‹ Réfutation des Mémoires du maréchal Marmont, duc de RaguseChapitre 157 sur 189 · IX · texte numérisé non relu

IX

L'Empereur, obligé de modifier entièrement son plan de campagne par suite des revers essuyés en Bohême, à la Katzbach, à Gross-Beeren et àDennewitz , prolongeait son séjour à Dresde , laissant les armées coalisées s'engager davantage dans les grandes manœuvres qu'elles commençaient à démasquer, et cherchant à entretenir les alliés dans la croyance où l'on était généralement chez eux qu'il s'obstinait et qu'il était résolu à rester le plus possible dans la capitale de la Saxe. « Cependant, dit le

baron Fain j plus le séjour de Dresde se prolonge , plus Ton s'inquiète autour de TEmpereur. Une fatale disposition au découragement domine les esprits. Des signes d'abattement et de mécontentement même sont trop visibles! On dirait qu'une lime sourde cherche à rompre tous les liens de confiance et de dévouement qui si longtemps ont rendu l'Empereur et l'armée forts l'un par l'autre , et l'un par l'autre invincibles! » {Manuscrit de iM3^ II , 337.)

Au milieu de ces funestes symptômes, de nouveaux signes de prochaines défections apparurent. La Bavière allait imiter T Autriche ; les corps de partisans se montraient partout en Westphalie et en Saxe; la démocratie allemande, auxiliaire plus généreuse que prévoyante de l'ancien régime européen, se dressait patriotiquement contre le héros de la révolution française, en qui elle ne voyait que le conquérant. Napoléon, au milieu de ce soulèvement général , gardait toute sa force d'àme et rêvait de nouveaux triomphes. Il ne lui fallait qu'une bataille décisive pour renverser toutes les espérances de la coalition et se retrouver maître de l'Allemagne jusqu'à la Baltique. Il aurait donc voulu faire de Magdebourg son centre d'opérations et manœuvrer sur la rive droite de l'Elbe, entre Hambourg et Dresde , pour être en mesure de menacer Berlin , de dégager les places de l'Oder, de rallier les garnisons à l'armée active et de saisir la première occasion

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favorable de repasser l'Elbe , et de porter le grand coup qui pouvait en un jour relever la fortune de la France.

Les censeurs du quartier général repoussèrent ce plan. Leur opposition fit hésiter TEmpereur, qui se trouvait alors au château de Duben , où il séjourna quatre jours (du 41 au 4 5 octobre). Il se tint presque toujours renfermé dans sa chambre avec ses cartes. « Le prince de la Moscowa et le prince de Neufchàtel j dit le baron Fain , y entrent souvent, vont, viennent, et paraissent fortement préoccupés. Si l'an veut apprécier à leur juste valeur les accusations de desptAisme, de tyrannie et d'entêtement dont tant de libelles cherchent à noircir le caractère de Napoléon, il faut le considérer dans ce moment. Voilà trois jours qu'il se laisse arrêter par les observations de quelques-uns de ses compagnons. Il discute, il refait avec eux tous ses calculs. » {Manuscrit de 1 84 3 , 11,375.)

Le duc de Raguse , bien qu'il n'ait pas été nommé par le baron Fain , fut de ceux qui mirent à profit le séjour de Duben pour voir et pour entretenir Ionguement l'Empereur. A Tentendre ^ il ne ménagea ni les avertissements ni le blâme à Napoléon. Il lui fit remarquer d'abord que les pertes énormes essuyées par l'armée française , indépendamment de celles éprouvées sur le champ de bataille i venaient essentiellement du manque de soins ^ de vivres et de

secours de toute espèce qui avaient été refusés aux soldats. Il établit ensuite que si Dresde avait œntenu les approvisionnements nécessaires pour nourrir l'armée , si les hôpitaux avaient été pourvus de tout ce dont ils avaient besoin pour que les malades et les blessés reçussent des secours convenables , son armée serait plus forte de cinquante mille hommes, et ce résultat j d'après Marmont , pouvait être obtenu avec une somme de vingt-cinq millions. « Je lui fis cette démonstration la plume à la main^ dit- il. Vaincu par l'évidence, il me répondit avec humeur : « Si j'avais donné cette somme , on me l'aurait volée , et les choses seraient dans le même état. » (V, 274.)

Napoléon n'a jamais fait, n'a jamais pu faire une semblable réponse. Il était trop sûr de l'esprit qu'il avait imprimé à son gouvernement et à toutes les parties de l'administration impériale pour croire et pour dire qu'une somme donnée pour être appliquée à une dépense nécessaire dût être considérée d'avance comme volée. Le potentat qui écrivait à Marmont lui-même du milieu des graves préoccupations des affaires d'Espagne pour lui demander compte, à différentes reprises, d'une somme de quatre cent mille francs irrégulièrement détournée , et qui déclarait exiger de tous les comptables une justification de l'emploi de leurs fonds jusqu'au dernier sou , n'était pas homme à laisser sa suprématie

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