LIVRE TREIZIEME
camp de ce prince, M. Planât de la Faye, a également opposée aux attaques incroyables du duc de Raguse.
Toutes les ressources de Taudace , de la perfidie et de la méchanceté, bien qu'elles eussent été adroitement combinées par le maréchal Marmont, ne pouvaient rien contre la mémoire d'un soldat qui fut le modèle de l'honneur et de la fidélité autant que de la valeur et de la sagesse , et qui déjoua d'avance les finesses et les hardiesses de la calomnie, dans la lettre suivante, écrite à Napoléon lui-même ;
' « Vérone, 23 novembre 1813.
» Sire, j'ai l'honneur de rendre compte à Votre Majesté qu'il s'est présenté, ce soir, un major autrichien, ayant des lettres à mon adresse, qu'il demandait à ne remettre qu'à moi. J'étais alors à cheval , visitant les postes de la Valpentana. Je me suis porté sur la grande route, et j'ai vu avec surprise que ce major autrichien n'était autre que le prince Auguste Taxis, aide de camp du roi de Bavière. Il me remit une lettre de mon beau-père, purement d'amitié , dans laquelle il me priait d'entendre la personne qu'il m'envoyait.
» Je me suis promené environ une heure à hauteur de notre grand' garde, et s'il m'est difficile de rendre à Votre Majesté toute notre conversation , je vais du moins tacher de lui en faire connaître la
370 RÉFUTATIOiM DES llÊliOiaES DU DUC DE RAGUSE.
substance : 1 ° assurance d'estime et d'amitié du roi de Bavière; 9!" assurance que les alliés consentiraient à tout arrangement que je pourrais faire avec le roi pour assurer à ma famille un sort avantageux en Italie ; S"" prière du roi de ne considérer dans cette démarche que le vif désir de voir, dans ces circonstances , le sort de sa fille et de ses enfants assuré; enfin, la proposition de me faire déclarer roi du pays qui serait convenu.,
» Si Votre Majesté connaît bien mon cœur, elle peut d'avance savoir tout ce que j'ai répondu. Les phrases du moment étaient certes plus énergiques que tout ce que je pourrais actuellement répéter. Il ne m'a pas fallu de grandes réflexions pour faire assurer au roi de Bavière que son gendre était trop honnête homme pour commettre une lâcheté , que je tiendrais jusqu'à mon dernier soupir le serment que j'avais fait, et que je répétais, de vous servir fidèlement ; que le sort de ma famille est et serait toujours entre vos mains; et qu'enfin, si le malheur pesait jamais sur nos têtes, j'estimais tellement le roi de Bavière, que j'étais sûr d'avance qu'il préférerait retrouver son gendre particulier, mais honnête homme, que roi et traître; qu'enfin la vicereine partageait entièrement mes sentiments à cet égard.
» J'ai l'honneur d'être, etc.
» Edgènb napoléon, d