LIVRE DOUZIÈME. dS
Lûtzen et de Bautzen), en conservant de grands avantages, il satisfaisait l'opinion publique en France, li récompensait le pays des efiTorts qu'il avait faits pour le soutenir. Il laissait mûrir son armée , si je puis m'exprimer ainsi; et après deux ou trois ans, s'il avait voulu , il aurait recommencé la lutte avec des moyens plus complets et plus imposants que jamais; mais sa passion l'entraîna. Son esprit supé« rieur lui montra certainement alors les avantages d'un système de temporisation; mais un feu inté» rieur le brûlait, un instinct aveugle l'entraînait, quelquefois même contre l'évidence. Cet instinct parlait plus haut que la raison, et commandait. » (V, 132, 133, 134.)
Le duc de Raguse a beau jeu pour se livrer ici sans réserve à sa monomanie déclamatoire contre ce qu'il appelle l'instinct violent de Napoléon. Tout ce qu'il dit de la passion de l'Empereur pour la guerre et de son obstination à rendre la paix im* possible par ses prétentions déraisonnables, les écrivains du lendemain de Waterloo en ont fait des lieux communs, que les plus éminents historiens n'ont pas même dédaigné parfois de ramasser et de rajeunir. Napoléon vit naître sous ses yeux, au milieu de son état-major, cette disposition générale à l'accuser de la rupture des négociations et de l'éloignement de la pacification de l'Europe.
a Parce que je n'aurai pas fait la paix, disait-il, on dira que je n'ai pas voulu la faire; je le prévois, et je lis déjà ce reproche sur vos figures. La paix que je ne veux pas faire, c'est celle que mes ennemis veulent me dicter. Sont-ils donc plus pacifiques que moi ? Ne refusent-ils pas de leur côté la paix que je leur propose ? Ce que mes ennemis appellent la paix générale , c'est ina destruction ; ce que j'appelle la paix , c'est seulement le désarmement de mes ennemis : ne suis-je pas plus modéré qu'eux? Cette accusation d'être passionné pour la guerre est absurde à mon égard ; mais tôt ou tard l'opinion en fera justice; on reconnaîtra que j'avais plus d'intérêt qu'un autre à faire la paix , que je le savais , et que si je ne l'ai pas faite , c'est qu'apparemment je ne l'ai pas pu Il ne faut pas me juger
sur le refus que j'oppose à leurs premières demandes. Ne sait on pas que toute puissance qui entre en négociation veut d'abord tout ce qu'elle croit pouvoir obtenir. C'est dans la nature des choses. Mais la transaction arrive ensuite à son terme. Ou le vainqueur l'emporte, ou le vaincu résiste, ou les deux parties se concilient. Je l'avouerai, j'ai cru que la position où nous trouvait l'armistice était favorable pour une conciliation. Nous nous balancions dans un équilibre de succès et de revers ; une grande transaction pouvait en résulter entre le Nord et le Midi Je puis beaucoup céder; je ne craindrais