvre de 135 et à Barberey de 109, et ces pluies sont bien des pluies de chaleur. D’autre part, pour les trois mois d’été, juin-

(1) Plus exactement de 1,80 à 1 d’après les propres chiffres des tableaux donnés par BELGRAND, ;

juillet-août, la moyenne concernant la même période de 9 ans est de 250 m/m 9 à Vendeuvre et de 131 m/m 2 à Barberey : Le rapport atteint ici 1, 916 au lieu de 1,60 ou 1,80.

L’on voit par là combien il norte d’avoir des étangs, des lacs, de vastes nappes d’eau, en chaque localité où l’on cherche à accroître la pluviosité, et combien il est singulier qu’on s’acharne à les supprimer.

10e Objection : Les nappes d’eau douce ainsi créées favorisent le développement des anophèles

Une autre objection consisterait à dire que la multiplicité des nappes d’eau douce favorisera la multiplication des anophèles. L’effroi de ces insectes ne doit pas être notre seul guide :

Il faut adopter les solutions qui concilient les intérêts de l’hygiène et ceux d’une restauration de la pluviosité dans les régions où elle est insuffisante. L’on sait à cette heure, par l’expérience acquise dans les Dombes, que ces diptères préfèrent à celui de l’homme le sang des animaux logés dans des étables à atmosphère abritée, et qu’ainsi le cheptel constitue un sérieux moyen de préservation. Dans les Dombes, sur la demande des habitants qui estiment l’élevage des poissons plus rémunérateur que la culture des terres asséchées, une législation nouvelle à été établie et l’on a remis en eau une partie des étangs (1). Bien que les anophèles pullulent, le paludisme a à peu près disparu.

Destruction des anophèles

Il est d’ailleurs possible de détruire les anophèles en recourant à divers auxiliaires :

En Lombardie existent environ 150.000 hectares de rizières. Les lombards les ont peuplées de carpes ; les carpes dévorent les larves d’anophèles et les lombards mangent les carpes !

La destruction des anophèles peut être poussée plus vigoureusement encore en recourant à divers poissons de petite taille, tout particulièrement friands de cet aliment et aptes à résister dans les eaux basses et stagnantes. Tel est le Gambusia Halbrook, sorte de vairon que l’on vient d’essayer en Corse avec beaucoup de succès, ainsi qu'il résulte d’une communication du professeur Joubin à l’Académie des Sciences en mars 1928. k

Il ne faudrait point, cependant, que la hantise de ces diptères nous conduisît à assécher radicalement toute l’Afrique du Nord, à parachever sa stérilisation déjà si accentuée ! Il convient de se rappeler que les populations de notre Indo-Chine cultivent cinq millions d’hectares de rizières, et que c’est grâce à ces cultures de pleine eau qu’elles peuvent vivre.

Mais il faut, partout où se trouve une nappe d’eau stagnante, mettreimmédiatement à profit les merveilleuses qualités de ce précieux auxiliaire qu’est le Gambusia Halbrook pour lutter contre le paludisme. Nous possédons des Instituts parfaitement à même de réaliser cette œuvre.

: (1) Assèchement des Dombes : loi du 18 avril 1863. Remise en eau d’une partie des étangs des Dombes : loi du 15 novembre 1901. |

ns

Pourquoi croit-on que chercher à faire pleuvoir est pure chimère ?

Il est incontestable que, tant en France qu’en Algérie et vraisemblablement dans toute l’Europe, il y avait unanimité, 1l y a peu de temps encore, à croire que c’est pure chimère que de tenter de faire pleuvoir. Notre Office National de la Propriété Industrielle me le donna clairement à entendre lors de la première demande de brevet, voici bien 21 ans, en m'avertissant charitablement que la loi m’accordait un délai pour retirer ma demande.

Cette croyance instinctive est due vraisemblablement à ce que les peuples d'Europe, éducateurs scientifiques des autres continents, bénéficient presque exclusivement de pluies de convection dues aux mouvements généraux de l’atmosphère, au déplacement d’immenses masses d’air dont on peut fort souvent suivre le mouvement d’un continent à l’autre ; et dès lors l’impression qui s’impose invinciblement à tous est que ce serait pure folie que de vouloir modifier tant soit peu la répartition des précipitations météoriques. Sans doute les pays tempérés et les pays froids ont aussi des pluies d’orages, mais fort souvent ces orages s’étalent sur des centaines et des milliers de kilomètres ou du moins ils se manifestent presque simultanément sur de vastes étendues, et ici encore il est difficile à l’homme de croire qu’il puisse intervenir utilement pour modifier leur allure, pour contribuer à leur genèse ou l’empêcher.

Cette conviction de l’inutilité de toute tentative s’évanouira puis se transformera en croyance au succès si, nous éloignant des régions continentales d'Europe, nous voguons en plein Océan vers la zone équatoriale et abordons certaines îles coralliennes telles que le groupe des petites îles des Palmyras dont il à été question. Là, à notre grande surprise, nous constaterons que, presque chaque jour et aux mêmes heures, un massif nuageux se forme au zénith, s’accroît, s’épaissit et qu'après quelques heures, le tonnerre gronde, la pluie tombe en averses diluviennes.

Et cependant aux mêmes latitudes, sous le même soleil équatorial, en plein Océan, nous rencontrerons, au cours de notre exploration, des îles n’engendrant ni nuages ni pluies, et dont certaines, ne bénéficiant que des précipitations météoriques dues aux mouvements généraux de l’atmosphère, n’ont pas même de l’eau à boire. |

En recherchant quelle est la cause de cette différence, nous arriverons sûrement à reconnaître qu’elle est due à un léger écart de température des eaux qui les baignent : Donnent d’incessantes pluies de chaleur les îles renfermant un lagon à faible épaisseur d’eau, ne communiquant avec l'Océan que par des passes étroites et celles qui sont entourées d’eaux peu profondes.

L'hydrogénèse en Algérie

Dès arrivée en Algérie de M. le Gouverneur Général Lutaud en 1911, j’appelai son attention sur l'insuffisance des méthodes employées jusqu’à ce jour en régions arides pour avoir de l’eau. On s’acharne à extraire du sol, à l’aide de forages artésiens, de galeries, de puits, les eaux qui s’y sont enfouies spontanément, et on laisse se jeter à la mer la majeure partie des ruissellements. II serait assurément logique de faciliter leur pénétration dans les strates perméables souterraines pour accroître l'alimentation des puits et des sources. Il serait non moins indispensable de mettre

{ . ñ 5 . Læ à profit notre littoral marin, nos lacs, nos chotts, nos dépressions humides, pour accroître les précipitations pluvieuses.

Ainsi que nous l’avons longuement exposé plus haut, au chapitre «Centres.

pluvigènes », M. le Gouverneur Général Lutaud nous demanda de dresser un projet d'application de notre méthode à la Sebkha d'Oran. Les objections des opposants furent les suivantes :

Pourquoi les îlots du littoral algérien n’engendrent-ils pas de nuages ?

Sur le littoral Philippeville-Bougie émergent plusieurs îlots et l’on ne constate pas qu’ils se couronnent de massifs nuageux ni qu’ils donnent des pluies. Ces îlots paraissent constituer cependant des aires de surchauffe en mer.

L’objection n’est pas fondée : Pour qu’un îlot puisse servir de centre d’appel il faut que les eaux qui l’entourent soient plus chaudes que l’atmosphère ; il faut qu’à leur contact l’air s’échauffe un peu, s’allège et ait tendance à s’élever dans le ciel. Si dans son ensemble l’atmosphère est plus chaude que l’eau, il n’y aura pas appel, l’îlot donnera seulement naissance à une colonne ascensionnelle due à l'air

qui s’est échauffé à son contact : colonne dont le diamètre ira rapidement en décroissant et qui disparaîtra avant que le point de saturation soit atteint.

Les îles entourées d’eaux plus froides que l’atmosphère se manifestent dans un

ciel nuageux par l’œil qui perce la couche nuageuse et non par la formation d’un nuage dans un ciel pur ; à moins toutefois qu’il ne s’agisse d’îles renfermant de très hauts reliefs montagneux.

Pourquoi la tour Eiffel est-elle sans action ?

La seconde objection était la suivante : La tour Eiffel constitue sûrement une aire de surchauffe, il n’a jamais été constaté qu’elle se couronne de massifs nuageux, moins encore qu’elle donne des pluies. Paris est d’ailleurs resté deux mois sans pluie pendant l’été de 1912; l’inefficacité de la tour est donc certaine. La réponse est aisée : la tour n’a ni la forme ni la continuité de surface voulues et elle n’occupe pas une situation qui lui permette de faire converger vers elle, de tous côtés, une nappe d’air continue ; l’horizon, notamment vers son pied, est beaucoup trop limité; elle ne peut donner naissance qu’à des mouvements tourbillonnaires discordants.

Ainsi qu’on le voit, ces objections n’étaient point fondées. Il fut très regrettable qu’on ne me les ait pas communiquées beaucoup plus tôt : je les aurais réfutées, et la grande majorité des ingénieurs consultés se seraient ralliés à mes vues. L’expérimentation dans la Sebkha d’Oran aurait pu être faite dès 1918. Son succès m’eût fait un nom et la commission supérieure d'examen des inventions intéressant la défense nationale n’aurait pas rejeté à la légère le moyen formidable de guerre que je lui soumis dès le mois d’août 1915. Mais revenons à la question des pluies. Le 26 mai 1921, jai été appelé devant la Commission d’hydraulique agricole, et lui ai exposé mon système.

Devant la Commission d’Hydraulique

La première objection qu’on m’opposa fut, bien entendu, celle relative à l’ins-

tabilité des colonnes ascensionnelles produites par les aires de surchauffe. Je fis

LA etes Var

clio —

observer que je l’avais amplement traitée dans les brochures «Contributions diverses à l’hydrogénèse ». «Production des pluies de chaleur ». C’est évidemment l’objection qui s'impose à l’esprit de prime abord. Aussi ne m'étais-je résolu à poursuivre la mise au point de mon système de production des pluies qu'après avoir recueilli des preuves irréfutables du peu de valeur de l’objection.

Les développements que j'ai déjà donnés à l’examen de cette question supprimeront, J'espère, toute incertitude dans l’esprit du lecteur. Les autres objections produites au cours de cette conférence ont été, elles aussi, traitées précédemment. |

Finalement le Président négligea de demander à la Commission s’il y avait lieu ou non de créer un centre de coordination ; et celle-ci se borna, au cours de cette même séance du 26 mai 1921, à approuver les deux rapports des 10 et 29 janvier 1914 de sa Sous-Commission.

La Commission n’a pas remarqué que le rapport du 29 janvier annule celui du 10 du même mois, tant 1l lui est contraire, et que la note (a) qui termine celui du 29 janvier l’annule complètement. Ces modifications successives dans leur rédaction étaient dues aux divers documents que j’apportais journellement au rapporteur, documents qui établissaient que ses préventions n’étaient pas fondées.

Rapport de la Sous-Commission d’'Hydraulique

Cette Sous-Commission comprenait trois membres, MM. Brigol, Ingénieur des Ponts et Chaussées, Barbedette, Délégué-Financier, Ficheur, Doyen de la Faculté des Sciences.

La lecture des rapports de M. Brigol démontre combien profondément son opinion s’est modifiée au cours des entretiens que J'ai eus avec lui.

Dans son rapport de mission aux Etats-Unis (octobre 1918 à février 1919) M. F. Barbedette dit, page 87, «la surface actuelle du lac impérial Valley n’est pas «moindre de 500 kilomètres carrés, et, comme sa profondeur est assez grande, il «constituerait certainement un champ d’expériences tout indiqué pour le procédé « Hypp. Dessoliers, en vue de la production artificielle de pluies en pays chauds », d’où résulte, semble-t-il, que ce distingué colon estime que des essais seraient justifiés.

Voici d’autre part l’opinion de M. Ficheur : «Alger, le 18 mai 1921. Cher «Monsieur, Je vous remercie vivement de l’envoi que vous m'avez fait de votre «nouvelle brochure sur la production des pluies, qui apporte des considérations «nouvelles appuyées sur des calculs précis et de multiples observations sur cette «question d’une si haute importance pour nos régions, ainsi que pour toutes les «régions similaires. Ainsi que vous le dites avec raison, il y aurait lieu de tenter une «expérience sur les points que vous avez spécialement envisagés comme présen- «tant des conditions favorables ; mais, à défaut de l’aide de l'Administration, ne «serait-il pas possible, avec l’appui de groupements agricoles et de certaines «personnalités, de mettre votre projet à exécution, au moins en partie ? Veuillez «agréer. »

Je crois devoir ajouter que, sur les 21 membres que comprenait la Commission, 9 étaient absents, 8 se sont prononcés pour des essais, et, la question ayant été posée

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sous une forme par trop indirecte, 2 membres ont voté contre les essais sans s’en douter.

M. Boutilly, Directeur des Forêts, ayant demandé à M. Pommier, Inspecteur des Forêts, pourquoi il avait voté contre les essais, celui-ci répondit qu’il ne s’était point douté qu’approuver les rapports de la Sous-Commission de janvier 1914 entraînait le rejet de tout essai. Très certainement l’indigène faisant partie de la Commission l’a encore moins compris.

Le Président de la Commission ne s’était même pas donné la peine de prendre connaissance du dossier. Comme je lui avais fait observer qu’il soulevait des objections déjà réfutées victorieusement dans mes brochures et dans ma controverse avec l’examinateur du Patent-Office de. Washington, 1l me répondit en pleine séance ne pas avoir pris connaissance de cette controverse. Or c'était là le document décisif : Tenace avait été l’opposition du Patent-Office ; pour la vaincre, j'avais dû apporter toute une série de faits nouveaux que j'avais été heureux de trouver dans les cinq volumes d’instructions nautiques relatives à l'Océan Pacifique.

Demande de brevet aux Etats-Unis — Phases successives de l’instruction

Le 20 juin 1914 je fis déposer au Patent-Office de Washington un exemplaire de mon brevet français n° 461.566 du 2 juillet 1918 : Système pour la production des pluies de chaleur par les nappes d’eau peu profondes, chotts, sebkhas, etc.., et je sollicitai un Patent. Après avoir par deux fois rejeté ma demande, estimant insuffisantes les preuves que je leur donnais de l'efficacité du dispositif proposé, un troisième échec me fut infligé malgré l’apport de nouveaux faits météorologiques tirés des instructions nautiques visées ci-dessus ; mais cette fois, non plus pour insuffisance de preuves, mais bien parce qu’elles étaient surabondantes : Ce que je proposais était simple imitation d’un phénomène se produisant incessamment en divers points du globe et ne pouvait, par suite, donner lieu à délivrance d’un Patent. Ce changement radical de front des examinateurs, après plus de 3 ans de tenace opposition, -me fit éprouver une des plus grandes joies de mon existence. J'étais donc parvenu à démontrer que la production des pluies était sous l’emprise de l’homme, qu’il ne s'agissait plus de vues utopiques, mais bien de réalisations absolument certaines. +

Il me fut d’ailleurs aisé, dans un nouveau mémoire, de démontrer qu’il y avait bien invention et invention de la plus haute importance ; et le Patent (n° 1.252.670) qui me fut délivré le 8 janvier 1918, après une instruction de 42 mois de durée, proclame catégoriquement l'efficacité pleine et entière de mon système. Il dit notamment : «grâce au procédé et aux dispositifs décrits, il est possible de produire «fréquemment la pluie au moyen de l’eau provenant d’une nappe d’eau peu profonde analogue à un lac». Certes, les examinateurs, tout comme les inventeurs, sont faillibles, mais la délivrance d’un Patent démontre tout au moins que le système proposé est en tout conforme aux faits, aux lois observés dans la nature ; qu'aucune objection d’ordre scientifique ne peut lui être faite. Dès lors, quelle doit être la conclusion dans un pays tel que l’Algérie qui, en 1921, a perdu plus d’un milliard du fait de la sécheresse et qui eut à prélever plus de 150 millions sur son budget pour four-

nir des subsides aux populations menacées de mourir de faim ? La conclusion est sûrement que des essais méthodiques, faits à grande échelle, s'imposent impérieusement, et cela d’autant plus que des faits nouveaux de la plus haute importance sont venus confirmer la justesse des moyens exposés dans la première édition de la présente brochure :

Ce sont les observations faites par le R. P. de Foucauld à Assekren au sommet du Hoggar en plein Sahara. Il en résulte, ainsi que nous l’avons longuement exposé, que la pénurie des pluies est due beaucoup moins à l’insuffisante teneur de l’atmosphère en vapeur qu’à la trop grande capacité d’emmagasinement du calorique solaire par les terrains et les eaux. Dès lors, il suffit de recourir à des revêtements de pierrailles entre lesquelles l’air peut s’échauffer pendant un plus long parcours, c’est-à-dire à plus haut degré, ce qui lui permet de monter assez haut dans le ciel pour engendrer nuages et pluies par temps favorable, savoir journée de calme à ciel pur, température promptement décroissante dans l’atomsphère.

Accroissement des pluies à Djibouti (Somalie française)

En parcourant la Grande Géographie Bong illustrée, publiée sous la direction d’Onésime Reclus en 1914, j’ai trouvé les lignes suivantes, tome IV Afrique, page 215 : « Depuis 1899 on a constaté avec surprise que les pluies à Djibouti sont de plus en plus fréquentes et torrentielles, ce qui est très appréciable pour la Colonie. »

Désireux de tirer le fait au clair, dès le 26 mars 1926, j’écrivis au Président de la Société Météorologique de France pour le lui signaler. Peut-être y a-t-il là, disais-je, le point de départ d’un immense progrès. Sans doute estimerez-vous, tout comme moi, que ce fait mérite d’être examiné de très près. « Le mieux serait sans doute «qu’il fût demandé au chef du Service Météorologique de la Somalie Française de «rédiger un mémoire sur ce sujet, donnant les chiffres de pluies, mois par mois, «année par année, avant 1899 et depuis, avec mention des particularités qu’elles « peuvent présenter, notamment heures auxquelles elles commencent et finissent «suivant déclinaison du soleil.

«En votre double qualité de Directeur de l’Office National Météorologique «et de Président de la Société, nul n’est mieux qualifié pour obtenir du Ministère « des Colonies que cette étude soit faite avec soin et diligence.

« Première hypothèse : supposons qu’il résulte du mémoire qui sera produit « que l’accroissement des pluies s’est maintenu et qu’il est notable, il y aura là un « fait acquis, de grande importance théorique tout au moins. Il sera démontré qu’il « dépend de l’homme d’accroître les pluies, grâce à une distribution rationnelle « des aires de surchauffe et de surévaporation.

« En effet, c’est en 1888-1889 que M. Lagarde a créé la ville européenne de «Djibouti et aménagé un port là où n’existaient que des paillottes indigènes ; « l'accroissement des pluies résulte donc des travaux exécutés.

« Un historique de ces travaux, de leur avancement, année par année, et face « à face les chiffres de pluie, permettra sans doute de voir quels sont ceux qui ont « provoqué l’accroissement des précipitations météoriques. Dans Bong, il est dit «les « pluies depuis 1899 sont de plus en plus fréquentes et torrentielles ». Ce sont donc « des orages, autrement dit des pluies de chaleur ; ceci n’est point pour me surpren-

om À He ue

« dre : Djibouti a été édifiée sur une pointe de terre s’avançant en mer, l’ensemble «des maisons constitue une aire de surchauffe, l’ascension des masses d’air est pro- «tégée à sa naissance par le relief même des maisons. Lorsque, par le jeu de la « marée, la merrecouvre d’une mince couche d’eau les récifs, les bancs de madrépores, «les terres basses, qui ont été insolés pendant plusieurs heures, ou encore lorsque «la mer brise sur les récifs par belle journée de calme et de chaud soleil, l’évapora- «tion est accrue, les colonnes ascensionnelles sont alimentées par de l’air plus hu- «mide, d’épais cumulus doivent se former, fusionner entre eux, engendrer la pluie. «Djibouti est une aire de surchauffe implantée dans une aire de surévaporation

« très active en certains moments.

«2e hypothèse : Supposons qu'après avoir bénéficié, pendant plusieurs années, « d’un accroissement notable des pluies — et c’est là un fait que la citation repro- «duite ci-dessus rend indubitable — Djibouti ait vu ce privilège s’amoindrir et «même disparaître, il importe de rechercher la cause de cette rétrogradation. Cela «est-il dû à ce que la ville s’est trop dispersée, trop étendue en terre ferme ? La «quantité d’air sec y affluant est-elle devenue trop importante par rapport à celle «de l’air humide ? La phase de saturation ne peut-elle maintenant être obtenue qu’à «un niveau beaucoup plus élevé et ce niveau ne peut-il être atteint parce que la «surchauffe relative de l’air est trop faible ? Ce sont là autant de questions qu'il «n’est pas impossible de résoudre.

« Des lâchers de ballonnets d’enfants, renfermant du gaz d’éclairage et lestés «de façon à réduire à peu de chose leur force acensionnelle, permettront d’étudier « l’ascension des masses d’air au-dessus des divers quartiers de la ville, de s’assurer «si pendant les journées de grand calme elles montent à granû: hauteur ou, tout «au contraire, si à faible altitude elles sont déviées vers les flancs des montagnes «les mieux insolées suivant heure de la journée, suivant jour de l’année.

«Il y aurait également lieu de mesurer la température, l'humidité des courants «atmosphériques affluant vers Djibouti, et du Golfe de Tadjoura et des terres « fermes.

«Pour provoquer la pluie il est vraisemblablement préférable de recourir à «une aire de surchauffe circulaire sans trop grandes discontinuités dues aux massifs « de verdure, et il faut faciliter la convergence des masses d’air vers un centre d’ap- «pel bien marqué, un grand dôme en tôle de préférence, tel que celui dont j'ai «esquissé la description dans la brochure « Comment l’homme accroîtra progres- «sivement les pluies des régions arides » que je vous expédie par ce même courrier. {D'autre part, si la fréquence des orages est trop minime, il faut accroître l’humi- «dité de l’air qui afflue à la périphérie de la ville.

«La meilleure combinaison paraît être d’implanter dans le golfe de Tadjoura «des prairies d’algues géantes telles que les macrocystis pirifera, s’ancrant spon- «tanément sur des fonds rocheux et venant épanouir leur thalles à la surface, prai- «ries dont la transpiration physiologique doit enrichir l’air de plus de vapeur qu’une «surface d’eau nue. Les pertes par réflexion des rayons solaires sont moindres, (leur pénétration en profondeur est réduite, une plus grande fraction du calorique «solaire est utilisée à l’évaporation des eaux, à leur échauffement superficiel et, {par suite, à l’enrichissement de l’atmosphère en vapeur. La multiplication des « pluies tend d’elle-même à s’accroître et entraîne toutes sortes de modifications

«et de répercussions : extension et amélioration des pâturages, accroissement des «sources, consécutivement, des cultures irriguées et des jardins autour de la ville ; « d’où enrichissement de l’atmosphère en vapeurs d’eau, plus grande fréquence des «chutes météoriques, par suite saison d’hivernage plus prolongée ; or c’est là une «période moins débilitante pour les européens.

«Détentrice d'immenses territoires arides, la France se doit à elle-même de les «transformer, de les rendre fertiles, de les conquérir à la culture en résolvant le «problème des pluies.

«L’accroissement qui s’est spontanément réalisé à Djibouti, pendant plu- «sieurs années tout au moins, sans que l’action directrice de l’homme soit interve- «nue et du fait seul de la construction d’un groupe de maisons... sur une langue de «terre s’avançant en mer, démontre qu’il nous est possible, sinon de prendre la 4 maîtrise, tout au moins d’accroître la fréquence des pluies.

« De tout cela résulte, Je pense, que la méthode, que depuis 18 années déjà je «propose, mérite d’être soumise à des essais méthodiques sous ses modalités di- « verses.

« Les littoraux bénéficiant de la marée jouissent d’un grand privilège là où «ils présentent de vastes plages submersibles à faible inclinaison. Les prairies « marines, d’autre part, sont aptes à rendre de très grands services dans cette œuvre « de restauration de la pluviosité du globe ; les mers à madrépores offrent aussi de « grandes facilités pour l’aménagement des aires de surévaporation et de surchauffe « malgré le très lent accroissement de ces organismes.

« Les chotts, les régions à salines, à rizières, réunissent déjà les éléments es- «sentiels à la création de centres pluvigènes ; il suffira que l’homme intervienne «avec ses méthodes et distribue rationnellement les aires de surévaporation autour « des aires de surchauffe et qu’il centre l’appel pour refouler méthodiquement les «steppes, pour contraindre les brises à converger, à monter haut dans le ciel, à «engendrer d’imposants massifs nuageux producteurs de pluies dans les lieux qui «souffrent de leur insuffisance. »

Je terminai ma lettre à M. le Président de la Société Météorologique de France en lui exprimant l’espoir qu’il voudrait bien accueillir favorablement ma requête et me tenir au courant de ce qui serait fait.

Le 2 juillet 1926 il me fut répondu : «Un relevé des hauteurs mensuelles re- «cueillies de 1904 à 1926 montre que des erreurs ont dû très vraisemblablement «être commises dans les lectures des instruments, principalement dans les années, «rares d’ailleurs, qui apparaissent plus pluvieuses que les autres. Ces dernières « écartées, le fait signalé par Bong n’apparaît pas clairement. »

Il me suffit de faire observer que la période visée par la réponse ci-desssus ne commence qu’en 1904 ; elle nous laisse dans l’ignorance absolue de ce qui s’est passé depuis l’édification de la ville jusqu’en cette année-là.

Lors de mon passage au siège de la Société à Paris, en ce même mois de juillet, il me fut remis copie des observations recueillies à l'hôpital de Djibouti : Ce relevé est absolument muet, lui aussi, en ce qui concerne la période de 1889 à 1903. Par suite il ne permet pas de s’assurer de la réalité du fait signalé dans Bong, lequel cependant doit être tenu pour indubitable, ainsi que m’en a donné personnellement l’assurance

M. Cabaton, auteur de l’article relatif à la Somalie française publié dans la Géographie de Bong. ;

Le tableau des pluies à Djibouti de 1904 à 1926 renferme, d’autre ne. de nombreuses lacunes ; il montre que les relevés ont été faits avec beaucoup de négligence : Sur 21 années d'observations il en est 7 renfermant chacune des mois entiers sans aucune indication. De l’ensemble des chiffres résulte néanmoins que les pluies sont fort irrégulières et peu abondantes, avec comme limites extrêmes 26 m/m, 1 pour l’année la plus sèche et 250 m/m,4 pour la plus humide ; l’accroissement des pluies ne s’est donc pas maintenu et c’est notre deuxième hypothèse qui doit être retenue : Djibouti à perdu le privilège d’être un centre de coordination efficace. {

Le fait que cet accroissement annuel des pluies ne s’est pas maintenu peut être attribué à plusieurs causes : \

Une grève importante située dans le voisinage, que les marées couvraient et découvraient, a été transformée en salines constamment recouvertes d’eau et soustraites ainsi aux périodes de surévaporation dues au jeu des marées. |

La ville, qui ne comprenait en 1899 qu’un seul massif important de maisons —| le groupe du Marabout — jouant le rôle de centre de cordination, s’est trop disper- | sée le long de la presqu'île, trop étendue même en terre ferme par la multiplication des immeubles sur les plateaux du serpent et de Djibouti, constituant ainsi plusieurs massifs de constructions séparés par des squares et espaces découverts.

Il y a eu, de la sorte, substitution de plusieurs centres secondaires au centre unique primitif, d’où fragmentation des masses d’air ascensionnelles et moindre hauteur atteinte. La proportion d’air sec est sans doute devenue trop importante par rapport à l’air humide ; la phase de saturation ne peut plus être atteinte qu’à un niveau plus élevé, ce qui exige pour l’ensemble de la masse atmosphérique ascendante un degré de surchauffe qui n’est pas réalisé.

De tout cela je ne saurais dire exactement ce qu’il en est ; mais ici encore nous pourrons recourir à des lâchers méthodiques de petits ballons pour découvrir l’écueil.

De ces relevés de pluies à Djibouti on peut, toutefois, tirer uneindication favorable qui mérite d’être signalée : Le nombre annuel de journées de pluies indiqué atteint jusqu’à 70. Or la tendance des observateurs est tout naturellement d’oublier de noter les jours où il ne tombe que des gouttes : Les chiffres du tableau sont par suite des minima et non la réalité. Or le nombre de journées de pluies est considérable en certains mois, en janvier, février, mars 1906 notamment, alors que cependant les pluies sont dérisoires ; c’est ainsi qu’en cette année là, janvier pour 12 journées

de pluie donne 0 au total, février pour 16 journées 7 m/m, mars pour 14 journées 27 m/m.

Voilà qui tend à démontrer combien minime doit être l’effort à accomplir pour accroître très largement la quantité de pluie. Il faut que l’homme intervienne en substituant à la dissémination qui règne dans l’ascension de l’air au-dessus des divers quartiers de la ville l’ordre, la convergence vers un centre de coordination puisréant, SUN

Production des pluies par la ville de Clermont-Ferrand

Notons que le fait de voir une ville engendrer la pluie n’est point chose nouvelle : Nous avons déjà mentionné le cas de Clermont-Ferrand observé par Plumandon. Voici comment s’exprime cet éminent observateur : «J’ai eu bien souvent l’occa- «sion d’assister au développement des courants ascendants rendus visibles par la for- «mation de brumes, de brouillards, de nuages. Le 8 novembre 18983 vers 8 h. 30, «sous un ciel presque uniformément couvert de nuages gris. un brouillard épais «et blanchâtre s’élevait au-dessus de la ville de Clermont-Ferrand. Sa formation «était certainement due à un état hygrométrique assez élevé, à une décroissance « rapide de la température occasionnée surtout par la chaleur émanant des constructions «de la ville. Les maisons en effet avaient subi antérieurement des températures «comprises entre 15 et 230, sans compter une ardente insolation intermittente, «alors qu’au moment même la température n’était plus que de 11°. D'ailleurs, au- « dessus de toutes les grandes villes de la Limagne, on voyait des brouillards analogues «qui avaient évidemment la même origine».

Vers les 10 heures il tombait à Clermont une pluie locale qui a donné 2 mm 4 au pluviomètre, et, vu l’étendue de la zone réceptrice, l’on peut estimer à 6 millions de kilogrammes la pluie tombée.

Il importe évidemment que chacun sache qu’il est possible soit d’accroître, soit de diminuer la pluviosité d’une localité, de même que sa ventilation, en distribuant judicieusement les aires de surchauffe (groupes d’immeubles, plages, terrains arides) et les aires de surévaporation (mince nappe d’eau, terrains fréquemment irrigués), et c’est pourquoi il nous a paru utile d’appeler l’attention du public sur le cas de Djibouti, ceci en vue d’engager les Ediles, les Ingénieurs, les Architectes qui auront à dresser les plans des villes nouvelles ou de nouveaux quartiers, à prendre en considération les indications données dans la présente étude.

Ces

CINQUIÈEME PARTIE

Utilisation des cîmes pour amorcer la régression

Nous nous sommes attaché jusqu'ici à rechercher comment on peut accroître les pluies des régions arides. Il nous faut maintenant voir quelle est la meilleure méthode à adopter pour entreprendre le refoulement de l’immense Sahara.

Le R. P. de Foucauld nous a appris, grâce à un séjour prolongé en 1911 au sommet du Hoggar, qu’Assekren bénéficie de petits orages quasi quotidiens en été : Il y a là une constatation d’un prodigieux intérêt. En la rapprochant des faits que nous avons déjà mentionnés pour les régions tempérées (Faulhorn, Col du Géant, Grondone) nous sommes amené à présumer qu'il s’agit là d’un fait général, à savoir que les cîmes bénéficient, sous toutes les latitudes, de pluies relativement fréquentes pendant la période la plus chaude de l’année, alors précisément que les conditions atmosphériques paraissent être les plus défavorables.

En y réfléchissant tant soit peu on se rend compte qu'il s’agit là d’une erreur de notre esprit, d’une fausse appréciation des choses :

En effet, la base essentielle du système que nous proposons pour accroître les pluies des régions peu favorisées du ciel consiste à surchauffer légèrement et mieux encore, si possible, à enrichir d’un peu plus de vapeur de grandes masses d’air, et cela pour les contraindre à monter haut vers le zénith.

Si au lieu d’être au niveau des plaines notre centre de coordination est sur une cîme, à mille mètres de hauteur par exemple, l’air au contact aura à s'élever de près de mille mètres de moins pour atteindre la strate atmosphérique marquant zéro degré. L’allègement, l’échauffement à lui faire subir seront donc moindres. Pénétrant dans la strate glacée, sa vapeur d’eau va se transformer en cristaux de glace. (Nous n’ignorons point qu’il résulte des observations de Renou que la température de l’air peut parfois descendre à 5, 10, 15 degrés au-dessous de zéro sans que la vapeur passe à l’état de cristaux de glace ; mais cela s’applique sans doute au cas où cet air est dépouillé de toute trace de poussières ; ce n’est point un fait d’ordre général).

Après s’être massés en une couche plus ou moins épaisse, être restés en suspension plus ou moins longtemps, ces cristaux vont grossir, s’alourdir, puis descendre, se transformer en gouttes et donner lieu à des précipitations météoriques.

Cela nous démontre qu’en plein Sahara c’est par les cîmes que l’œuvre de refoulement du grand désert doit être entreprise, et nous amène à rechercher dans

les ouvrages des explorateurs quelles sont les constatations qui ont été faites dans les divers massifs du Sahara : Atlas Saharien, Tademaït, Adrar Ahenet, Tassili des Adjjers, Tibesti, Hoggar, Adrar des Iforras, Air.

Observations de E. F. Gautier sur les pluies des cîmes

D'après ce que dit M. Gautier dans son ouvrage « Sahara Algérien», page 154, le Grouz, dont la hauteur atteint 1.800 mètres, a une influence capitale sur le climat de la Zousfana : Il accroît les pluies et emmagasine l’eau dans ses vallées et ses massifs de pierrailles. Il y a des fleurs au pied du Grouz ainsi que des bosquets de pistachiers, de caroubiers, d’oliviers, tandis qu’il n’y a pas de végétation dans le reste du pays. On trouve d’assez nombreuses petites sources dans les massifs dinantiens.

Du même auteur, page 310 : Les sommets de l’Adrar Ahnet approchent de mille mètres. Il y pleut un peu plus sans doute que dans les plaines basses, lesquelles ont pourtant une vieille réputation d'humidité et de verdure. Il ajoute, page 313, que le Mouydir Ahenet est une région de sources alimentées par de grandes nappes profondes et presque toujours pérennes.

Observations de Chudeau

M. Chudeau dans son ouvrage «Sahara Soudanais» cite les faits suivants :

Page 259 : L'ancien volcan d’In Zize, de 800 mètres d’altitude, domine d’environ 300 mètres la pénéplaine voisine et ce relief suffit pour y attirer quelques orages qui alimentent un point d’eau très constant.

Page 30 : Dans le massif du Hoggar (ou Ahaggar) l’altitude moyenne du plateau de la Coudia dépasse 2.000 mètres. Duveyrier avait déjà indiqué l’existence d’eau courante sur ce haut-plateau ; Motylinski confirme cette indication et mentionne une cascade.

Page 31 : La haute vallée de l’Igharghar contient également quelques ruisseaux, Voinot y signale même un marécage difficilement abordable à Inikeren. (Rappelons que c’est dans l’Ahaggar que le R. P. de Foucauld à constaté la formation quasi quotidienne en été d’un petit orage au-dessus d’Assekren).

Page 40 : à Tamanrasset 24 jardins occupent 15 hectares.

Page 48 : Le relief de l’Adrar des Iforras lui assure une saison des pluies régulière. Les pâturages y sont permanents. À part la large route fertile de la vallée du Tilemsi, l’Adrar est entouré sur toutes ses faces par le désert. Il s’agit là d’un plateau dont l’altitude est voisine de 800 mètres. Quelques paquets granitiques à structure massive atteignent un millier de mètres.

Page 158 : Le Teloua est une des rivières les plus vivantes de l’Aïr. Placé comme PAïr aux confins du désert, et devant aussi à son altitude des pluies régulières, l’Adrar des Iforras ne présente, lui aussi, de belles végétations que dans ses vallées. Mais ici les vallées d’alluvions sont parfois fort larges; elles peuvent atteindre plusieurs kilomètres et forment, à la saison des pluies, de véritables prairies couvertes d’un gazon continu parsemé de quelques arbres.

Page 56 : L’Aïr et l’Adrar, par leur latitude, devraient être des tanezroufts. Ils forment, grâce à leur altitude en plein désert, des sortes de péninsules demi-

fertiles. Ls deux massifs jumeaux de Tar’azi et de Zelim se dressent au milieu de la pénéplaine qu'ils dépassent de 500 mètres. Tous deux contiennent des points d’eau permanents, des r’dirs analogues à celui d’In Zize.

Page 57 : Les massifs volcaniques sont nombreux et pressés, surtout entre l’oued Sersou et Aoudéras. Beaucoup de sommets dépassent 1.000 mètres ; quelques-uns atteignent 1.500 et le pic majeur du Timgué s’élève à environ 1.700, dominant de près de 1.000 mètres la vallée d’Iférouane.

Page 61 : Nombreuses rivières qui, toutes, coulent trois ou quatre fois par an.

Observations de Dinaux dans l’Adrar, d’après Chudeau

Page 132 : Voici pour la première quinzaine de juin les observations de Dinaux dans l’Adrar : Le 30 mai une heure de pluie violente à 4 heures du soir ; le 2 juin trois heures de pluie torrentielle entre 3 et 8 heures du soir ; le 8 juin une demiheure de pluie violente à 3 heures du soir ; le 9 juin une heure d’averse intermittente à 4 heures du soir ; le 12 juin pluie torrentielle de 8 à 6 heures du soir ; l’oued in Ouzel coula une partie de la nuit.

Cette saison des pluies, juin, juillet et août, paraît très régulière. C’est vers 4 à 5 heures de l'après midi que le ciel commence à se couvrir.

Page 133 : Le climat de l’Aïr est comparable à celui de l’Adrar. Il présente aussi une saison de pluies régulière mais plus tardive.

. Foureau pendant son séjour dans l’Aïr (mars-juillet 1899) a noté trente-trois jours de pluie ; pour la plupart des jours il s’agit seulement de quelques gouttes, et la mission saharienne n’a reçu que quatre averses sérieuses.

Mais 33 jours de pluies en cette période de trois mois c’est là un quantum qui indique nettement la tendance à un régime de pluies de chaleur régulières, quotidiennes, locales ; cette tendance il dépend de nous de l’accroître en aménageant rationnellement les cîmes les mieux appropriées.

L’homme a réussi à créer, à perfectionner tant d’œuvres profitables, qu’il ne saurait s’obstiner plus longtemps à ne point accorder son intervention, sa direction, à la nature pour la rendre plus clémente, plus propice.

Page 129 : Les pluies ne sont pas très rares sur la Coudia et dans son voisinage immédiat ; elles peuvent survenir en toutes saisons ; d’ordinaire, comme au Soudan, elles arrivent pendant l’été, ou bien parfois, comme dans le bassin méditerranéen,

pendant l’hiver.

Observations diverses

En avril 1880 Flatters a noté 7 jours de pluie sur la Coudia.

Dans leurs contre-rezzous à l’Ahaggar, Cottenest (printemps 1902) et Guilho- Lohan (hiver 1902) ont reçu des averses.

Cortier mentionne, dans les contreforts ouest de la Coudia, une petite pluie le 80 mars 1907 et de fortes averses le 31 mars et le 3 avril.

Au cours de sa tournée dans l’Ahaggar en 1906, Voinot a eu deux journées en-

tières de pluie les 27 et 29 janvier.

Dans la même région, du 1°T août au 11 septembre 1905, j’ai noté, dit Chudeau,

onze fois de la pluie et il y avait eu des orages dès le mois de juin.

Ainsi qu’on le voit, il s’agit bien là de pluies de chaleur : Chaque versant exerce son influence, retarde ou avance la saison des pluies. Les chutes météoriques sont, le plus souvent, très minimes par suite de l’extrême sécheresse habituelle de l’air. Elles seront considérablement accrues si nous facilitons l’afflux de très grandes masses d’air humide.

Accroissement de l’humidité de l’air sur les confins du Sahara

Trois méthodes se présentent tout d’abord à l’esprit pour coopérer à ce résultat :

L'une met à profit les hautes crues du Niger aux points extrêmes de sa course vers le nord,

1° Pour créer au plus loin, en plein désert, des centres de coordination alimentés par les crues du fleuve,

20 pour créer des zones d'irrigation consacrées tout particulièrement, pendant la première phase de régression, à la fixation des sables, au développement des pâturages ; grâce à cette couverture végétale on atténuera le rayonnement nocif des étendues sablonneuses, on facilitera par suite la production des pluies.

Une seconde méthode consiste à aménager des centres de coordination entre le moyen Niger et le massif montagneux le plus voisin, savoir l’Adrar des Iforras. On établira à cet effet des canaux de dérivation destinés à diriger vers ces centres de dépression les eaux de ruissellement de ces massifs. On agira de même pour l’Aïr puis ultérieurement pour le Hoggar et autres systèmes montagneux.

Création de fleuves aériens

Dans la troisième méthode on créera de véritables fleuves aériens très riches en vapeur d’eau, de manière à transporter de grandes masses d’air humide au pied des massifs sahariens les plus proches du Niger.

Le lit même de ce magnifique cours d’eau constituera le tronçon d’origine de ces fleuves aériens : Nous avons là une nappe liquide de plusieurs milliers de kilomètres de longueur, atteignant dans le bas Niger jusqu’à 20 kilomètres de largeur en Nigéria anglaise. Rien de plus logique, évidemment, que de tenter de mettre à profit le fleuve d’air humide qui lui est superposé et de le faire affluer en divers points du Sahara au pied des massifs montagneux. É

Des centres de coordination implantés à la base de ces massifs permettront vraisemblablement de produire de fréquentes pluies dont bénéficieront les versants ; ce qui, après quelques années, amènera leur boisement. Dès lors les centres pluvigènes aménagés sur les cîmes donneront lieu à des précipitations de plus en plus importantes ; l’œuvre de régression sera amorcée.

L'objectif est de réaliser une très large tranchée embrassant le Niger et bordée des deux côtés par la forêt existante ou, à son défaut, par de futures bandes forestières réalisées par jeunes plants ou semis entrepris dès le début.

Le tracé devra, dans toute la mesure du possible, être rectiligne ou à très grands rayons de courbure.

Chaque tronçon aura une vingtaine de kilomètres de longueur ; mais si le fleuve présente des rapides à quelque distance en aval, on prolongera le tracé jusqu’à ces rapides qui seront disposés de manière à pulvériser d’énormes masses d’eau pour enrichir le fleuve aérien.

Chacun de ces tronçons, par son extrémité amont, se raccordera tangentiellement, suivant de grands rayons de courbure, à un tracé se dirigeant vers le massif le plus voisin (Adrar des Iforras ou Aïr) en suivant le lit d’un ancien fleuve.

Ici évidemment il n’existe pas de forêts et tout est à créer, mais le seul fait d'adopter comme tracé général les vallées des grands fleuves desséchés donne la possibilité de réussir des plantations. Pour cela il faudra aménager des bassins d’emmagasinement afin de capter les ruissellements des orages des versants monta-

gneux.

Ces fleuves aériens, ces tranchées devront avoir une assez grande largeur, 200,

300 mètres suivant hauteur des bandes forestières que l’on peut espérer réaliser : Si la largeur est trop faible en comparaison de la hauteur des arbres, on s’expose à ce que la tranchée soit, suivant son orientation, à l'ombre pendant une trop grande partie du jour ; si la largeur est trop grande, le fleuve d’air n’est plus suffisamment guidé et il faudrait, en ce cas, ajouter aux deux bandes latérales une ou plusieurs bandes forestières médianes.

Comme première indication, deux tracés peuvent être esquissés :

Un premier, particulièrement indiqué en raison de sa moindre longueur, partirait du Niger en amont de Gao en empruntant la dépression du Tilemsi et la remontant jusqu’au versant occidental de l’Adrar des Iforras.

Un second se détacherait du fleuve en amont de Gaya, pour remonter le Dallol Bosso, l’Azaouak et aboutir par le Tessellaman dans la vaste dépression du Talak au pied de l’Aïr. Là on aménagerait un centre de coordination pluvigène puissant, la dépression du Talak se trouvant au point de convergence de divers oueds, notamment du Tafassasset, et recueillant une partie des eaux de ruissellement du versant occidental de l’Aïr.

S1 l'efficacité du système aérien Niger-Dallol Bosso était reconnue insuffisante on pourrait, pour l’accroître, recourir à un fleuve aérien allant prendre son origine dans le golfe de Guinée et venant se raccorder à ce système aux alentours de Gaya.

Ce fleuve aérien remonterait l’Ouméné sur tout son parcours, se prolongerait sur le versant du bassin hydrographique du Niger jusqu’à ce fleuve, soit par l’Alibori, soit par le Bouli.

Là où 1l faudrait abandonner le lit de ces cours d’eau pour obtenir un tracé rectiligne ou à grands rayons de courbure, on pratiquerait les coupes nécessaires dans la forêt. Il y aurait lieu, après défrichement, d'aménager ces terrains en rizières.

Là encore il faudrait constituer une tranchée de 300 à 500 mètres de large, bordée à droite et à gauche par la forêt ou les futures bandes forestières, ayant pour radier les cours d’eau ci-dessus dénommés ou autres nappes d’eau, et provisoirement les marécages jusqu’à leur transformation en rizières ; ces marécages existent déjà sur un très grand parcours le long de l’Ouméné.

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Sur le tracé de ce fleuve aérien devront être aménagés des centres de coordination à des distances de 50 kilomètres par exemple. Chacun d’eux contribuera, dans son rayon d’action, à accroître l’humidité des terrains avoisinants et aidera ainsi à maintenir très riche en vapeur la masse d’air canalisée et celle, non moins importante peut-être, qu’elle entraînera par succion depuis le golfe de Guinée jusqu’au Niger.

Des renseignements contenus dans le dictionnaire Vivien de Saint Martin résulte que les vents pénètrent avec force dans chacune des embouchures du Niger, ce qui permet aux navires de remonter spontanément le fleuve malgré son courant.

Sans doute en sera-t-il de même pour l’Ouméné et aussi pour les dérivations sur le Niger esquissées plus haut, courants d’air déterminés par le cheminement vers des régions plus élevées, en même temps que plus arides c’est-à-dire plus chaudes. Il y a en effet appel du centre du Sahara vers les rivages et, la mousson soufflant du Sud-Ouest, les masses d’air canalisées vont tendre à aller du moyen Niger vers les massifs montagneux sahariens.

Il n’est point d’ailleurs interdit d’espérer que les dérivations partant des régions de Gao et de Gaya amélioreront suffisamment la pluviosité pour rendre inutile l'aménagement de l’Ouméné.

Depuis longtemps déjà, en effet, il est surabondamment démontré que les phénomènes météorologiques exercent les uns sur les autres des répercussions hors de proportion avec les forces mises en jeu au départ. C’est à ces répercussions que sont dues la plupart des grandes inondations. Tel fut le cas pour celles qui ravagèrent le midi de la France de fin septembre à mi novembre 1907 ; il en a été de même en Tunisie fin mars 1929.

Ce sont ces répercussions, ces pluies énormes qu’il importe de provoquer sur les confins du Sahara pour assurer la plus prompte remise en eau des immenses dépressions qui se sont peu à peu asséchées dans la suite des millénaires, asséchement dû en partie à la circulation atmosphérique centrifuge stérilisante qui régnait à leur surface par belles journées de soleil et de calme, ainsi que nous l’avons vu.

Il y aura donc lieu, en dressant les devis de ces fleuves aériens, de ne point tenir pour négligeable l’influence croissante que l’apport quasi incessant d'énormes masses d’air humide aux pieds des massifs de l’Adrar des Iforras et de l’Aïr pourra exercer, d’année en année, sur la transformation de la pluviosité saharienne.

Nous avons indiqué comment devront être constitués les centres pluvigènes des cîmes. :

De l’examen des cartes et documents relatifs au Sahara algérien, au Sahara soudanais, à la boucle du Niger, au bassin du Tchad, etc., résulte que les lacs, mares, étangs sont plus nombreux qu’on ne le croit, et que quelques uns sont assez importants. Dans la colonie du Niger, pour nous borner à ce territoire, nous pouvons citer avec Maurice Abadie (1) les dépressions suivantes : Dans l’Aïr les étangs permanents d’Agamgam, Tagarit et Tamgak, au Sud-Est du Tibesti les étangs d’Ounianga qui couvrent près de 1.000 hectares et sont inutilisables pour l'irrigation, leurs eaux étant trop salées ; à Agadem au Sud du Kaouar, un grand lac, vestige

(1) Maurice A BADIE. — La Colonie du Niger, Paris, 1927,

d’une ancienne mer intérieure ; les deux lacs de Guidimouni à l’Est de Zinder ; le lac de Keita près de Tahoua dans l’Azaoua et l’étang permanent de Tabki Tafoulat sur la frontière de la Nigéria.

Il y a lieu, ainsi que nous le dirons plus loin, de les aménager en centres pluvigènes en quelque sorte autonomes, mais bien aussi de les utiliser à apporter aux cîmes les plus voisines leur contingent de vapeur. Si done, à plus ou moins grande distance mais au Sud d’un massif, se trouve une de ces dépressions renfermant de grandes masses d’eau de nature quelconque, si salées ou natronées soient-elles, il y aura lieu de les raccorder aux pieds des massifs par des haies forestières plus ou moins espacées suivant hauteur des arbres et même, si la chose est possible, de prolonger ces haïes jusque vers le sommet, de manière à n’opposer aucun obstacle à l’afflux d’air.

Ces lacs, ces étangs pourront ainsi, suivant la saison et l’heure, soit donner des pluies locales périphériques, soit contribuer aux précipitations météoriques des cîmes.

Dépressions du Sud Tunisien, du Sud Constantinois, de la Tripolitaine et de l'Egypte

Pour diminuer la stérilité de ces régions on sera très vraisemblablement amené à bref délai à établir de grands canaux dérivant de la Méditerranée les eaux nécessaires au remplissage des très vastes dépressions qui existent sur ces territoires, notamment chotts Rharsa et Melrir suivant le projet du Commandant Roudaire, la très vaste dépression allant de l’oasis de Siouah vers le Fezzan en Tripolitaine, celle de Quattarah, proche l’oasis de Siouah, en Egypte. Ces deux dernières dépressions sont signalées par M. Dubuc dans «le Monde Colonial Illustré » de juin 1929.

La dépression de Quattarah étant de grande profondeur (plus de 100 mètres), le canal de prise sur la Méditerranée partant de Sollum pourra avoir des dimensions bien moindres que celui que nécessiterait la mise en eau de la mer Roudaiïre. Le gouvernement égyptien paraît disposé, dès maintenant, à réaliser à bref délai ce projet dont tous les éléments ont été étudiés.

Le remplissage du bas-fond tripolitain ne serait sans doute pas plus difficile à réaliser : Le dictionnaire Vivien de Saint Martin signale que cette dépression, au sud du plateau de Barka, semble avoir été jadis un bras de mer entourant la Cyrénaïque vers le Sud et faisant de celle-ci une véritable île de la Méditerranée ; cette dépression est vers l’Ouest de 100 à 107 mètres en contre-bas du littoral de la grande Syrte et se continue à l’Est par des dépressions variant de 30 à 51 mètres au-dessous du niveau de la mer. « Au Sud de cette dépression, où un faible travail ramènerait «peut-être les eaux de la Méditerranée, recommence l’océan infini des sables du « désert libyque.» (1)

L’évaporation intense due à toutes ces nappes d’eau accroîtrait quelque peu l’humidité des vents de nord-est et d’est qui constituent l’harmattan en Afrique Occidentale et en Afrique Equatoriale. Les cîmes du Hoggar, de l’Aïr et autres mas-

(1) Dictionnaire de géographie, ViviEN DE St-MARTIN, t. VI, Tripolitaine,

sifs sahariens verraient, par suite, s’accroître leurs pluies de chaleur. Ces régions arides que nous venons de signaler sont solidaires du Sahara : Tout accroissement de pluviosité provoqué en l’une d’elles exercerait d’heureuses répercussions sur l’amoindrissement de la stérilité des autres. Cela justifie quelque peu le rapprochement que nous avons été amené à faire.

Ressources en nappes d’eau des diverses régions du Sahara

Nous venons d’indiquer divers moyens à employer pour refouler le Sahara. Il nous faut maintenant examiner les ressources que nous offrent ses différentes régions.

Aménagements dans le Tchad

Nous avons déjà dit quelques mots des installations à créer. au Tchad. Ajoutons que cet immense chott reçoit du Chari, de la Komadougou et autres tributaires, 24 milliards de mètres cubes d’eau par an (1).

24 milliards de mètres cubes d’eau c’est la quantité que pourraient contenir mille barrages réservoirs de 24 millions de mètres cubes chacun. Un très grand intérêt s’attache donc à créer un certain nombre de centres de coordination atmosphérique pour accroître dans la plus large mesure possible les pluies dues à cette vaste nappe d’eau.

Les tours tronconiques avec dôme sphérique seront instaurées sur les îles les mieux isolées et reposeront sur le sol de ces îles. Tout autour une surface importante sera couverte en paillis pour créer un puissant centre de surchauffe et d’appel.

Nappes d’eau de la région du Tchad

Nous avons précédemment cité quelques unes de celles de la Colonie du Niger. Dans les Territoires du Tchad qui s’étendent à l’Est de ce dernier, se trouve une nappe d’eau particulièrement intéressante, le lac Fittri, grand chott de 1 m. 50 à 2 m. de profondeur, dont la surface varie de 10.000 hectares aux basses eaux à 50.000 hectares aux hautes eaux.

Lacs de la résion de Tombouctou

Autour de Tombouctou s’étalent de très nombreux lacs que le Niger peut chaque année remplir : le lac Débo avec ses 250.000 hectares de prairies flottantes, les lacs Horo, Fati, les deux Daouna, les lacs de Tenda, de Kabara, de Sompi, de Korienza, les lacs Dô et Nyangaï, le groupe des lacs de l’Aribinda et d’autres encore, le Télé, branche méridionale du Faguibine, le Faguibine lui-même qui a encore une centaine de kilomètres de longueur d’Est en Ouest, alors qu’il couvrait jadis une énorme surface, lorsque le seuil de Tosaye n’avait pas encore été percé par le Niger et que les eaux de ce fleuve se déversaient dans la mer du Djouf par un très vaste delta. i

Chacun de ces lacs peut être transformé en centre de coordination grâce à des revêtements flottants de prairies aquatiques. Toute la combinaison consiste ici à

(1) Documents Scientifiques de la Mission Tilho, Niger-Tchad, 1906-1909 ; t. I, p. 68.

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