LIVRE NEUVIEME
n'ait pas trouvé dans son patriotisme la force de dompter sa haine et d'accepter pour un jour une subordination pénible plutôt que de manquer l'occasion de rendre un immense service à son pays ; surtout quand ce général , si fier de sa bonne conscience , est le même qui se laissa battre plus tard en Espagne pour ne pas attendre les secours d'un prince qu'il disait aimer et estimer, et au commandement duquel il voulait se soustraire; le même qui fit plus qu'épargner l'armée autrichienne en 1 81 4, et qui lui livra une partie de l'armée française à Essonne. Marmont a beau faire , s'il s'abstint d'écraser et de détruire à Znaïm les armées vaincues à Wagram, c'est qu'il était dominé par son aversion pour Davout, par sa jalousie pour Napoléon , et qu'il n'avait plus pour la France nouvelle le loyal dévouement d'un volontaire de 92.
Deux jours après cette grave faute, que Napoléon lui reprocha dans une longue conversation qu'il eut avec lui devant sa tente , Marmont reçut, des mains du général Alexandre de Girardin, sa nomination de maréchal , à laquelle il était loin de s'attendre , tant son entretien avec l'Empereur avait laissé en lui une impression pénible.
Tel était le grand homme. Il jugeait sévèrement ses lieutenants, il ne leur ménageait pas le blâme quand ils l'avaient encouru ; mais , la leçon donnée , il aimait à entretenir l'émulation parmi eux en leur
distribuant des récompenses. Quand la faveur, précédée du blâme , allait chercher un homme comme Marmont , elle était vite oubliée y tandis que le souvenir du blâme ne s'effaçait pas.