‹ Réfutation de la relation du Capitaine Maitland: commandant le Bellérophon, touchant lChapitre 11 sur 13 · ADRESSEE AU MORIVITÏG-GHRONICLE, EN RÉFUTATION DU RAPPORT PRÉCÉDENT · texte numérisé non relu

ADRESSEE AU MORIVITÏG-GHRONICLE, EN RÉFUTATION DU RAPPORT PRÉCÉDENT

Le Courrier du 4 courant ayant rapporté que Napoléon était mort d'un cancer dans l'estomac , et qu'il avait ordonné « que son corps fût ouvert, parce qu'il soupçonnait que la maladie dont il mourait était la mame qui avait emporté son père , » je me crois obligé d'émettre quelques observations, tant sur ces assertions que sur une lettre fabriquée par un calomniateur anonyme , dans le dessein de nuire à ma réputation , en établissant que tous les chirargiens qui ont assisté à l'onverture du corps se sont accordés pour affirmer « qu'il n'avait jamais existé au-

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cune maladie de foie; » et je désire en même temps répondre à ce qui a été publié officiellement dans la Gazette d'hier au soir, sur le même sujet.

Ce journal rapporte que les dépêches du gpuverneur de Sainte-Hélène annoncent que Napoléon est mort, le 5 mai, d'une maladie qui le retenait dans ses appartemens depuis le 17 mars, et que son corps avaitété ouvert le jour suivant, en présence de cinq médecins anglais , tous attachés à Tarmée ou à la marine; de plus, que le professeur Âutommarchi avait assisté à la dissection, et qu'après un examen attentif des parties intérieures , tous les médecins présens avaient fait concurremment un rapport qu'il joignait à sa dépêche.

Le rapport établit que l'on avait trouvé l'estomac entier attaqué d'une maladie eJ^■ ténswe;qiie toute sa surface inférieure, particulièrement vers l'extrémité pylorique, adhérait fortement 'à ia surface concave du lobe gauche du foie ; qu'en séparant

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ces parties , on* avait découvert un ulcère qui pénétrait les couches de l'estomac, etc.

Ija surface convexe du lobe gauche du foie était adhérente au diaphragme ; et , à l'exception des adhérences occasionées par la maladie de l'estomac , on n'avait trouvé aucune apparence maladive dans le foie.

Il est très important de remarquer, en premier lieu , que ce rapport n'a pas été signé par le professeur Âutommarchi, quoique le gouverneur déclare que tous les médecins présens avaient concouru au rapport; en second lieu, j'affirme, saiis crainte d'être démenti, que l'on n^a jamais vu d'exemple de cancer de l'estomac parcourant toutes ses périodes dans l'espace de sept semaines et un jour. Le cancer dans l'estomac est une maladie longue et cruelle, qui fait éprouver au malade de violentes douleurs, pendant plusieurs mois que durent ses progrès ; et nous voyons ici V estomac entier transformé en

une masse île substance cancéreuse dans l'espace de sept semaines II!

Le rapport établit ensuite qu'à l'ex- • ception des adhérences causées par la maladie de l'estomac , aucune apparence maladive ne s'était présentée dans le foie.

Quelles étaient donc les causes des adhérences de la surface convexe de ce viscère avec le diaphragme , c'est-à-dire ; avec le côté opposé au lobe qui adhérait à l'estomac? Le moindre étudiant en médecine n'ignore pas que les affections inflammatoires du foie et des autres viscères, après avoir duré long-temps, se terminent souvent par une diminution graduelle des symptômes, jusqu'à ce qu'enfin le viscère se trouve rendu à sa dimension, à sa couleur et à ses fonctions naturelles ; mais on trouve alors géaéralementides adhérences formées entre la partie malade etx^elles qui Favoisinent, adhérences qui subsistent jusqu'à la mort. Tel était le cas de Napoléon^ chez lequel une adhérence

s'était formée entre la surface supérieure et convexe du lobe gauche et le diaphragme , par YhépcUitis dont il était at« teint à Tépoque où je lui donnais des soins en t8i8.

A l'égard de l'assertion sur le cancer héréditaire, publiée d'après une lettre fabriquée par ceux qui avaient le rapport sous les yeux , elle ne mérite pas d'être sérieusement réfutée. Aucun auteur ancien , dont l'autorité puisse avoir quelque poids, aucun praticien moderne, n'ont jamais mentionné , ni rencontré de telles maladies. C'est une épreuve impudente qu'on a ^oulu tenter sur la crédulité publique, épreuve trop grossière pour réussir, même avec les personnes les moins éclairées , mais qu'on ne doit point s'étonner de voir hasarder par ceux qui désirent attribuer la mort de la victime à toute autre cause qu'à la véritable. On pouvait même s'attendre à trouver à la suite de cette assertion , un calcul par le-

quel on aurait établi le nombre d'années qui doivent s'écouler avant que Festomac du jeune Napoléon entre en jouissance de l'héritage paternel. L'histoire est trop ridicule pour être combattue par des raisonnemens; et ceux qui l'ont inventée auraient aussi bien pu affirmer l'existence du penchant au meurtre, ou de l'ivrognerie héréditaire, ou de toute autre dépravation morale qui aurait pu se présenter à leur esprit.

Je ne puis assurer positivement quelles ont été les causes prochaines de la mort de Napoléon, qui ne peuvent être connues avec certitude que du souverain dispensateur de toutes choses; mais j'affirme que sa fin a été hâtée par le traitement qu'il a éprouvé, par sa transplantation dans un climat brûlant , par les petites vexations, les mortifications sans nombre qu'on lu^ a fait souffrir, et qu'un esprit de la trempe du sien était seul capable de supporter aussi long-temps, en*

fin y par ce dérangement des fonctions digestives , que les peines morales produisent invariablement. Telle est mon opinion ; et Findignation du moment ne me Ta pas inspirée : elle est formée depuis long- temps, et je l'ai émise, en termes qui n'admettaient aucune méprise, à deux différentes époques de la détention de Napoléon. J'ai dit aux ministres de Sa Majesté , « que si le même traitement était ce continué , la mort prématurée de Bona- <c parte ne serait pas aussi immédiate , « mais qu'elle était aussi inévitable que ff si on le livrait au bourreau. » Je désire fixer les regards du public européen sur ces pièces qui prouvent le jugement que j'ai porté dans ce temps , et que l'événement qui vient d'arriver n'a que trop justifié.

Après avoir énoncé mon opinion sur les causes de la mort de Napoléon , opinion que je suis prêt à soutenir devant toute TAngleterre et tout l'univers, je ne

crois pas hors de propos de dire quelques mots sur mon caractère , contre lequel une lâche calomnie a déjà essayé de porter des atteintes; d'ailleurs, je sens de quelle importance le caractère personnel peut être dans de telles circonstances.

Je suis au service de Sa Majesté depuis ma première jeunesse, et j'en appelle sans crainte à tous les officiers sous lesquels j'ai servi , dans divers climats et à différentes époques, pour témoigner de ma conduite morale et de mon savoir dans ma profession. Je demande à chacun d'eux s'ils peuvent contredire avec justice le témoignage suivant du capitaine du Bellerophon, dont je quittai le vaisseau pour entrer au service de Napoléon, et qui s'exprime ainsi dans une lettre adressée au sieur Hamew : « Mon cher Monsieur , le zèle et la bonne conduite de M. O'Méara, pendant qu'il a été chirurgien sous mes ordres , à bord du Goliath y m'obli-

gent, tant pour lui rendre service que dans l'intérêt du service public , de déclarer que , depuis quinze ans que je commande un des vaisseaux de Sa Majesté, je n'ai jamais navigué avec un officier de sa profession , qui m'ait donné une satisfaction plus complète sous tous les rapports; et, s'il était probable que je dusse obtenir bientôt un autre commandement, je ne connais personne dans tout notre service de mer, que je désirasse avoir comme chirurgien sur mon bord, autant que M. O'Méara. » Signé J. L. Ma^itland.

Quand j'entrai au service de Napoléon, à sa propre sollicitation, ce fut avec le consentenient de l'amirauté; et, uûe fois entré dans mes fonctions, je crus devoir employer tous les moyens possibles pour alléger les infortunes de.

l'illustre captif. Je dédaignai de devenir l'instrument de la tyrannie subalterne, et je m'efforçai de publier ou d'empêcher,

autant qu'il était en mon pouvoir de le faire, les misérables petites vexations et les contrariétés continuelles qu'on lui a fait endurer depuis le départ dç ce brave officier sir George Cockburn. C'est pour cela que l'on m'a fait partir de Sainte-Hélène , en me notifiant l'ordre de m'en éloigner seulement quelques heures avant l'instant fixé pour me faire quitter l'île; et cette mesure précipitée m'a occasioné des pertes et d'argent et d'effets; c'est pour cela que j'ai été rayé d'un service dont mon existence dépendait , sans accusation et sans procès ; c'est pour cela que je suis aujourd'hui calomnié et persécuté par des hommes qui ont imprimé à l'Angleterre une tache ineffaçable : mais quand j'aurais souffert , quand je souffrirais encore plus , je me consolerais en pensant que j'ai fait tous mes efforts , quoique vainement, pour sauver un opprobre à mon pays, et que je puis tourner

les yeux sans remords sur la tombe de Napoléon.

JTai l'honneur d'être , etc.

Signé O'MÉARA.

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