‹ Réfutation de l'éclectismeChapitre 29 sur 35 · VI · texte numérisé non relu

VI

Dk l'état actuel de L'iiuMAMTt':. — Ce morceau, assez étendu, ne nous a offert que peu d'inlérèt. L'idée générale est assurément belle et grande; mais M. Jouffroy ne l'a pas

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préseiiU'C sous une face assez neuve pour la rendre ptfiK'iranie et capitale.

M. Jouffrov , exaininanl l'état actuel de riiumanitô, la divise d abord en deux grandes sections : les peuples sauvages, et les peuples civilisés. Les peuples civilisés sont destinés à envahir et à s'assimiler les restes de peuples sauvages qui existent aujourd'hui sur la terre. « Cette soumission de la bar- <> barie à la civilisation s'accomplit de deux manières , qui » prouvent également la supériorité invincible de la civilisa- " tion. Les sauvages, attirés à elle, se convertissent et vicn- » nent se perdre dans son sein ; ou bien ils lui cèdent leur terrt', .' pour se retirer dans des parties plus reculées. Cette terre , » elle n'est point embarrassée de la peupler. La civilisation a » cette propriété de produire d'autant plus d'hommes qu'elle » a plus de place à occuper, propriété que la barbarie n'a » point. Ainsi , soit qu'elle conquère des hommes et des ter- » res, soit qu'elle ne conquère que des terres, elle se recrute » toujours. 1)

Mais que faut-il entendre par sauvages et par peuples civilisés? <( La différence profonde et vraie qu'il y a entre les sau- )) vages et les peuples civilisés, c'est que ceux-là n'ont cni> core que des idées très vagues sur les grandes questions ») qui intéressent l'humanité, en sorte que ces idées n'ont " pas pu se préciser assez pour se rallier et s'organiser en » système. »

Cela est vrai et profond; la définition suivante de ce ipie c'est qu'un système général d'idées, une religion ou une philosophie, et de toutes lesconsé(iuencos qu'un tel système d'idées entraîne après lui , ne lest pas moins : " Une véritable » religion n'est autre chose qu'une solution complète des » grandes questions qui intéressent l'humanité, c'est-à-dire » de la destinée de l'homme , de son origine , de son avenir , n de ses rapports avec ses semblables. Or c'est en vertu des I' opinions que les peuples professent sur ces questions , qu'ils » se donnent un culte, des lois, un gouvernement, ([u'ils >> adoptent certaines pensées , certaines habitudes , certaines » mœurs, qu'ils aspirent h un certain ordre de choses qui est » pour eux l'idéal du beau , du bon et du \rai eu ce iuoikU.

■ l'-i'-i APPENDICi:.

» Tuiile véritable religion cnlraîne donc nécessairement après » soi, non seulement un certain culte , mais une certaine or- 1) ganisalion politique, un certain ordie civil, une certaine » politique, et de certaines mœurs. En un mot, toute religion » enfant*' une civilisation tout entière , qui est à elle comme » l'effet est à sa cause , et qui tôt ou tard doit nécessairement » et inévitablement se réaliser. «

D'où l'auteur conclut, en considérant l'aspect et les divisions iondamentales de l'humanité actuelle , que trois systèmes de livilisalion la divisent aujourd'liu'. « Ces trois systèmes de ci- » vilisation sont , en d'autres termes , trois religions , ou trois » philosophies différentes, la chrétienne , la mahomélane, et » la brahminique.

» C'est, continuc-t-il, parce que le Brahminisme, le Christia- » nismc, et le Mahomélisme, sont trois religions complètes et )' vraiment originales, que les civilisations des peuples quiles » professent sont vraiment différentes. »

Ces prémisses une fois posées, M. Jouffroy recherche auquel de ces trois systèmes restera l'empire du monde. Dans celte recherche il s'appuie sur des faits et sur des conjectures, j'iusieurs des fails qu'il met en avant sont négligemment étudiés. C'est ainsi qu'il affirme que la propagande mahométane est nulle ou infiniment faible en Afrique , ce qui est contraire à tout ce que nous avons recueilli de la lecture des voyageurs. Mais nous passons sur les détails de son raisonnement. Son idée est que la victoire est incontestablement assurée au système clirétien , que « la civilisation chrétienne » est la seule des trois qui soil douée aujourd'hui d'une vertu » expansive , et que , si le monde doit tomber sous un seul sys- » tème de civilisation , c'est le système chrétien qui doit finir » par absorber les deux autres. »

Voilà à peu près tout ce qui ressort de cette analyse de riuimanité actuelle. ]M. Jouffroy l'a fait suivre d'une analyse correspondante du système chrélien lui-même , c'est-à-dire de la civilisation européenne. Là, de même que dans l'humanité totale il avait trouvé trois systèmes, le lîrahminisme, le Mahomélisme, leCliiisiianisme, il trouve trois peiq)les, c'eslà-dire encore trois systèmes d'idées, la France, l'Angleterre,

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cl l'Alloniagno , aiiloiir dcsquol^ le icslo do l"Kiiropo ot de rAinérique gravilc suivant diverses piopoilioiis. Enfin , comparant entre eux ces trois centres d'attraction du monde europren, il arrive à mettre la France en tète du mouvement général. Tout cela rappelle un peu le mot de cet ancien capitaine : « C'est la Grt'ce qui gouverne le monde , Atlièncs la Grèce; je gouverne Atliènes, ma femme me gouverne, et ce petit enfant gouverne ma femme : donc ce marmot gouverne le monde. »

Sans conlri'dit la France est en tète du monvenu'nt de la civilisation européenne; et il y a long-temps qu'elle a pris cette initiative. Sans contredit encore la civilisation européenne prime les civilisations orientales, et tend à dominer le monde. Si , dans son beau et savant travail , M. Jouffroy n'a voulu prouver que cette vertu expansive et celte vigueur supérieure de la civilisation européenne , il faut lui accorder qu'il a parfaitement démontré un fait évident de lui-même et dont tout le monde a conscience. ISIais il nous semble qu'il se serait évité ce travail s'il n'avait pas voulu démontrer antre cliose qu'une vérité si triviale. Il a été attiré par une autre espérance , et il a cru prouver beaucoup plus qu'il n'a prouvé en effet. Son article aurait une tout autre portée s'il avait pu démontrer ce qu'il a admis avec beaucoup trop de facilité di's sou début, savoir l'identité delà civilisation actuelle de l'Europe avec leCliristianisnie, et i'ideiititéde la civilisalion orientale avec le IJrabminisme et l'Islamisnie.

Voilà ce qui valait la peine d'être étudié et prouvé Et cela fait , ^I. Jouffroy aurait encore en une autre tà( lie , celle de montrer que ces trois religions étaient aussi complètement différentes qu'il vent bien le supposer. Alors, on aurait pu admettre ce grand combat, celte lutte du dogme chrélien conirc le dogme braliminiqueet le dogme musulman qui fait la poésie de sou artitle, et qui en fait aussi l'erreur.

Mallieureuseinent M. Jouffroy ne se donne pas même la peine d'examiner les relations qui peuvent exister entre les trois religions; il les prend pour complètes et ori(jiiiales , aussi bien que pour complélement étran:^ères entre elles. Il ne songe pas, par exemple , qu'on a pu avec beaucoup de

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piobal)ilité considérer le Maliom(''tisme comme une hrandir (lu Christianisme et la continuation de l'hérésie arienne et pélagienne. Il ne songe pas que le Christianisme lui-même a toutes ses racines dans l'Orient , et que conséquemment il serait possible que les idées sorties de l'Orient vinssent se rejoindre et se fondre dans une unité nouvelle qui ne serait pas plus le Christianisme que 1 Islamisme ou le lîrahminisme.

Mais si M. Joufîroy ne considère en aucune façon les relations des trois grands systèmes religieux qu'il met en opposition oi en lutte , il ne considère pas davantage les modHicalions immenses que le temps leur a fait subir à tous les trois.

Sans doute la civilisation orientale est une descendance du Brahminisme; la civilisation d'une partie de l'Asie et de l'Afrique est une descendance du Mahométisme; la civilisation de l'Europe est une suite du Christianisme. Voilà le passé: mais est-ce l'élàt présent ? Avcz-vous montré que les dogmes brahminique , musulman, chrétien, soient encore l'âme des civilisations orientale et européenne ?

Or, a priori , supposer cela, c'est la négation même du progrès.

Et si l'on vous affîrrae qu'en Orient, comme en Europe, par la suite des révolutions des siècles et par le choc même des idées et des systèmes, le Brahminisme et le Mahométisme sont entrés en décomposition ;

Si l'on vous nie que la civilisation européenne d'aujourd'hui soit la déduction des solutions chrétiennes sur la destinée de l'homme et de l'humanité ;

Si l'on vous montre, entre le Christianisme et l'Europe actuelle quatre siècles de critique et de négation du Christianisme;

Si l'on va plus loin , si l'on aflirme que l'idée du pio'jrès , bien diilerente de l'idée de la chute , fondement du Christianisme , est le résumé actuel et l'idée même de la civilisation européenne , qu^aurez-vous à répondre? et ne sera-t-il pas évident qu'en vous servant de ces formules, système chrétien , système hrahminique , système mahométan , vous èles dans le passé , et non dans le présent ; que par conséquent vous n'avez aucune clef pour pénétrer dans l'avenir?

Sans doute l'Europe a été chrétienne , sans doute le moyenâge a cru à la diiitc , à la ri-demption par J('sus fils ilc Dieu, au paradis cl à ronfer; sans doute, diî cette solution du problt me de la destinée de l'iiumanilé en général et de di.ique liouime en pailiculicr, le moyen-âge avait , à la suite di's clirétieus des premiers sii^cles , déduit, comme dit M. JoulTro\ , non seulement un certain culte, mais une certaine organisation sociale , un certain ordre civil , une certaine politique , et de certaines mœurs. Il y a donc eu en Europe du sixiî'me an dix-septième siècle un système chrétien , et en disant du sixième au dix-septième siècle nous lui faisons la mesure large; car iniontcstablement ce système n'était pas formé au sixième siècle, au temps du pape saint Léon, et il était terribloment déformé au dix-septième siècle, après les insurrections, les luttes trioniphantos, les exterminations guerrières, les actes d'émancipation de tout genre des quinzième et seizième siècles. Donc , s'il a existé un système chrétien , dont les croisades par exemple ont été une manifestation extérieure du genre de celles que M. Jouflroy recherche dans son article , ce n'est pas une raison pour qu'il existe aujourd'hui un système chrétien , après les trois siècles de la réforme et un siècle et demi de philosophie. Et de ce qu'il existe aujourd'hui un système curopéen , une civilisation européenne , il ne s'ensuit nullement que ce système européen soit un système chrétion. M. Jouffroy n'a oublié qu'une chose, le protestantisme et la philosophie.

Nous disons , nous , que la philosophie du dix-huitième siècle a été la négation du Christianisme, en tant que système dogmatique et religieux. Donc , si vous persistez à voir dans le système européen le système chrétien , par cela même vous niez rinfluencc et la vérité relative du protestantisme, l'inlluence et la vérité relative de la philosophie du dix-huitième siècle. Nous disons (|u'en fait, la civilisation européenne est, depuis le seizième siècle, animée d'un esprit qui n'est pas l'esprit du Christianisme. Nous disons que le système dogmatique chrétien est aujourd'hui ruiné de fond en comble (I); et pour

(i) Nous u'tiiteiuions point jiar là (]ue la |)liilos()jiliie cachée au

un homme qui a aussi nettement formulé l'enipire d'un système général d'idées que l'a fait M. JoutTroy, nous ne concevons pas comment il pourrait échapper à ce raisonuemcnl : « Le dogme de la chute et de la rédemption divine , qui fait le fondement du Christianisme, étant ruiné, comment se pourrait-il faire que des propositions et des idées directement contraires aux dogmes du Christianisme aient commencé à s'introduire dans toute l'Europe depuis près de quatre siècles, sans qu'il en soit résulté, suivant l'expression même de M. Jouffroy, une civilisation différente de celle qui dérivait des dogmes du Christianisme? Et cela étant , comment M. Jouffroy peut-il s'abuser au point d'appeler encore système chrétien le système européen moderne ! »

Ceci , nous le répétons , touche au fond même de la question : car si M. Joulfroy n'a pas voulu dire autre chose sinon que la civilisation européenne l'emporte et remportera sur la civilisation des Turcs et des Indiens, il rj'a dit que la chose du monde la plus vulgaire; mais s'il a voulu dire que le Christianisme est la synthèse de la civilisation européenne actuelle, que ïidcc de la civilisation européenne, c'est Vidée chrétienne, et que nos efforts pour gouverner le monde et le changer ne sont qu'un véhicule de l'idée chrétienne qui est en nous Européens , et qui par nous triomphera du monde , il a dit la chose la plus fausse et la pins anti-philosophique.

Prendre pour type de la pensée et de l'activité de l'Europe

fond (les dogmes du Christianisme soii ruinée et puisse jamais être ruinée. Nous enlenJons par système dogmatique chrétien le dogme de lincarualiou du Verbe en la personne de Jésus, et tout ce qui a clé rattaché à cet anthropomorphisme du Verbe. C'est là, à proprement |)ailer, ce qui coustilue le Cliristianisme. Ce dogme du Verbe fait homme ou du Messie sera ex])iiqué; le véritable Verbe, l'idéal , le progrès en Dit-n , sera compris; tons les dogmes secondaires du Christianisme seront par là même anéantis. I,'essence pbiloso|ihiqne du Christianisme revivra donc à litre de philosophie on de religion; mais ce ne sera |)lus le Christianisme, puisqne le Christianisme fnl la forme sous hupielle l'himianilé à une certaine époque comprit Dieu, et que cclli'fornu' ania dispaiu.

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la |)<Mis(k' cl les efforts de quelques soclélés bibliques, et oublier la sui:eessi()ii du protestantisme inanliaul tf)UJours de l>lus en |)lus depuis sa naissance vers le pur dt'-isnie , et oublier eneoro les idées que la pbilosopliie a j<'tées dans le monde, cl qui , depuis (ju'elles sont jetées dans le monde, vivifient le monde, en vérili- c'est un singulier oubli pour un pliilosoi)lie, et il y a là bistori(|uemenl un biatus ellVayant rpii aurait dû cmpf'cber M. Joulboy d'a|)|)elcr aussi hardiment chrétien le systt.'ine europien modern»;.

Même ouijli tie la rt'-alilé actuelle que de riiisloiro. Kst-ce l'influence du dogme chrétien , nous le demandons, qui diri^'e le gouvernement des Anglais dans l'Inde? Uapprochez leur conduite de celle des compagnons d'Albuquerque, et prononcez. Parce que nous avons transformé quelques mosquées d'Alger en églises, est-ce le Christianisme que nous voidons faire triompher du Mabomélismc ? IJon pour Charles X de voir ainsi les choses; mais la France les voit-elle ainsi? Et de même pour toutes les manifestations intérieures et extérieures de la civilisation europi-eniie. Ce n'est pas la synthèse chrétienne, ce n'est pas la religion ou la philosophie chréti uine, ce n'est pas le dogme de la chute et de la rédemption , dans lequel se résume tout le Christianisme, qui préside aujourd'hui à noire industrie, à nos arts, à nos sciences, à nos ma;urs , à notre gouvernement , A notre politique; et voilà pourquoi aussi ce dogme n'a plus de cidie : les jjrètres chrétiens sont morts , parce ([ue le Christianisme n'est plus qu'un souvenir de riiisloiie.

Mais, dira M. JoulTroy, l'Kurope n'a-t-elle pas été cbrélienne, neconserve-t-elle pas du Christianisme une empreinte, des sentiments, une forme; pourquoi m'empècher de l'appeler chrétienne?

Oh! c'est que vous faites ainsi la plus cruelle injure à la philosophie , à la vraie religion ; c'est (|ue vous anathématisez tout votre passé ; c'est ([ue vous émigrez dans le camp de De Maistre ou de Lamennais ( I ) ; c'est que, d'ailleurs, n'étant pas

(i) Il lit! s'agit ici, ccrles, ni de iléJaiu ni ilu colère (iiinr les inailrei aitutls de la duclrine cliiitieuni'. Nous <uiictvuus l'œuvre de

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cliiéiien, vous n'avez plus de tradition. Si l'Europe est le système chrétien , montrez-moi donc le Christianisme régnant au milieu d'elle, et expliquez-moi alors pourquoi Wiclef , Jean JIuss et Jérôme de Prague , pourquoi Luther et Calvin , pourquoi Descartes et jîacon , pourquoi Voltaire , Diderot et Jean- Jacques, pourquoi tous les pliiiosophes du dix-huitième siècle , pourquoi la révolution française. Si l'Europe est le système chrétien et doit rester le système chrétien , expliquez-moi comment et pourquoi vous n'êtes pas vous-même chrétien , puisque vous ne croyez ni à la divinité de Jésus , ni à la chute , ni à la rédemption, et qu'au contraire vous paraissez croire au progrès. Imaginez-vous que l'Europe ne s'élèvera jamais à votre niveau philosophique , que l'enceinte des écoles ne sera pas brisée, et que la philosophie , c'est-à-dire la religion, ne descendra pas dans le peuple , ou plutôt que le peuple , l'humanité , ne s'élèvera pas au niveau de toutes les idées?

De Maistre et de M. de Lamennais. Nous avons souvent rendu liomniage à ces hommes de génie, \enus pour remuer et transfiguriT ce ijui reste du Christianisme. Mais à M. Jouffroy et à tous les éclectiques nous diroD< : Soyez chrétiens ou soyez philosophes ; l'un on l'autre. Aspirez, par la tradition da Christianisme ou par la tradition de la Philosophie, à la tradition universelle. Pas de doctrine possible, ni même concevahie, hors de ces deux tendances, qui embrassent tout, passé, présent, avenir, et qui, hostiirs entre elles jusqu'à ce qu'i'lles se soient bien expliquées, se rejoindront un jour (*).

( *) Il y a à peine six ans que nous écrivions cela. Alors M. de Laiiicnuais était véritahlcuient le chef vivant du Catholicisitie : aujourd'hui il est philosophe, sans cesser d'être homme religieux. D'un autre côté' sans cesser d'être fidèles à l'inspiration de la Philosophie du dix-huitième siècle , ne sommes-nous pas arrivés à comprendre , mieux encore que nous ne le faisions alors , le vrai Christianisme , son dogme d'unité divine , d'unité de l'esprit humain, de solidarité mutuelle, de fiatcrnité, d'égalité ! Ainsi la forme erronée du Christianisme est aljandonnée par les uns; la forme erronée de la Philosophie est délaissée parles autres. Ah ! le moment de la concorde approche! 11 approche ce moment dont nous j)arlions , cl où tous les cœurs sinières se réuniront dans une même foi religieuse.

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C'est pour s'ôlrc arnMi^ et embarrassé dans celte vieille phrasi-olo^ie ÛG système chrétien , quia l'air d'Otre profonde , et (|ui est fausse et vide, que M. JoiifTroy n'a pu n'-sondre ni nu^nie poser aucune des questions que son esprit pressentait, et (pii auraient pu donner à son article de l'ampleur et de l'importance.

Kvidemment M. Jouffroy t'tait préoccupé de jeter quelque lunii(''re sur l'avenir de riiumaiiité. Une fois enfermé dans son idée que l'Kuiope actuelle c'était le Christianisme , il n'a pu 1<' fiirc; il s"étiiit enchaîné lui-même. Hn ed'et comment oser croire que les dogmes chrélions triompheront dans les Indes , à la Chine , dans l'Asie tout entière ! Comment nier ce qui est cerlain, savoir que tous les efforts des missionnaires de cette religion sont vains, absolument vains? M. Jouffroy n'a donc pu poursuivre son idée; il n'y avait plus jour à sortir de là. Il s'esi donc borné, par un pur abus de mots, à mettre sur le compte du système chrétien tons les travaux et tous les progrès de la civilisation européenne.

Oue si M. Joulïroy, au contraire , avait eu la vraie tradition de la vie actuelle de l'Europe, s'il avait compris la valeur du protestantisme et de la philosophie, il aurait pu poser le problème de l'action civilisante de l'Europe sur l'Asie, et montrer comment une croyance supérieure au Christianisme, comme le Christianisme lui-même était supérieur au Polythéisme, polurait un jour réunir le monde dans son sein, et comment les enfants de IJrahma, de IJouddlia , de Mahomet, pourraient faire alliance avec ceux de Moïse et de Jésus. Mais ce n'est ni dans le sein du IJrahminisme, ni dans le sein de TIslamisme , ni dans le sein du Judaïsme, ni dans le sein du Christianisme, qu'une telle alliance sera possible.

Ea question se serait alors présentée tout autre aux regards de l'écrivain. Il ne se serait pas demandé comment le système clirélien absorberait le système brahminiqne et le système mahométan ; mais il aurait vu , comme une étude immense , et qu'il n'est possible à personne de faire aujourd'hiù, qu'il y aurait à examiner par quelle suite de progrès et de transformations les religions orientales et le Christianisme, qui en est

sorti, feront place à une grande et nouvelle synthèse de toute la connaissance humaine.

Alors la philosoj)hie 6t le dogme fondamental de la perfectibihlé lui auraient apparu comme le germe encore faible et naissant qui conduira l'humanité à formuler sa croyance sur la destinée de Thomme , son origine , sou avenir, ses rapports avec Dieu et ses somljial)les; d'où résultera, comme dit M. Joulfroy, une véritable religion , qui , comme il dit encore, entraînera nécessairement après soi non seulement un certain culte, mais une certaine organisation sociale, un certain ordre civil , une certaine politique, et de certaines mœurs, eu un mot une civilisation tout entière.

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