XII PREFACE
Dieu et de l'homme , comme si nous pensions sans l'aide de l'Etre universel , et comme si , d'un autre côté , Dieu , à certains moments , intervenait dans l'humanité sans l'homme. L'avenir unira de nouveau ce qui a été absurdement séparé , la religion et la philosophie. Au nom même de la philosophie, il acceptera l'héritage de l'humanité antérieure ; et , scrutant et s'assimilant , pour les transformer, ces hommes et ces doctrines si servilement idolâtrés des uns, si dédaignés des autres, il prononcera en dernier ressort qu'hommes et doctrines ne méritaient
Ni cet excès d'honneur ni cette indignilé.
Suivant nous, donc, la religion et la philosophie, loin d'être essentiellement diverses et de sortir de facultés différentes de notre nature, comme l'a imaginé dans ces derniers temps Hegel, à qui nos éclectiques ont emprunté cette distinction, la religion et la philosophie, dis-je, sont identiques. Seulement, en vertu de causes que j'ai expliquées , les philosophes , suivant les époques , font ou défont les religions; mais ils ne les d 'font , quand cela arrive, que dans la vue, pressentie ou non par eux , mais toujours providentielle , d'une synthèse ou religion nouvelle qui se fera plus tard.
Secondement , une autre idée qui , au surplus , se rapporte à la première , au point de n'en être pour ainsi dire qu'une moindre suite et un développement , c'est que tout le travail philosophique depuis Descartes a également son unité, son ordre , son harmonie , sous le voile apparent du désordre , de la désharmonie, et de la confusion. Suivant nous, en effet, tout le travail philosophique depuis Descaries avait pour but final et providentiel d'établir solidement la grande vérité psychologique qui, en nous faisant connaître et toucher pour ainsi dire du doigt la Trinité de l'âme humaine, nous rond sfirs
PRIiFACE. XIII
(le In n'alilô siihjoctivc de notro Hio , et nous assure par consc'(iu»;nl tl»; notre iniuïortalité, en mOnie temps qu'elle nous initie par là à la formule môme de la vie , et nous rami;nc à Dieu. ( Voy. De l'Eclectisme, 2'- part., § XIII.)
Voilà donc trois points qui s'cncliaînent et qui forment un cercle dont on ne peut sortir. Premier point : \a philosophie et la religion sont identiques dans leur essence. Donc la philosophie, quand elle s'appelle philosophie indépendante, ei qu'elle se sépare de la religion, aspire à devenir religion. Donc {deuxième point) la philosophie moderne doit devenir religion. Elle le doit, ou l'humanité serait destinée à périr ; car l'humanité sans la religion , c'est la dissolution , c'est le néant, c'est la mort. Elle le peut [troisième point); car s'étant séparée de la vieille religion , et ayant délaissé d'abord toute autre recherche pour se concentrer uniquement dans le problème psychologique , la voilà pourtant arrivée à une solution psychologique qui la ramène à la religion, et la rend l'arbitre de la religion.
Voilà, je le répète, trois propositions liées indissolublement, et si indissolublement en effet qu'une seule sufTit à démontrer les deux autres. De l'une on arrive aux deux autres par un lien nécessaire; elles sont si directement juxta-posées , pour ainsi dire , qu'elles sont inséparables. La première , d'abord , implique les deux autres ; en effet :
i" Si la philosophie et la religion sont identiques dans leur essence , la philosophie moderne , qui a proclamé son indépendance de la Révélation , doit de toute nécessité devenir religion.
2" Si la religion dans son essence est identique à la philosophie, le fond métaphysique des anciennes religions, et du Christianisme en particulier, était donc philosophique et vrai. Donc la Trinité, qui était ce fond, la Trinité considérée comme formule de la vie est philosophiquement vraie.