DEUXIÈME ARTICLE
Nous avons, dans un premier article, considéré l'ensemble des travaux de M. Joull'roy, nous en avons fait sullisamment l'histoire, et cherché le lien et l'unité. Nous avons montré M. Jouflroy prenant naissance à l'Ecole normale , au milieu du mouvement réactionnaire contre la Philosophie du dixhuitième siècle, habitué par là à séparer la philosophie de la vie politique et sociale ; prenant donc pendant long-temps le champ de la psychologie pour l'horizon philosophique ; détachant l'étude abstraite de l'entendement humain , non pas seulement de toutes les autres sciences, mais môme de la considération du corps, et arrivant ainsi à un spiritualisme cundamné d'avance p;ir tous les grands mélaphysicions du
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dix-scptiènic sicVle, inconnu imMne <iiix théologiens, ot dont l'impuissance cl l'infécondili' sont aujoiird'luii ami)lcmenl prouvt'es. Nous l'avons vu porter ensuite dans toutes les questions qu'il a traitées ses liai) tudos de psychologue , divisant et tron([uant tout, ne procédant jamais que par l'analyse, ne se confiant jamais à la synthèse , et maniiuant toujours ainsi du sentiment do la vie , qui ne se rôvî-le que syntlK-tiquemcnt. Nous avons surtout essayé de mettre en relief les continuelles pétition» de principes où la fausse analyse l'engage, et que dégu'se en vain sou art d'écrire et la rare beauté de son style. Nous avons prouvé , par exemple, que sa prétendue méthode d'observation des faits de conscience repose sur une pétition de principe, que ses études psychologiques sur le sommeil n'ont pas d'autre fondement ; nous avons fait pressentir qu'il en était de même de son explication du développement de l'humanité. Enfin l'étiule gém-rale (|ue nous avons faite de sa philosophie nous a conduit à caractt'riser l'école à laquelle il a jus(iu'ici appartenu, l'école doctrinaire ou éclectique, et à montrer avec évidence dans celte école deux vices essentiels qui se retrouvent dans tout ce qu'a écrit M. Jouflroy, le défaut absolu de tradition, d'une part , et rai)us de l'analyse, de l'autre ; défauts qui se tiennent , qui s'engendrent mutuellement, et sont un obstacle invincible à toute vraie philosophie. Nous allons aujourd'hui passer à l'examen particulier des divers morceaux qui composent la première et la plus importante section des Mélanges de M. Jouflroy, la philosophie de l'histoire.
La seule unité que l'on trouvera dans notre travail naitra du rapport intime qui lie entre elles toutes les questiiuis qui touchent à cette philosophie. Les six morceaux do M. Jouffroy que nous allons examiner sont en apparence totalement étrangers entre eux; et pourtant ils sont au fond enchaînés les uns aux autres, et se correspondent parfaitement. Certes, si RI. Jouflroy, au lieu de procéder de l'école réactionnaire de M. Uoyer-Collard et de M. Cousin, avait eu l'intelligence et l'admiration légitime de la l'iiilosopliie du dix-huitième siècle, il aurait senti tout ce qu'il y avait d'avenir dans ce grand mot (le perfectibilité qui fut la bannière de ce siècle et la clôture do
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tous SCS travaux. Il n'aurait donc écrit ni ses pages sur Herder et Vico , où la solution du dix-huitième siècle sur la loi de développement de l'humanité n'est pas même mentionnée; ni son propre travail sur cette loi de dcceloppement , où le mot de progrès est si timidement proclamé , et où la perfectibilité de notre nature est réduite à la mobilité des idées de notre intelligence ; ni son article sur l'état actuel de l'humanité , où le Christianisme est présenté comme le dogme triomphateur qui doit régner un jour sur toute la terre, et , en qualité de religion divine, abolir toutes les autres croyances. Et réciproquement, si M. Jouffroy avait en lui le senliuient profond de la doctrine du progrès, évidemment il n'aurait pas traité la Pliilosophie du dix-huitième siècle avec ce dédain léger, ce sourire ironique que nous ne pouvons nous empêcher de trouver au moins bizarre ; il n'aurait pas écrit sa diatribe sur /a Sorbonne et les Philosophes ; il n'aurait pas cru que l'on pouvait être philosophe , dans le sens large du mot, sans reconnaître aucune tradition, et sans chercher la tradition la plus avancée dans cette voie du progrès. La même erreur, bu , si l'on veut , la même manière de voir, la même unité, se retrouve donc dans tous ces articles. Mais nous n'aurons pas moins d'unité que M. Jouffroy; car notre sentiment du passé fait notre foi dans l'avenir.