LIVRE TRRIZIKMK. 3S
gement complet de ses idées et la perte de sa lucidité ordinaire ' , se trouva déchu de ses droits à l'obéissance, au dévouement et à la fidélité.
Si le duc de Raguse avait réservé l'enthousiasme parisien pour la rentrée de Louis XVHI ou du comte d'Artois, la discussion qui aurait pu s'établir, sur cette question de politique et d'histoire, n'aurait afr fecté en aucun cas le patriotisme, l'esprit national , dont la capitale a légitimement la prétention de garder et d'entretenir l'un des foyers principaux. Mais prétendre que le peuple de Paris, toujours sentinelle avancée du peuple de France dans les luttes nationales, courut au-devant de l'ennemi pour le fêter, parce qu'on s'est livré soi-même à l'étranger, c'est trop accorder au besoin de sa propre défense , c'est presque faire descendre la justification au niveau du crime qu'elle est destinée à excuser.
a Le peuple, dit le baron Fain, était dans la stupeur.... Des cris en faveur des Bourbons s'étaient fait entendre; et les Parisiens étonnés^ cherchant des yeux V empereur d'Autriche^ avaient appris avec in^ quiétude qu'il était encore bien loin. (Manuscrit de 1814, 359.) « Le peuple est calme; sa contenance dit aux alliés qu'ils ne sont point en pays ami. » (His-
* Comment concilier la lucidité m^dinaire et la puissance de raisonnevuent de TEmpereur brusquement dérangées à Essonne en 1814 seulement, avec les confidences de Decrès en 1805 et 1809? 11 y a quelqu^un dont les hautes faculté& furent dérangées à Essonne en 1814 et qui raisonna mal , et ce quelqu'un n'est pas Napoléon.
300 RÉFUTATION DES IfÉMOIllES DU DUC DE RAGUSE.
taire de la bataille et de la capitulation de Paris , 34 4 •) « Les sentiments qui dominaient parmi la foule, dit Yaulabelle, étaient la surprise et la stupeur. Ce jour «là on voyait, à^ l'attitude du plus grand nombre , que la population ressentait profondément l'abaissement national, » {Histoire des deusv restau^ rations^ Ij 280.)
§ VI
Mais ce calme, cet étonnement, cette stupeur, s'ils avaient été constatés par le duc de Raguse , ne lui auraient pas permis de préparer favorablement ses lecteurs à ne voir dans ce qu'il allait raconter d'Essonne et de Versailles, que la conséquence naturelle de l'enthousiasme et de l'ivresse manifestés par le peuple de Paris ^ au moment de l'entrée des étrangers.
Voilà donc le maréchal Marmont à Essonne , le l*' avril, persuadé, ou s'efforçant de se persuader, que la capitale a reçu les alliés en libérateurs, et que l'empereur Napoléon , à qui la nouvelle de cet aocueiUa fait perdre la tête , ne peut plus conserver l'empire. Un gouvernement provisoire est établi à
' (c La fierté nationale, dit ie duc de Raguse, le seatinumi d'an noble patriotisme si naturel aux Français, disparaissaient devant la haine inspirée par Napoléon. » (VI, 254.) Marmont a besoin de faive croire à la disparition du patriotisme à une époque oà il est trop certain qu'il en manqua lui-même.