‹ Réfutation des Mémoires du maréchal Marmont, duc de RaguseChapitre 120 sur 189 · LIVRE NEUVIÈME. 5K · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIÈME. 5K

d'un jour envers son pays et son bienfaiteur j l'insensé a imposé à sa plume l'obligation de trahir l'honneur national j la cause française , d'un bout à l'autre de ses Mémoires.

Le duc de Raguse , en recevant le bâton de maréchal , fut pourtant payé bien au delà de ce que sa conduite dans cette campagne lui donnait le droit d'espérer. Le surlendemain de la bataille de Wagram , il eut en ses mains les destinées de l'année et peut-être de la monarchie autrichienne , et il laissa ces destinées lui échapper, plutôt que d'ap^ peler à son appui un maréchal qui l'aurait commandé et qu'il n'aimait pas. Il va nous l'apprendre lui-même.

a Je reçus, dit-il, une lettre du maréchal Davout, arrivé avec son corps à Wiilfersdorf ; il me demandait des nouvelles, et m'annonçait qu'il était prêt à me soutenir si j'avais besoin d'appui. Je l'informai de ce qui s'était passé et du mouvement que j'allais faire sur Znaïm , lieu de réunion et de passage de toutes les colonnes de l'armée ennemie. Je me contentai de lui exposer les faits, sans V appeler à moi ni lui demander de secours^ et je fis mal. La destruc^ tion de l'armée autrichienne et par suite de la monarchie ont peut-être tenu à cette circonstance. On concevra mes motifs, et ils paraîtront excusables. Je n'avais réellement devant moi que des forces inférieures, et il y a une sorte de pudeur à ne pas

demander des secours quand on n'en a pas besoin. » (III, 246, 247.)

Faut-il croire que ce soit à cette sorte de pudeur qu'on doive attribuer en effet la répugnance de Marmont à accepter le concours offert par Davout , et partant le salut de l'armée et de la monarchie autrichiennes également compromises?

Marmont indique lui-même le vrai motif de son abstention funeste en cette circonstance en s' efforçant de le nier, a Je ne parle pas, dit-il, de la conséquence qu'aurait eue pour moi l'arrivée de Davout, qui ) par son grade , m'aurait commandé ; jamais pareille pensée n'est venue à mon esprit, et jamais une question d'amour -propre n'est entrée en balance à mes yeux avec les intérêts dont on m'avait chargé. JTai toujours eu trop de conscience, j'ai toujours été trop avare du sang de mes soldats pour avoir fait jamais pareil calcul. » (Id.)

Quand on se rappelle le portrait que Marmont a fait de Davout, quand on vient de lire dans le récit même des événements qui précédèrent de peu de jours la bataille de Wagram, ce qu'il dit de ce maréchal , dont il qualifie la rigidité disciplinaire de sévérité sauvage {id.^ 229), et qu'il accuse d'avoir voulu faire pendre un de ses domestiques ragusais , malgré ses représentations, on ne s'étonne point que le général , qui éprouvait une antipathie aussi profonde et aussi violente pour le maréchal Davout ,

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