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Réfutation des assertions de M. Itard sur le traitement des sourds-muets, sur le perfectionnement de l'ouïe et sur l'étude du langage parlé

La détermination qu’a prise l’Académie des Sciences de me confier quatre enfans sourds-muets a donné lieu à M. le docteur Itard, d’émettre des opinions qui méritent d’ètre examinées avec le plus grand scrupdle. Je me bornerai ici à reproduire les plus saillantes; je laisserai les détails pour un travail que je soumettrai à l’examen de l’Institut.

Les assertions de ce médecin sont relatives, i° Au traitement de la surdité chez les sourds-muets et au degré d ? ouie qu’ils peuvent acquérir;

2 ° Au perfectionnement de ce sens pour l’audition des bruits, des sons isolés , et à son éducation pour la perception de la parole ;

5° Enfin à la perfection de la prononciation et à l’étude du langage.

Assertions de M . Itard sur le traitement des sourds-muets et sur le degré douie qu ils peuvent acquérir.

« Un petit nombre de faits heureux établissent à peine « quelque exception à l’incurabilité des sourds-muets. »

(x) Pour servir d’introduction â l’histoire de plusieurs sourds-muets qui ont recouvré l’ouïe et la parole par mes soins. — D.

(Itard, Deuxième rapport à l’Académie de Médecine.)

On ne peut partager cette opinion quand on se rend compte des derniers essais tentés par M. Itard; car, sans parler des guérisons rapportées par plusieurs auteurs , qu’il a lui-même cités, il suffit d’examiner le mémoire d’où j’ai extrait cette conclusion pour se convaincre que les causes prochaines de la surdi-mutité sont les mêmes en général que celles que l’on rencontre chez toutes les personnes sourdes. (Voyez mon Traité sur les douches d’air.)

A. « Dans le cours des années 1820 et 1826, les élèves « de l’institution ont été traités par les injections de la « trompe... La douleur était due à l’afflux du liqqide « dans les cavités du tympan ... En général cette dou- « leur a été d’autant plus vive que la trompe s’est trou- « vée plus ouverte et perméable à une plus grande « quantité de liquide. » ( Donc il y avait des trompes moins ouvertes et moins perméables.)

Lisons :

« Lorsque les premières injections n’arrivaient pas « jusqu’au lond de la caisse, je me livrais à ïespoir du « succès (en 1826 M. Itard espérait encore guérir des « sourds-muets); je répétais davantage mes injections , « je les poussais avec plus de violence aufondde ï organes (Puisqu il fallait tant de violence, il y avait donc ohstruction ou rétrécissement.)

Voilà donc les rétrécissemens des trompes d’Eustache bien constatés chez quelques sourds-muets ; les unes sont ouvertes et perméables , les autres ne le sont pas : la résistance que celles-ci opposent exige la violence.

Voyons maintenant si le développement de l’ouïe ne nous fournira pas d’autres preuves.

B. « Les améliorations obtenues par les injections sont de « deux sortes, l/une consiste dans l’aptitude acquise de « percevoir les sons confusément, mais vivement et d’âne « manière douloureuse.. . Ce qui est très-remarquable « c’est que cette sensibilité d’ouïe s’est développée de « préférence chez quelques-uns de nos élèves les plus « profondément sourds. .. J’ai quelque raison de croire q Ue s i on avait pu cultiver cette sensibilité on aurait « pu la régulariser et Xamener au rkythme naturel de « l’audition. » (Quel aveu ! 1 )

Quoi, des enfans profondément sourds acquièrent une ouïe susceptible , si elle était cultivée , de devenir ce qu’elle est chez les autres enfans ! ! ! et vous ne cultivez pas cette ouïe ! Vosiusuecès ne tiennent donc, d’après votre aveu formel, que de la négligence , puisque vous avez des raisons de croire que si on avait pu cultiver celte sensibilité, on l’aurait amenée au rhythme naturel de l’audition. Certes , si vous appelez cela des insuccès , ce ne sont pas des insuccès que l’on doive imputer à l’injection de la trompe ; ils proviennent du défaut de culture de l’ouïe. Comment, en 1826, vous croyez encore à la possibilité de guérir des sourdsmuets ! (Voyez paragraphe A. ) Vous en donnez des preuves en 1827! (Parag. B. ) Vous avouez qu’il faut cultiver l’ouïe ! Et cependant, quand je demande à l’Académie des Sciences de le lui prouver, et de constater les faits que vous avancez , que vous démontrez même , vous faites tous vos efforts pour rendre votre pratique infructueuse pour l’opposer à la mienne !

Quel est donc votre but?

« La seconde espèce d’aihélioration appartenait, visi- « blement à une augmentation naturelle de la sensibilité

« acoustique... Des sons vocaux étaient entendus d’une « manière distincte. » (Douze élèves se sont trouvés dans ce cas. )

M. îtard n’appelle pas de tels faits des résultats en faveur de ïopération ; loin de là , il en conclut que tous les sourds-muets sont incurâbles.

Supposons que le cristallin soit devenu opaque , et qu’on essaie de le dissoudre en le mettant en contact avec des liquides très-irritans. Admettons que cette opération détruise subitement l’opacité, et rende diaphane celte partie de l’organe , l’aveugle voit sur-le-champ la lumière, il distingue les couleurs. Cette expérience ne prouve-t-elle pas que l’opacité du cristallin était la cause de la cécité? Il est évident que si les choses en restaient là , 1 aveugle serait guéri ; voilà l’histoire des sourdsmuets de M. Itard. Les trompes étaient obstruées ; il a vaincu l’obstacle avec un liquide qui fait corps étranger dans l’oreille moyenne. Mais ces liquides portés dans la caisse du tambour et dans le globe de l’œil sont de nature à enflammer toutes les membranes qu’ils touchent j la suppuration même peut en être la suite; dans ce nouvel état comment les fonctions de l’œil et de l’oreille s’exerceront-elles ? M, Itard va nous le dire.

« Quand la douleur durait plus d’une journée, et souci vent meme sans quelle se prolongeât aussi longtemps, elle s’accompagnait de quelques accidens; il v survenait des maux de tête , des étourdissemens, une « augmentation sensible de la surdité (1), de la fièvre qui « durait quelquefois trente-six à quarante-huit heures ,

(O I/infmailéqne l’on venrcombattre augmente par le moyen thérapeutique, et cependant on en continue l’emploi sur «près de deux cents

«une inflammation de l’oreille, des tumeurs ganglio- « naires , un écoulement des oreilles , etc. »

Supposons les mêmes accidens survenus h la suite des liquides portés dans le globe de l’œil ; l’opéré qui aura vu avant le développement de cet appareil de symptômes, supportera-t-il encore la lumière, distinguera-til les couleurs ? Cependant le cristallin n est plus un obstacle à la vision... Vos sourds-muets sont dans le même cas... L’oculiste calmera de suite tous ces accidens comme il le fait après 1 extraction du cristallin ; mais vous, loin de l’imiter, « La suppuration des oreilles , a produite par les injections, n’êloJt pas un des accidens « que je cherchais à calmer: je devais au contraire le provoquer, etc. » Une suppuration du conduit auditif, bien; mais une violente pblegmasie de la caisse ? Jamais une fonction aussi délicate que celle de l’ouïe ne se développera au milieu d’un tel désordre. Je dis plus même , c’est ce désordre qui est la cause bien reconnue du retour des surdités que vous aviez dissipées pour un instant.

Mais jamais M. Itard n’admettra ces vérités, parce qu’il se crée des lois qu’il n’enfreint pas. Elles sont parfois singulières; en voici une, à l’occasion des tumeurs ganglionaires , desJièvres , des douleurs, etc. suscitées par le cathétérisme et les injections d’eau.

« Telle est la rigoureuse condition attachée à la gué- « rison de nos infirmités , que les chances de succès sont

sourds-muets , » et l’on demande « comment des expériences aussi répétées que ton peut dire avoir été méthodiquement faites?

Méthodiquement faites ! ( Voyez mon Mémoire sur les Expériences de M. le docteur Itard; Paris, r 828. )

« presque toujours en raison des dangers et des souffrants, ces par lesquels nous devons l’acheter. Par suite de « cette loi générale, une opération sans péril et sans douta leur , qui ne porte aucun trouble dans l’organe, ne « peut y amener que d’incomplètes améliorations. »

Si quelqu’un s’avise de répéter les essais tentés par M. Itard, qu’il se souvienne bien qu ’«7 faut presque désorganiser l'oreille pour la rendre à ses fonctions. Il emploiera « l’eau aiguisée de sel marin, l’eau éthérée, al- « coolisée , etc. »

Voilà, je pense , assez de citations; j’arrive aux conséquences qui en résultent. M. Itard a eu bien raison de dire dans son rapport que je viens d’analyser: « Mes ten- « talives sur cent vingt individus sourds-muets , admis à « l’institution, quoique infructueuses pour leur guérison , « n’ont pas été sans quelque profit pour la science.»

Non sans doute elles ne sont pas sans profit pour la science, car elles conduisent naturellement aux conclusions suivantes: i° il existe des sourds-muets qui peuvent trouver l’ouïe ; M. Itard en a découvert près de vingt-cinq sur cent-vingt ; 2° le traitement des maladies de l’oreille moyenne par les douches d’eau (1) ont été la

(i) M. Itard et ses adeptes se sont enfin décidés à employer les douches d air;j ignore s’ils publieront les résultats qu’ils en obtiennent, après avoir dit en 1827 : « J’aurais pu me permettre quelques injections aériennes « dans la trompe d’Eustache, si j’avais pu y décider ma raison; mais com- « ment, avec un peu de bon sens, etc. »

Je suis heureux de ne pas posséder le boa sens de M. Itard , car je “ aurais pas i° publié mon Traité sur les douches d’air ; 20 obtenu le rapport de MM. Savai t et Magendie; 3« et enfin je n’aurais pas guéri mes jeunes orphelins et d’autres sourds-muets qui feront l’objet d’un prochain Mémoire.

cause des insuccès de cet honorable médecin; 3 ° il faut rechercher un autre mode de traitement, créer une nouvelle méthode , comme l’a dit avec tant de raison le savant M. Geoffroy-Saint-Hilaire, dans son rapport qui a été pour moi une source de satisfaction, et de bonheur pour les jeunes sourds-muets qui me sont confiés ; 4 ° enfin ces tentatives m’ont fait réformer un traitement que je n’aurais sacrifié peut-être que beaucoup plus lard.

Assertions de M. Itard sur le perfectionnement de Coule pour l'audition des bruits , des sons isolés, et sur son éducation pour la perception de la parole .

« Peu de sourds-muets sont complètement privés de

« l’ouïe.Si l’on soumet ceux qui entendent un peu à

« des exercices méthodiques d acoustique qui habituent « peu à peu Xoreille à percevoir et à comparer les sons ,

« on obtient de cet organe ce qu’on obtient d’un membre « affecté dune débilité congéniale ; on le rend à ses fonc- « tions par l’exercice forcé de ces mêmes fonctions, etc. » M. Itard classe les sourds-muets sous le rapport du degré d’ouïe qu’ils possèdent ; rien de plus raisonnable sans doute; mais comment mesure-t-il ce degré d’ouïe, comment reconnaît-il ceux qui entendent un peu ? Il essaie s’ils peuvent répéter les syllabes qu’il émet étant placé près de leurs oreilles. Si le sourd-muet les imite , il en conclut, et cela me paraît fort juste , qu’il les entend : si, au contraire, il ne peut les imiter, M. Itard pense que ces syllabes n’ont pas été perçues; de cette conclusion, il résulterait que tous les Allemands qui répètent patcdlle pour bataille,fouloir pour vouloir , etc., ont l’oreille mauvaise ; les enfans qui prononcent de la

loupe pour de la soupe seraient dans le même cas. Ces citations suffisent, je pense, pour prouver que Ton ne saurait juger sûrement du degré de finesse de l’ouïe, d’après la faculté de parler, surtout quand on s’adresse à de malheureux enfans qui ont été négligés par leurs parens et relégués de bonne heure, quoique ayant une oreille assez bonne, dans un asile parmi des sourds-muets complets. Là ce sens se trouve dans un véritable désert de sons, jusqu’à ce que l’expérience vienne démontrer, par « une méthode dite dinstruction méaico-pliy siolo gique , « que ces infortunés ont donné lieu de tous temps à defaciles « déceptions. » En effet, il est surprenant que des médecins qui ont fourni des preuves de leur profond savoir, et surtout de leur bonne foi, en abjurant les rêveries de l’ancienne école, confondent la faculté naturelle de percevoir les sons avec l’art de les imiter. Comment ne s’aperçoivent-ils pas qu’un enfant ordinaire , entendant parfaitement bien , qui serait élevé au milieu de sourdsmuets , ne pourrait pas imiter les sons articulés proférés pour la première fois à son oreille, à l’âge de sept à neuf ans ?

Comment ne réfléchissent-ils pas sur les conséquences de leur adhésion à des expériences qui consistent seulement à apprendre à parler « à des sourds-muets qui dis- « tinguent tous les sons vocaux, pourvu qu’ils leur soient « adressés directement , lentement, etc.? » Voilà cependant la première classe des sourds-muets où M. Itard puise ses sujets pour en faire des entendans et parlans !

Ils entendent tous les sons vocaux. Qu’est-ce donc qu’un sourd-muet?

Afin que l’on ne puisse pas dire que je cherche à induire en erreur, je vais faire connaître les sourds-muets de

la seconde classe : a elle comprend ceux qui entendent « tous les sons vocaux, excepté parmi les consonnes celles «que l’on appelle similaires, analogues, telles que le «pa , 1 eba; le ta , 1 e da, etc. » Nous avons vu ci-dessus que les Allemands qui ont appris le français prononcent le ta pour le da, etc. , donc M. Itard les comprend dans sa seconde classe de sourds-muets. Les habitans de la Gascogne seraient dans le même cas ; que dis-je ? ils seraient plus sourds que les Allemands , puisqu’ils confondent souvent le b avec le v .

« Si on soumet les sourds-muets qui entendent un peu à « desexercices méthodiques cC acoustique. » (Voyez p. y.)

Quelles sont ces expériences d’acoustique?

« M. Itard eut d’abord recours aux sons d’une clochœ « d'église, puis il s’arma (T un tambour, etc. » ( Rapport de M. Husson ; voyez aussi le Traité sur les maladies de Voreille. )

Nous avons vu , de l’aveu de l’auteur cité, qu’il existe des sourds-muets affectés de rétrécissement de la trompe d’Eustache. ( Voyez A, B. ) Il en existe aussi, et aucun médecin de bonne foi n’en doute , qui portent des phlegmasies chroniques non éteintes. Dans ces deux cas, quel doit être l’effet des cloches et des tambours? celui que produirait sur un œil enflammé les rayons du soleil, ou ceux d’un foyer embrasé.

« Qui habitue peu à peu V oreille à percevoir et à comparer « les sons, » etc. (Voyez page 7.)

L’oreille ne perçoit pas les sons, elle les transmet. Au cerveau seul est départie la prérogative de comparer des impressions qui lui arrivent par l’intermède des sens.

« On obtient de l’oreille ce qu’on obtient cC un membre « affecté (T une débilité congéniale. » (Voyez page 7.)

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