CHANT DE GUERRE
CHANT DE GUERRK
Nous les vaincrons ! Nous les vaincrons !
Dix contre un comme des larrons Us nous ont volé la victoire.
Un contre un nous les re verrons. . .
Nous reverrons aussi la gloire .
Allons, Peuple abreuvé d'afifronts.
Qu'on boucle sacs et ceinturons !
Voici la guerre expiatoire.
Nous les vaincrons I Nous les vaincrons I Sonnez la charge, clairons I
Nous les yaincronsl Nous les vaincrons!
Pour ces princes et ces barons Nous sommes peuple de roture...
Eh bien I Nous nous anoblirons !
La Mort fera l'investi ture !
De pourpre nous nous vêtii'ons, Nos balles seront nos fleurons, Notre devise : a Feu qui dure ! »
Nous les vaincrons ! Nous les vaincrons !
Sonnez la charge, clairons.
Nous les vaincrons' Nous les vaincrons I
Ah ! petits soldats sans chevrons, Fusils neufs et bravoures neuves, Au feu nous vous éprouverons.
Ce seront de rudes épreuves.
Mais morts ou vifs, nous coucherons Ce soir-là, dans les environs Du vieux Rhin, le fleuve des fleuves I
Nous les vaincrons I Nous les vaincrons I Sonnez la charge, clairons I
CHA?JT DE GUEKllE. 97
Nous les vaincrons ! Nous les vaincrons !
Les éclairs ne sont pas si prompts, La foudre n'est pas si soudaine Que l'élan dont nous poursuivrons Leurs soldats fuyant dans la plaine. Regardez-les nos escadrons Sabrant les casques et les fronts I Regarde, Alsace! Vois, Lorraine I
Nous les vaincrons ! Nous les vaincrons !
Sonnez la charge, clairons!
Nous les vaincrons I Nous les vaincrons!
Dieu juste! nous t'implorons, Dieu du salut et des naufrages!
Quand l'homme tient les avirons, C'est ta main qui tient les orages; Et les projets des fanfai'ons Tu les traverses, tu les romps, Mais tu soutiens les vrais courages!
Nous les vaincrons! Nous les vaincrons!
Sonnez la charge, clairons!
TESTAMENT
TESTAMENT
Lorsque nous aurons fait la guerre triomphante, Et que noti-e Patrie aura repris son rang, Alors, avec les maux que la conquête enfante, Disparaîtra l'horreur qui suit le conquérant.
Alors la grande France aimante et sans rancune, Semant ses jeunes blés sous ses lauriers nouveaux. Fêtera le Travail, père de la Fortune, Et chantera la Paix, mère des longs travaux.
Car ce sera la Paix calme, sereine, auguste,
Qui désarme les bras sans armer les esprits ;
Car nous nous montrerons des vainqueurs au cœur juste,
Et nous ne reprendrons que ce qui nous fut pris.
Et notre Nation lasse de funérailles,
En exaltant ses morts calmera ses vivants,
Et nous ne voudrons plus qu'on parle de batailles.
Et nous désapprendrons la haine à nos enfants.
Et ce ne sera plus qu'une immense allégresse Qui frémira d'un bout à l'autre du pa}s, Quelqu'un de ces transports comme en connut la Grèce, Quand les Perses fuyaient de ses champs envahis.
Heureux, heureux alors les poètes de France Dont l'âme n'aura pas porté notre long deuil ! Ils chanteront l'amour, comme nous la souffrance, Comme nous de colère, ils frémiront d'orgueil.
Quant à moi, le farouche el vieux erieur de guerre,
Que je survive ou non au choc libérateur.
Mon œuvre, je le sais, ne lui survivra guère
Et mes Chants du soldat n'auront plus de chanteur.
Oui, oui, l'heure viendra — qui prévoit peut prédire
Où ces cris de fierté chers au pays vaincu,
Au pays consolé sembleront un délire ;
Où nul ne comprendra la haine où j'ai vécu.
TESTAMENT 103
Car, forgeron brutal et tout de violence, Je frappais à grands coups pour frapper à coups sûrs, Et mes vers martelés comme des fers de lance Ne sont pas un trophée à placer sur des murs.
Non, non I C'est avant tout une arme populaire, Un épieu dans les bois au hasard ramassé Qui, le combat fini, tombe avec la colère, Ou reste dans la plaie après qu'il a blessé.
Que tel soit mon destin et ma part est trop belle ! Je n'en voudrais pas plus et n'en rêve pas tant. Aussi, loin d'écarter mon néant, je l'appelle: Oh oui 1 puisse aujourd'hui, tout à l'heure, à l'instant,
La France s'élancer de victoire en victoire, Puisse — son fier triomphe à jamais établi — Mon nom être englouti dans ce torrent de gloire. Et mon livre inconnu se perdre dans l'oubli I