‹ Réfutation de l'éclectismeChapitre 3 sur 35 · X PREFACE · texte numérisé non relu

X PREFACE

pui, et qu'une géni^ration prochaine saura voir la lumière, riiarmonie et l'unité dans le chaos qui compose aujourd'hui la tradition philosophique du genre humain? ( Voy. De l'Eclectisme, \"' part., § I à VIII.)

Nous croyons fermement que nous ne sommes pas dans une fausse voie, lorsque nous essayons ainsi de sceller l'alliance de la religion et de la philosophie. Quelle ahsurdilé, en effet, d'estimer la philosophie comme la science par excellence , la règle de nos pensées et par conséquent de notre moralité et de nos actions , et néanmoins d'exclure de la philosophie tous les grands hommes religieux, de tenir, par exemple, Jésus, S. Paul , et tous les Pères du Christianisme , ces grands législateurs, pour indignes de figurer au rang des philosophes !

Une plus étrange absurdité encore, s'il est possible, c'est de vénérer, et même, comme font les Catholiques, d'adorer ces mêmes hommes à titre de messies ou de saints, et pourtant, en n'osant pas discuter avec eux , de les exclure par là même du rang de penseurs, et d'avoir à part de leur Révélation , et comme en cachette, un ordre de pensée tout-à-fait distinct aujourd'hui sous le nom de philosophie. L'avenir, selon nous, aura peine à croire à ce mélange d'idolâtrie et d'injustice à la fois envers les anciens maîtres de la religion, qui n'atteste que l'aveuglement dans tous les sens.

Combien prouve , au reste, en faveur de notre opinion, cette discordance si prononcée au sujet des mêmes hommes, que les uns font trop grands pour être des philosophes, et les autres trop petits ! Quelle éirange fortune que celle de ces messies et de ces saints! Leurs dévots les adorent, mais ne dirait-on pas qu'en même temps ils les méprisent, puisqu'ils vont chercher leur science ailleurs? Les philosophes ont pris le parti de mépriser tout-à-fait ce qu'ils ne savaient comment adorer et mépriser tout ensemble. Ainsi les uns ont fait des anciens maîtres de la religion des espèces de momies euvelop-

PIlIiFACK. XI

pC'es (le Ijandclcitcs , devant lesquelles ils se prosiernent sans beaucoup de profil. Les autres ne voient là que des cadavres , et en ont une sorte de d<?goût et d'horreur, comme on a de cadavres. Idolâtrie d'un côté , irréligion de l'autre , voilà la conséquence. La négation du progrè-s religieux par les uns a amené l'irréligion chez les autres. Elever la religion dans une sphère fabuleuse au-dessus de l'homme et de la terre , revient à enlever la religion de la terre. En séparant , comme n'ayant dans leur essence aucun rapport, la religion et la philosophie, en ne voulant reconnaître par conséquent qu'une philosophie corollaire pour ainsi dire de la religion une fois faite, c'est-àdire en défendant à la raison humaine et au sentiment humain de dépasser les bornes atteintes à un certain moment , le Catholicisme a forcé l'esprit humain de proclamer provisoirement le divorce absolu de la religion et de la philosophie. Ainsi les uns, en niant le progrès religieux, ont précipité fatalement les autres dans la même erreur, en leur faisant rejeter indistinctement tout le passé religieux comme au-dessous de la raison humaine. Voilà en effet où nous en sommes aujourd'hui ; les philosophes depuis deux siècles ont tendu , les uns ouvertement , les autres secrètement , à ce divorce dont nous parlons entre la philosophie et la religion , à cette séparation en deux domaines essentiellement divers. C'est qu'ils voulaient être libres , sentant que Dieu lui-même demandait et attendait d'eux un progrès nouveau , et qu'ils ne l'eussent pas été , s'ils n'eussent pas d'abord répudié l'héritage de l'humanité antérieure. Mais le moment est venu , nous le croyons , d'adopter une autre marche , et de continuer le mouvement de nos prédécesseurs sans le copier servilement. La philosophie aujourd'hui est assez forte pour ne pas redouter d'être écrasée dans son berceau. L'avenir, donc, nous l'affirmons, reviendra sur cette séparation qui mettait Dieu d'un côté , l'homme de l'autre, comme si la vie n'était pas une union continuelle de

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