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Celte, phrase prouve évidemment que son auteur pense que l’oreille perçoit, compare , puisqu’il assimile ses fonctions à celles des organes locomoteurs. Celte comparaison est une méprise choquante.
« Est-il plus long et plus difficile au sens auditif,
« subitement ouvert à l’action des sons , d’en percevoir « nettement les modifications diverses , qu’il ne l’est au « sens visuel rendu subitement accessible aux rayons « lumineux, de juger des qualités visibles des corps « éclairés?» (Pour bien comprendre cette question, et pour saisir la note qui suit,, il est essentiel de relire la lettre de M. Itard. Voyez le Globe, 7 décembre 1826.} « Ces observa lions prouvent que des aveugles-nés rendus « à la lumière ont, au bout de quelques jours, recouvré « la faculté de voir. »
Je suis entièrement de l’avis de M. Itard; des sourds rendus à l’audition , à une audition même qui n’est pas aussi parfaite que celle que nous apportons en naissant, peuvent percevoir les sons, juger de leurs qualités graves ou aiguës, apprécier leur force ou leur faiblesse, leur durée, etc. ; de même que les aveugles opérés de la cataracte ou de la perforation de l’iris, jugent en peu de jours, malgré l’état anormal du globe de l’œil, de la forme, de la couleur, de la distance des objets (1) ; et c’est parce que telle est ma pensée que je dis qu’on ne comprend pas la physiologie des organes du sens quand on croit les perfectionner comme de simples muscles,
(1) Mais quel rapport y a-t : il entre la faculté d’entendre des sons, de voir des couleurs, e! la faculté d’entendre la parole, de comprendre la peinture? ( Voyez ma deuxième Lettre insérée dans le Globe : janvier 1827. )
c’est-à-dire par des exercices grossiers qui n’ont pour résultats qu’une augmentation dé nutrition et de force, et quand on décore des expériences faites avec des cloches et des tambours, du titre pompeux « de méthode « médico-physiologique propre à éveiller dans Voreille « la susceptibilité acoustique. »
La susceptibilité acoustique ne dort pas plus que la susceptibilité visuelle. L’œil et l’oreille sont des instrumens de physique purs et simples qui recueillent hors de nous , modifient, transmettent dans notre intérieur certaines qualités des corps avec une perfection qui est en raison de leur composition organique; je prétends même que leur état de vie ou de mort dérange peu leurs fonctions. Voyez ce globe de l’œil extrait de l’orbite , comme il réfracte la lumière ! comme il reproduit 1 image des objets ! Observez ces membranes qui, entre les mains du savant académicien Savart, renforcent ou diminuent 1 intensité des sons. Ces citations ne démontrent-elles donc pas que la tâche du médecin est de surveiller, d’entretenir la composition organique des deux organes des sens qui nous occupent, d’y modérer ou d’y exciter la vie , afin que leur organisation ne change pas. Mais, en agissant lie la sorte, ne prétendons pas améliorer des fonctions exclusivement départies au cerveau; car ne pensons qu’à la perfectibilité de ce viscère quand nous nous servons des expressions : «l’ouïe s’amélioreparl’exercice; l’édu- « cation perfectionne les organes des sens, etc. » Et retenons bien, si nous voulons nous comprendre, que cet exercice , cette éducation , use l’oreille , use les organes, enfin use toute notre machine. (Voyez la conclusion de ces remarques , page 19. )
Assertion de M. Itard sur Véducation des organes de la parole et sur F étude du langage parlé.
Nous avons vu, dans le paragraphe précédent, par quelles violentes secousses M. Itard cherche à développer l’ouïe des demi-sourds : c’est en les forçant à écouter qu’il provoque leur attention, qu’il leur fait apprécier les diverses nuances des sons. Parvenu à ce premier but, c’est-à-dire après avoir préparé l’oreille à l’audition de la parole, il s’occupe d’établir entre cet organe et le système vocal, cette sympathie qui semble exister à un si haut degré chez toutes les personnes qui entendent. Mais , comment et où pensez-vous qu’il se propose d’atteindre ce nouveau but P
« Le langage des signes est le seul moyen , le moyen « le plus efficace de suppléer au défaut d’audition qui « empêche le libre développement de la parole chez les « demi-sourds-muets; et même pour hâter leurs progrès, « il faut les placer dans une institution ad hoc, parce que « là on ne leur parle , ils ne s'entretiennent entre eux que par « des signes. »
Quelle étrange proposition ! ün enfant a l’oreille mauvaise, on veut qu’il parle; et c’est au milieu des muets qu’il faut le placer ! Apprenez à un élève peintre à tenir sa palette et ses pinceaux, à nuancer les couleurs ; puis, s’il possède une vue perçante, il fera des progrès en lui offrant des modèles. Si au contraire il est myope, il ne se perfectionnera, il ne pourra imiter des portraits qu’autant qu’on le placera dans un lieu non échuré, soigneusement dépourvu de tableaux; aux Quinze- Vingts, par exemple. Cependant, il pourrait bien se
faire que ce dernier élève abandonnât i’étude de Part utile qu’on voulait lui inculquer, « parce qu’il suffit que « le sens visuel (le sens auditif) manque seulement du « degré de finesse, ou plutôt de justesse nécessaire à la « perception complète de toutes les couleurs ( de tous les « sons vocaux), pour qu’il y ait confusion dans l’organe « et inaptitude à sentir le fini de la peinture. »
Cet enfant n’apprendrait donc pas à peindre, par la seule cause qu’il ne ferait pas la différence des diverses nuances d’une seule couleur; du bleu , par exemple. Sa demeure chez les aveugles, dans un asile dénué de tout modèle, ne serait comptée pour rien, et on assimilerait sa position à celle de cet infortuné qui habite l’Institution de la rue Saint Jacques , et qui a donné lieu à l’assertion suivante :