LIVRE TREIZIEME
La conduite du prince Eugène, après la chute de l'Empereur, a noblement confirmé ce langage. Le gendre du roi de Bavière , redevenu particulier pour rester honnête hommes défie, de la hauteur où il s'est placé dans l'histoire , la malveillance la plus obstinée et la plus perverse. Celui qui n'avait pas reculé devant la trahison pour conserver ou pour agrandir sa fortune politique devait au moins comprendre qu'il échoi^rait misérablement en venant s'attaquer au héros qui avait mieu% aimé rentrer avec son honneur et sa gloire dans la vie privée que d'être m et traître.
La tentative contre la mémoire du prince Eugène honteusement et vainement consommée , le duc de Raguse passe à la critique des opérations de l'Empereur pendant cette merveilleuse campagne qui frappa d'étonnement et d'admiration les ennemis les plus acharnés de l'Empire. Suivant lui, Napoléon commit trois fautes capitales qui suffirent à rendre sa chute inévitable : la première, à Brienne; la seconde, à Laon ; la troisième , à Arcis. (YI , %i 5.)
Le duc de Raguse , près d'arriver au dénoûment qu'il a eu soin de préparer et d'arranger selon les besoins de sa justification personnelle , ne peut que poursuivre avec plus de persévérance et de rigueur, à mesure qiiUl approche du but , le système qu'il a
adopté dès les commencements de ses Mémoires. Il blâmait le général Bonaparte , au premier succès de la première campagne d'Italie , le lendemain des victoires de Montenotte et de Millesimo , en vue de rintérét qu'il aurait plus tard à ternir la gloire et à discréditer l'autorité du vainqueur : comment n'aurait il pas redoublé d'ardeur et de violence dans son dénigrement, la veille de la capitulation de Paris et des événements d'Essonne?
Marmont regarde la bataille de Brienne comme ne pouvant être justifiée par aucun raisonnement de la part de Napoléon. « Elle ne pouvait lui donner aucun résultat favorable à cause de la supériorité de l'ennemi, car presque toutes ses forces étaient réunies. » (VI, 39.) Le succès couronna cependant les efforts et répondit aux espérances de l'Empereur. Le lendemain de la bataille , l'armée française était maîtresse de la position de Brienne , et les Prussiens battaient en retraite. {Manuscrit cte 1 81 4, 490.) Mais ce résultat inespéré n'est compté pour rien par le duc de Raguse , qui ne voit encore ici que la main maladroite de l'étranger, faisant tomber la victoire aux pieds d'un chef d'armée dont aucun raisonnement ne pouvait justifier les plans et l'attaque. <c Si quelque chose doit étonner, dit-il, après Vidée de donner cette bataille ^ c*est d* avoir vu l ennemi si mal profiter de ses avantages ^ et V armée française échapper à une destruction complète. » (VI, 39.)