LIVRE TREIZIÈME. 38S
joué l*un des rôles les plus importants et les plus honorables sous le drapeau du libéralisme pendant la Restauration et sous le gouvernement de Juillet. On était arrivé au jour fatal , non pour Napoléon , que la perte du pouvoir devait laisser en possession de toute sa gloire dans Thistoire et de toute la puissance de sa popularité sur Tavenir de la France , mais pour le duc de Raguse, dont l'orgueil secrètement rebelle allait se revêtir ouvertement des signes de la trahison. La capitulation de Paris était signée ^ .
< « Le duc de Baguse, dit Tauteiir de Vai$taire de la bataille et de la capitulation de Paris, a mal compris l'empereur Napoléon : sa justification est fondée sur une erreur. Napoléon ne disait point que Marmont Peut trahi en combattant : c^est le traité d^sonne quUl con* sidérait comme une trahison. » Mais la capitulation de Paris , si elle ne fut point Pef fet d'une trahison , en fut du moins la préparation par la manière dont elle fut provoquée et conclue. Marmont s'exprime sur cet éyénement de manière à faire croire qu'il fut amené à capituler par des instructions qu'il aurait reçues du roi Joseph sans les avoir provoquées. Or, il est certain que Joseph ne l'autorisa à capituler que lorsqu'il eut déclaré lui«-méme la continuation de la lutte impossible après quatre heures. Marmont fit plus ; il traita d'un armistice sans en prévenir le maréchal Mortier, qui combattait à côté de lui, et qui reçut de l'ennemi une sommation de mettre bas les armes et de se retirer avec son corps d'armée à Rennes. « Le maréchal Mortier est indigné , dit l'historien à qui ces détails sont empruntés : son sang bouillonne ; ses expressions ont toute la rudesse des camps. C'est un guerrier qui se croit insulté dans son honneur.... Il répond : Les soldais français prièrent la mort à la honte; noîis ne nom rendrons point, nom défendrons Paris, et si nom ne pouvions pa^ le défendre, nom exécuterions notre retraite devant vom et malgré vom* » {Histoire de la bataille et de la capi-tulation de Paris, 236 , 237 , Pons de l'Hériclt.)
On comprend que le maréchal de P£mpire qui s^exprimait avec cette rudesse des camps et qui faisait une pareille réponse aux sommations
Le maréchal Moncey, à la tête des gardes nationaux , auxquels s*étaient joints les élèves d'Alfort , les pupilles de la garde impériale et les élèves de l'École polytechnique, s'était héroïquement et vainement associé à ses frères d'armes, Mortier, Marmont et Omano, pour défendre la capitale que l'étranger devait occuper le lendemain. Le 30 au soir, le corps de Marmont bivouaquait dans les Champs-Elysées. Le maréchal commençait à prendre l'importance et l'attitude d'un homme dont les événements pouvaient faire l'un des arbitres du sort de la France. « Un grand nombre de mes amis , dit-il , s'était réuni chez moi. On parla avec abandon de la situation des choses et du remède à y apporter. En général , tout le monde semblait d'accord sur ce point, que la chute de Napoléon était le seul moyen de salut. On parlait des Bourbons. La voix la plus énergique en leur faveur, celle qui me fit le plus d'impression, fut celle de M. Laffitte. Il se déclarait hautement leur partisan , et quand je renouvelais les
insolentes de Pétranger, le 30 mars 181 4, n^aît pas été bien traité par celui de ses frères d^armes qui négociait alors à son insu un armistice et une capitulation préliminaires d^une défection. Marmont ne voit dans le vétéran patriote qu^un pauvre homme , qui ne connaissait pas mieux te sens des expressions de sa langue que les éléments de son métier.
(VI, 232
M. Pons de l'Hérault mentionne aussi des réclamations qui se seraient élevées contre le texte de la capitulation , laquelle n'aurait pas reproduit exactement ce qui avait été convenu. (Histoire de la capitulation, etc., 75.)