‹ Réfutation des Mémoires du maréchal Marmont, duc de RaguseChapitre 162 sur 189 · LIVRE TREIZIEME · texte numérisé non relu

LIVRE TREIZIEME

CAMPAGNE DK 1814. — dApBCTION DB MAlUlOirr. — CHUTE DK NAPOLEON.

Le duc de Raguse , en commençant le récit de la campagne de France j ne songe qu'à l'issue qu'elle doit avoir, et il arrange sa narration , ses remarques et ses commentaires de manière à faire considérer comme naturelle et inévitable la funeste solution qu'il a été accusé d'avoir provoquée et amenée par une trahison.

A son arrivée sur le Rhin y il trouva le découra" gement et le mécontentement dans tous les esprits^ les hommes de l intelligence la plm milgaire appréciant parfaitement les fautes grossières de la campagne, et la désorganisation de VEmpire annoncée de toutes parts. (VI, 5.)

L'Empereur cependant tenait tête à l'orage, et né se laissait pas atteindre par l'abattement qui avait pénétré jusque dans son entourage. Il espérait beau-

coup de ses nouveaux efforts * et de Tindestructible valeur des troupes françaises , mais sans cesser d'être disposé à accueillir toute proposition de paix qui serait acceptable. Ce n'est pas lui qui a fait avorter les négociations de Prague ; ce n'est pas lui qui fera échouer les conférences de Ghâtillon , bien que le duc de Raguse s'évertue à faire penser le contraire. Mais Napoléon persiste à croire et à dire que le meilleur moyen de déterminer les alliés à vouloir sincèrement la paix, c'est que ses lieutenants prennent l'attitude et le langage belliqueux j au lieu de donner l'exemple du découragement et de sonner l'alarme ; et chaque jour il rencontre devant lui l'un de ces frondeurs qui n'a jamais su que faire ressortir les chances favorables à l'ennemi, et manifester des doutes et des appréhensions sur les forces et les manœuvres des armées françaises* Les désastres des deux dernières campagnes ont rendu cet opiniâtre censeur plus hardi dans Tex* pression de ses sombres conjectures. « Un soir^ ditil , vers le 4 ou le 5 novembre , on discutait les projets probables de l'ennemi. Je dis qu'il allait re^

* Marmont, après avoir rappelé des paroles de Napoléon exprimant )a confiance et respoir, g^écrie t « C'éiait à tapas êe croire éveillé que d*entendre de pareilles choses ! » Et il ajoute immédiatement : « Cepen^" dont il y eut un enchaînement de circonstances si extraordinaire, que la balance a failli pencher en notre /aveur. » (Vt, 23.)

Pourquoi donc déclarer tout d'abord l^Ëmpire irrévocablement désorganisé et l^Empereur dupe de ses illusions ^ quand il résistait au découragement des alarmistes et des frondeurs de sdn quartier général?

Page 1