‹ Refoulement du Sahara. Première partieChapitre 23 sur 33 · DER DÉS · texte numérisé non relu

DER DÉS

leur alimentation mieux assurée ; les irrigations pourraient s’étaler sur de bien plus vastes surfaces. L'intérêt Céneral de même que l’équité la plus élémentaire exigent donc impérieusement que l’on consacre chaque année des sommes importantes à l'essai et au perfectionnement des centres de coordination pluvigènes, jusqu’à par-

faite mise au point, et cela sans plus tarder.

Rôle et devoir de l'Administration

Il importe beaucoup que dès maintenant l’Administration se préoccupe de l’avenir et voie clairement quel prodigieux accroissement de puissance et de productivité prendra l’empire africain de la France grâce à l’amélioration systématique de

sa pluviosité.

Dans le Larousse Illustré, tome III, au mot «Civilisation», M. Théodore Steeg

écrit : « L'homme civilisé est celui qui regarde vers l’avenir : ce trait psychologique «suffit à le distinguer du barbare qui vit au jour le jour... Tourné vers le passé, «absorbé par le présent, il ne prévoit pas ; des générations identiques se succèdent, «ne se léguant pas autre chose qu’une existence fragile dans la sujétion immédiate «et continue des choses. Avec la prévoyance apparaît la civilisation... l’homme «accumule en vue des années futures, essaie d’obtenir le maximum derésultats avec «le minimum d'efforts, et transmet à ses descendants plus qu’il n’avait reçu, il «subit l’action de la nature mais, à son tour, agit sur elle, s’en empare parce qu'il la « comprend ; par l’art il crée une réalité nouvelle. Tels sont les éléments constitutifs « de la civilisation ».

Le rôle, le devoir de l'Administration consistent donc essentiellement à prévoir l’avenir. Après avoir si bien posé le principe il y a lieu de le mettre à application.

Dès maintenant, par suite de la très défectueuse pluviosité qui règne sur les

trois-quarts du Tell et des Hauts-Plateaux d’Algérie, les terres arables sont insuf-

fisantes pour pourvoir aux besoins de la population algérienne, et cela pour peu

que l’année soit sèche, chose fréquente.

D'autre part, il faut compter avec l’accroissement énorme de population mondia-

le qui est appelé à se réaliser si quelque effroyable cataclysme ne survient point, prévoir l’insuffisance des récoltes de céréales qui, en certaines années, se manifestera. Le fait capital de détenir plusieurs centaines de millions d’hectares sans en rien faire, et ce aux portes de l’Europe et sous un merveilleux soleil, doit être pris en

très sérieuse considération. La prudence la plus élémentaire nous commande de

nous: consacrer dès maintenant et avec ténacité au problème fondamental des pluies.

Il est vraiment pitoyable qu’il me faille, après plus de vingt ans de luttes, implorer que l’on fasse un essai ! l'Administration n’ignore point pourtant que les pluies ont diminué de 25 % sur le littoral oranais, ainsi que le dit M. Lasserre,

Directeur du Service Météorologique de l’Algérie, à la page 16 de son rapport au!

Congrès de l’Eau mentionné au début de cet ouvrage, et qu’elles ont aussi diminué sur la majeure partie de l’Algérie. De mes propres calculs appliqués aux graphiques qu’il donne, résulte d’autre part que, s’il y a eu accroissement de 12 % sur 1.400.000 hectares de terrains, il y a eu, par contre, diminution de 18 % sur une étendue vingt fois ou quarante-quatre fois plus grande suivant que l’on exclut ou que l’on compte les territoires du Sud.

RÉ ne ad:

On voit combien il importe d’enrayer de toute urgence cet asséchement général de l’Algérie.C’est pourquoi je ne crains point de dire qu'il est tout à fait fâcheux que M. le Gouverneur Général Steeg se soit refusé, malgré ma demande et malgré mon offre de concours, à aménager dans le zahrez Gharbi un premier centre pluvigène, ainsi que le lui proposa M. le commandant Gautier du cercle de Djelfa.

Le fait nouveau que j’invoquais dans ma demande — petits orages quasi quotidiens constatés par le R. P. de Foucauld en juillet, août et septembre 1911 à Assekren au sommet du Hoggar, en plein Sahara et en plein été — démontrait catégoriquement le rôle prodigieux que sont appelées à jouer les aires de surchauffe solaire, ou centres de coordination, que l’homme implantera en des points bien choisis.

Ce fait annihile toutes les timidités, toutes les hésitations de la Commission d’Hydraulique. Je dois rappeler ici, pour justifier pleinement combien incompréhensible fut la décision de M. Steeg, que son prédécesseur, M. le Gouverneur Général Lutaud, après m'avoir demandé dès 1913 un projet d'aménagement de la Sebkha d'Oran, après avoir pendant dix ans suivi les progrès de ma documentation sur la production artificielle des pluies, avait conclu dans la lettre qu’il m’adressa le 9 juin 1921, lettre que j’eus soin de reproduire intégralement dans ma communication du 7 avril 1922 à M. Steeg : « Votre principe est d’une logique et d’une clarté «aveuglantes. Il faut essayer ; il faut faire des expériences ».

Rappel des notions essentielles

On peut les condenser comme suit :

À. — Une dépression barométrique équivalente à une colonne d’air d’un mètre de hauteur suffit pour faire appel à dix kilomètres de distance, soit sur une étendue de 30.000 hectares.

B. — Des dépressions de cet ordre sont aïsées à produire par belle journée de calme et de chaud soleil ; il suffit d'accroître l’évaporation des eaux au milieu d’un chott en réduisant à quelques centimètres leur épaisseur ; ou encore, sur un lac ou sur la mer, en recourant à un revêtement flottant artificiel ou à des prairies lacustres ou marines. | |

S’il s’agit de territoires sans nappe d’eau, on diminuera la conductibilité superficielle des terrains à l’aide de scarification, ou mieux de revêtement en pierrailles, en escarbilles ou autres matériaux mauvais conducteurs et de faible capacité calorique, ou même d’une feuille de papier ainsi qu’on le fait à Java pour accroître les récoltes d’ananas.

C. — En s’élevant dans le ciel l’air sec se refroidit de 1° par chaque 101 mètres d’ascension. Cette ascension a par suite tendance à s’arrêter promptement si la surchauffe est faible. Par contre, si elle est considérable il faudra que l’air monte beaucoup plus haut avant d’atteindre la phase de saturation. Or plus grande est la hauteur à atteindre, plus décisives sont les influences perturbatrices qui s’opposent à l’ascension.

D. — L'air humide se refroidit pendant son ascension de 1° par 102 à 104 mètres d’élévation, mais 1l capte un dixième des radiations solaires, soit 50 fois plus que l’air sec. Le quantum de la captation est évidemment proportionné à la durée

dite

de l'ascension. Dès lors, par belle journée de calme, l’air humide, s’il s'élève lente= ment, pourra monter plus haut dans le ciel, bien que son échauffement initial ait été moindre que celui de l’air see, la majeure partie du calorique solaire ayant été absorbée par l’évaporation. Son potentiel d’ascension est par suite plus considérable par grand calme, c’est-à-dire pendant les journées et les heures les plus favora: bles à la, production des pluies de chaleur.

De là résulte que c’est dans les chotts, les marais, les lacs, les baies, les criques marines bien fermées et par suite à eaux plus chaudes, que doivent être implantés de préférence les centres de coordination destinés aux premiers essais. De là résulte aussi qu’au lieu d’assécher radicalement les dépressions humides, mieux eût valu; ainsi que je le demandais déjà en 1908 dans le mémoire «Contributions diverses à l’hydrogénèse», les transformer en étangs de retenue provisoire facilement asséchables en saison opportune ; leurs eaux, s’il s’agit d'eaux douces, étant, d’ailleurs avec grand profit, utilisées par les irrigations.

Le desséchement radical des lacs en ce pays d'Algérie est sûrement une très grave erreur et on sera contraint de remettre en eau plusieurs de ceux qu’on a asséchés ou que l’on assèche à cette heure même, malgré mes protestations.

E. — Presque toutes les pluies sont dues au refroidissement des masses atmosphériques, et ce refroidissement peut être obtenu par ascension.

La capacité de dissolution de l’air pour la vapeur d’eau étant d’autant moindre qu'il est plus froid, il arrive assez promptement à saturation sans avoir à monter très haut dans le ciel s’il n’est pas trop sec. C’est ainsi que dans une atmosphère marquant 20° centigrade et 70 % d'humidité au niveau du sol, et dont la température décroît de 19° par chaque 180 mètres de différence d’altitude, l’air de la colonne ascensionnelle devra être chauffé de 40, 48 au moins et s’élever à 1.080 mètres pourengendrer un massif nuageux.

L'air à 80 % d'humidité n’aurait à s'élever que de 684 mètres pour arriver à saturation. Pour provoquer cette ascension, 1l suffit de le chauffer de 20,77, échauffement beaucoup plus aisé à réaliser que celui de 40,48. L’on voit par là combien il importe d’accroître l'humidité de l’atmosphère, autrement dit de multiplier les surfaces d’évaporation. |

F'. — Cette ascension se produit d’ailleurs spontanément, de-ci de-là, par bouffées, sur mille points de chaque localité, en chaque jour de beau soleil et de calme, mais elle est généralement insuffisante et ce, même pendant les journées les plus favorables. Les masses ascendantes sont trop petites, trop discordantes, l’ascension trop discontinue. Le plus souvent le point de saturation n’est atteint nulle part, aucun nuage n'apparaît, et si, par faveur spéciale, des nuages se forment, ils sont dispersés dans le ciel et se dissolvent assez promptement, sans avoir donné une goutte d’eau.

Anarchie calorique

Cet état de choses est si nocif en régions peu pluvieuses qu’il nous paraît utile de traiter à nouveau ce sujet :

Considérons une localité et voyons avec les yeux de l'esprit quels mouvements se produisent dans l'atmosphère qui la recouvre. Pour mieux fixer la pensée, supposons nous au printemps, en mars ou avril par exemple, au moment même où une

pluie opportune sauverait la récolte. Devant nous s’étalent de tous côtés des pièces de terre couvertes d’une belle végétation : blés, orges, avoines, prairies à divers états d'avancement ; ces pièces sont séparées par des champs laissés en inculture, et par d’autres que l’on vient de labourer et scaritier après les avoir ensemencés en sorgho, béchena, maïs, et autres cultures d'été. Plusieurs fermes surgissent à quelque distance du village, les unes entourées de luxuriants-vergers, les autres à peu près nues; enfin quelques massifs d’eucalyptus ou de pins, se montrent ici et là.

Le pouvoir de captation des radiations solaires diffère du tout au tout d’une parcelle à l’autre et va engendrer des mouvements discordants.

C’est au contact des terres scarifiées que l’air va s’échauffer le plus promptement et s’élancer vers le ciel, mais pour peu que la surface de ces terres ait été asséchée par quelques journées d’exposition au vent et au soleil, cette colonne ne montera pas bien haut. Par suite de sa faible teneur en vapeur elle capte peu de radiations solaires et se refroidit promptement par détente. Arrivée à quelques centaines de mètres, sa température s’est abaissée suffisamment pour que ce massif d’air déjà refroidi tende à redescendre ; son échauffement initial, sa teneur en vapeur étaient trop faibles.

Par contre les céréales, les prairies luxuriantes vont exhaler beaucoup de vapeur d’eau et enrichir d’autant l’air qui les baigne. Nul n’ignore qu’au printemps leur transpiration physiologique l’emporte sur l’évaporation des pièces d’eau, même peu profondes. Si le temps est calme, de chacun de ces lots de belle verdure va s'élever une colonne d’air distincte. Si leur section de base était de grande ampleur, peutêtre quelqu’une pourrait-elle monter assez haut pour engendrer un nuage ; mais elles sont corrodées à leur périphérie par les massifs d’air moins humides qu’elles ont à traverser et qui sont déjà descendants, et elles s’évanouissent le plus souvent sans avoir pu monter à hauteur suffisante. Finalement, au-dessus de la localité s’élèvent de-ci de-là un grand nombre de masses d’air contournées, gênées, corrodées par des masses descendantes qui, de préférence, retombent sur les massifs boisés, sur les vergers les plus touffus, les plus aptes à conserver plus longtemps la fraîcheur sous leurs ombrages.

Il se passe là dans le ciel une agitation analogue au va et vient des hommes et des voitures dans les artères des grandes villes : Après cent parcours, cent allées et venues en tous sens, chacun, la nuit venue, rentre chez soi sans que le centre de gravité de la masse se soit déplacé. De même au point de vue de la production des pluies, c’est en vain que le soleil aura prodigué ses radiations sur tout le territoire de la localité ; la nuit venue, la terre va se refroidir par rayonnement nocturne et le lendemain le même fourmillement ascendant et descendant se reproduira tout aussi vainement.

Dans les régions qui bénéficient d’une pluviosité suffisante pour donner régulièrement d’abondantes récoltes, il y a lieu évidemment de persévérer dans les mêmes répartitions irrégulières des cultures. Dans celles au contraire qui souffrent habituellement de la sécheresse et qui n’ont, le plus souvent, que de médiocres rendements, il sera logique de répartir les cultures comme nous l’avons exposé en décrivant les centres de coordination des plaines dépourvues de toute nappe d’eau.

La distribution des pluies au Maroc dans la résion de Marrakech montre clairement que le problème de la pluie consiste essentiellement à contraindre de grandes masses d’air à s'élever haut dans le ciel (1).

Pour en donner la preuve péremptoire il suffit d’attirer l’attention du lecteur … sur la distribution des pluies dans la région du Maroc comprise entre Mazagan, Safi, Mogador, sur le littoral océaniqué d’une part et le haut Atlas de l’autre.

Dans la bande littoralienne les pluies atteignent 300 et 400 millimètres. En se dirigeant vers l’Est on entre ensuite dans une bande plus aride de 1.200.000 hectares ; elle comprend Mzala Chichaoua, K’ech-Chemaia, Ben Guerrir, Mre ben Abbou. Là les précipitations météoriques se réduisent à 200 millimètres en certains points.

Nous avons une bande de terrain de 200 km. de long sur 60 de large qui, bien que située à moins de 100 km. de l’océan, souffre de la sécheresse, alors que cependant les masses atmosphériques venant de l'Ouest qui l’ont traversée sont encore assez riches en vapeur pour donner 600 à 800 millimètres de pluie sur l’Atlas, bien qu’il soit plus distant de l’océan de 60 kilomètres.

Que faut-il pour accroître les pluies sur les territoires arides Slam el Vherara, Slam el Arab ? Créer des centres de coordination qui engendrent des colonnes ascensionnelles contraignant l’air à monter haut dans le ciel. Les fleuves Oum er Rebia, Oued Temsift rendent aisées la création et l’alimentation d’aires de surévaporation dans d’excellentes conditions. L’aménagement rationnel préalable du lac salé Zima permettra de s’assurer si la méthode proposée mérite d’être généralisée.

C’est un impérieux devoir pour l’homme de s'opposer à la stérilisation du globe terrestre.

Terminons en disant que, par suite de diverses défectuosités, la terre vieillit, ses rides s’approfondissent, se multiplient sans cesse, ses nappes d’eau continentales s’assèchent, sa surface se recouvre de-ei de-là d'immenses amas de sables mobiles générateurs de déserts. C’est à l’homme qu’incombe le soin d’assurer sa restauration méthodique ou, tout au moins, de retarder dans la mesure du possible sa décrépitude.

Va-t-1l persister à tolérer que les déserts entourent nombre de grands lacs, pis encore, de véritables mers telles que la Caspienne, la mer Rouge, et, tare inconcevable, inadmissible en notre siècle de prestigieux progrès, qu’ils s’étalent sur des milliers et des milliers de kilomètres sur les rivages mêmes de l’Atlantique, du Pacifique, de l’Océan Indien, sans que l’on tente de les faire rétrograder !

Là cependant on bénéficie des marées propices à l'aménagement de vastes aires de surévaporation ; là il y a afflux fréquent d’immenses masses atmosphériques très riches en vapeur, très aptes, si on les contraint à s’élever un peu plus haut dans le ciel, à donner d’abondantes pluies. Ces pluies peuvent retomber de proche en : proche tout comme dans le bassin de l’Amazone, et se reproduire à diverses reprises en faisant converger les ruissellements qu’elles donneront vers les dépressions qui, elles aussi, seront aménagées en centres de coordination atmosphérique.

On dispose donc là de puissants moyens d’action.

(1) Voir la carte des pluies au Maroc, à la fin de l’ouvrage.

Nous ne prétendons certes point qu’il soit possible de supprimer tous les littoraux désertiques en bordure des océans : Il faut se livrer à une étude attentive de chacun d’eux, mesurer l’importance des difficultés à vaincre, n’entreprendre que ce qui est réalisable.

Il est toutefois possible de signaler dès maintenant qu’il y a opposition complète entre le problème du refoulement du Sahara et la suppression des déserts du Chili et du Pérou. Ceux-ci sont dus au colossal courant glacial de Humboldt qui, à la hauteur du cap Horn, charrie en certains mois des montagnes de glace. Il paraît peu probable qu’il devienne un jour possible d’annihiler les effets nocifs, au point de vue des pluies, d’un fleuve de 500 kilomètres de large ou de le dévier.

L'influence de ce courant est si décisive, sa prépondérance est telle, que les déserts ont pu progresser jusqu’à 5° et 40 de la ligne équatoriale ‘elle-même, ainsi qu’en témoignent ceux de Tumbès et de Séchura. Or le grand cercle équatorial bénéficie du maximum de pluies sur tout le pourtour du globe terrestre, sauf précisément ici sur ce versant occidental de l'Amérique du Sud baigné par le courant de Humboldt, et d’autre part sur la côte orientale de l’Afrique dans la Somalie italienne qui meurt de sécheresse sous l’emprise des déserts d’Arabie.

Tout au contraire le grand désert saharien n’a pu encore descendre au-dessous du 17€ degré de latitude ; sa ligne frontale Sud est à 1.900 kilomètres de l’équateur, elle n’a pu déborder beaucoup encore ni le Sénégal, ni le Niger.

Pour terminer, il est une région sur laquelle il y a lieu d’appeler tout particuhèrement l’attention : c’est la vallée du Nil et notamment son delta.

Depuis longtemps déjà il est démontré que les importants boisements effectués par Méhémet Ali n’ont pas accru la pluviosité (voir l’article très documenté consacré à cette question dans le dictionnaire Vivien de Saint Martin au mot Egypte). Voici d’ailleurs les dernières moyennes annuelles décennales : Le Caire, 29 millimètres en 17 jours par an ; Suez, 26 millimètres en 14 jours. Si nous passons sur le littoral nous relevons les chiffres suivants : Port-Saïd, 83 millimètres en 34 jours ; Damiette, 124 millimètres en 56 jours ; Alexandrie, 204 millimètres en 74 jours.

L'on pourrait se demander si les pluies relativement plus fortes dont bénéficie cette dernière ville ne sont pas dues à ce qu’elle est à cheval sur l’isthme étroit qui sépare le lac Maréotis de la Méditerranée, constituant ainsi comme Djibouti une aire de surchauffe entourée d’aires de surévaporation plus ou moins actives suivant les vents et les flots.

C’est là une hypothèse qui mérite d’être examinée de près. Mais voici le fait principal sur lequel l'attention du Gouvernement Egyptien mérite d’être appelée : Le delta du Nil a sa frange méditerranéenne recouverte de vastes lacs, leur surface atteint 390.000 hectares et ils renferment de nombreuses îles. La latitude moyenne du delta étant de 319, le soleil v est implacable. Tout ce terrain est sillonné de canaux dérivés du Nil et est baigné par les branches de ce fleuve ; les arbres sont nombreux, notamment dans les environs de Rosette.

Ainsi, ni la chaleur, ni les surfaces à très active évaporation, ni les arbres ne font défaut ; le delta devrait donc, si ces conditions étaient suffisantes, bénéficier, lorsque le soleil est près du zénith, de nombreuses pluies de chaleur. Or ceci n’a point lieu ; tout au contraire elles sont dérisoires, même sur le littoral. Nous

avons là sous les yeux le spectacle d’une anarchie calorique radicale. A cette anarchie il est sûrement possible de porter remède : L’homme doit intervenir pour ins= … taurer des centres de coordination efficaces, aptes à contraindre de grandes masses. d’air à monter assez haut dans le ciel pour engendrer d’épais massifs nuageux pro- “u ducteurs de pluie. $

Nous avons jusqu'ici supposé que l’appel trop matinal, trop précoce, des terri=. toires désertiques du voisinage était le seul obstacle à vaincre. Il en est un autre qu’il convient de signaler, bien qu’il ne nécessite pas le recours à un autre moyen d'action que celui indiqué jusqu’à maintenant, savoir : création d’une aire de surchauffe ou mieux de surévaporation, autrement dit d’un centre de coordination, avec tour de centrage.

Depuis bien des années déjà, M. d’Abbadie, de l’Institut, a constaté à diverses reprises, tant en Ethiopie qu’en Egypte, que l’air était parfois d’une sécheresse extrême dès un et deux mètres de hauteur au-dessus des nappes d’eau même très étendues, si le temps est calme. Ceci paraît indiquer nettement que l’air très sec s’oppose à l’ascension de l’air humide.

D'autre part, tous les fumeurs de cigarette ont observé que la volute de fumée qui s’échappe de la partie incandescente a tendance à s’élever droit dans le ciel, parfois de plus d’un mètre d’un seul jet par temps très humide, tandis que son ascension est tourmentée et considérablement réduite et ralentie lorsque l’air est sec. Ces deux faits se confirment l’ur l’autre.

Une tour conique surmontée d’une calotte sphérique perturbera l’équilibre atmosphérique le long de ses parois et permettra à l’air humide de s’élever haut dans le ciel. La viscosité de l’air cessera dès lors de s’upposer à l’ascension des masses atmosphériques riches en vapeur.

En même temps que l’on facilitera la formation d’une puissante colonne ascensionnelle, l’on aura soin de rechercher les emplacements des terrains arides dont l’appel est le plus désastreux et on les boisera, si possible, d’essences supportant bien la sécheresse. Des revêtements de pierrailles faciliteront beaucoup le succès des plantations.

Comme en Afrique Occidentale, il y aura lieu de rechercher, dans les premières applications, les terrains qui sont les plus favorables à l’aménagement des centres pluvigènes. Bornons nous pour le moment à citer Alexandrie. Tout ce que nous avons dit à propos de Djibouti pourrait être reproduit ici ; mieux vaut se reporter au chapitre que nous avons consacré à cette localité. k

Il est un fait important à noter en Egypte : le Nil jette à la mer plus de 30 milliards de mètres cubes d’eau par an qui n’ont pu étre utilisés par les irrigations et les submersions et qui ont échappé à l’évaporation. Cependant, sur sa droite tout comme sur sa gauche, le désert s’étale tout proche de son lit à des distances variant de 5 à 10 kilomètres. Est-ce là chose admissible ?

Le problème de l'utilisation du Nil, étudié depuis tant de siècles déjà en vue des irrigations, mérite d’être retenu également en vue de l’accroissement des pluies, afin de tirer tout le parti possible de ce merveilleux fleuve, même pendant les. années de grande crue. Il faut se proposer de refouler systématiquement, chaque Jour un peu plus au loin, les bandes désertiques qui enserrent si étroitement la vallée du Nil. Les eaux de la mer Rouge, en raison de leur haute température (289et.

300) en saison chaude, de leur grande étendue, de l’évaporation intense à laquelle elles peuvent donner naissance, permettront un jour probablement de réaliser le refoulement des déserts libyque et arabique.

Mais résumons ce que nous avons à dir: de l'Egypte. Une première étape consistera à aménager en centres de coordination pluvigènes un certain nombre d'îles des lacs essaimés sur le littoral de la Méditerranée. La seconde pourrait être la remise en eau par le Nil de la dépression aride de l’Ouâdi Rayan au Sud du Fayoûm, aménagement de centres ; luvigènes dans cette dépression ainsi que dans les deux îles du Birket Karoûn, vestige de l’ancien lac Moœæris, dans la partie occidentale de la riche dépression du Fayoûm. Cette dépression ne saurait être entièrement remise en eau en raison de son peuplement actuel.

Dans l’antiquité le niveau du lac Mœris était à environ 21 mètres au-dessus de celui de la Méditerranée, alors que le lac résiduel, le Birket Karoûn, se trouve à environ 43 mètres au-dessous de cette mer. Sa surface atteignait 2.500 kilomètres carrés et le Birket Karoûn n’en couvre que 500 ; d’où diminution de 200.000 hectares de la surface d’évaporation.

D’autres dépressions se sont asséchées. Les nombreuses ruines de citernes qui subsistent en des points aujourd’hui inhabités du désert libyque et du littoral africain de la mer Rouge tendent à démontrer que la pénurie des pluies était moindre. Ces citernes, inconnues dans le reste du Sahara, se retrouvent d’ailleurs sur la côte méditerranéenne du désert égyptien, en Marmarique, comme l'écrit M. E. F. Gautier dans son livre « Le Sahara».

Il conviendra donc d'aménager en centres pluvigènes la profonde dépression de l’Ouâdi Rayan et le Birket Karoûn dont la surface pourra être accrue sans inconvénients, car ses rives sont sablonneuses au Nord et à l’Ouest, marécageuses à l'Est et au Sud. Grâce au Nil d’autres dépressions pourront aussi être transformées en lacs et, après aménagement, contribuer à accroître la pluviosité de l'Egypte.

Ainsi que le dit M. E. F. Gautier dans son ouvrage « Le Sahara», «le plus beau « désert de la planète ne se prêtera pas dans son ensemble à une mise en valeur «sérieuse aussi longtemps que l’homme n’aura pas trouvé le secret de la pluie » (1).

Après lecture de ma brochure de 1921, intitulée « Comment l’homme accroîtra les pluies des régions arides», ce savant saharien voulut bien m'adresser un mot disant : « C’est comme çà que commencent les grandes choses ». Ce fut là pour moi un puissant réconfort. Après lecture du présent mémoire « Refoulement du Sahara » il estimera — j’ose l’espérer — que je viens de faire un nouveau pas en avant dans la poursuite de cet important problème de la production des pluies en régions arides.

Mais il nous faut en finir et conclure :

En progressant vers des régions de plus en plus chaudes dans leur marche vers l'équateur, les alizés du Nord, tout comme ceux du Sud, stérilisent les contrées qu’ils traversent. A cette absence de chutes météoriques, à cette stérilisation des territoires, succèdent les pluies équatoriales et la plus luxuriante végétation dès qu’au cheminement horizontal des alizés succède leur ascension vers le zénith due

à leur convergence.

(1) E. F, GauTiEr. — Ce Sahara, page 223 de l'édition 1928,

= C’est cette ascension qu’il dépend de nous de provoquer en points de la terre en multipliant les centres de surchauffe relative et, les centres de surévaporation rationnellement aménagés, autrement de coordination pluvigènes. |

La conquête à la culture des immenses régions actuellement stéril lent comme une lèpre à la surface de la terre, l’accroissement des pluies les régions qui souffrent de leur pénurie, s’imposent impérieusement : vraiment œuvres de pacification. Elles permettront à tous les peuples di de s’accroître, de vivre dans l’abondance et la joie sous des cieux de : cléments. |

1e PARTIE

Comment l'homme accroitra progressivement

les pluies des régions arides

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