‹ Réfutation des Mémoires du maréchal Marmont, duc de RaguseChapitre 176 sur 189 · LIVRE TREIZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TREIZIÈME

Ordre du jour du prince de Schwartzenberg ' pour les armées coalisées.

« Le corps ennemi du maréchal Marmont marchera par Juvisy, sur la grande route, jusqu'à FresneSy où il s'arrêtera pour repattre; il suivra ensuite son mouvement j d'après les ordres du gouvernement provisoire.

» Les troisième 9 quatrième, cinquième et sixième corps se tiendront, à l'entrée de la nuit, prêts à tout événement; il en sera de même de l'armée de Silésie. Le corps ennemi sera escorté jusqu'à Fresnes par deux régiments de cavalerie du cinquième corps, et de là à Versailles , par deux régiments de cava-

' Le prince de Schwartzenberg exprima son contentement au duc dQ Raguge par la lettre suivante :

« Monsieur le Maréchal ,

» Je ne saurais assez tous exprimer la satisfaction que j'éprouve en apprenant l'empressement avec lequel vous vous rendez à IMnvitation du gouvernement provisoire , de vous ranger, conformément au décret du 2 de ce mois , sous les bannières de la came française,

» Les services distingués que vous avez rendus à votre t)ays sont reconnus généralement ; mais vous y mettez le comble en rendant à leur patrie le peu de braves échappés à l'ambition d'un seul homme.

» Je vous prie de croire que j'ai surtout apprécié la délicatesse de l'article que vous demandez, et que j'accepte, relativement à la personne de Napoléon. Rien ne caractérise mieux cette belle générosité naturelle aux Français , et qui distingue particulièrement Votre £xcellenc>e«

» SCHWARTZKWBF-RG. »•

lerie russe de la réserve. Tant par ce motif qu'à causQ de l'indisposition des habitants de Versailles , cette ville devra être fortement occupée par les troupes alliées. »

Ordre du maréchal Barclay pour Varmée

de Silésie.

« Le maréchal français Marmont ayant promu de passer de notre côté (zu um iibeni^ugehm) ay@o son corps de Ai% mille hommes, il doit se dinger par Fremas sw Versaillçs} mais comme il pourrait arriver que Napoléon eût acquis la connaissance du projet du maréchal Marmont, et qu'il voulût en profiter pour tenter une surprise de nuit sur notre aile gauche y il est indispensablement nécessaire que

tous les commaudautg des corps se tiennent prêts

à marcher avec leurs troupes, jusqu'à ce qu'on ait appris avec certitude que le passage a eu lieu tranquillement. On donne en conséquence les dispositions suivantes pour Tarmée de Silésie, en cas d'une attaque de nuit^ » (Suivent les dispositions. "j

Ces deux pièces, qui constatent que l'enlèvement du sixième corps à Essonne et son mouvement sur Versailles ne furent point l'œuvre accidentelle des lieutenants du duc de Raguse , comme celui^ei a osé le prétendre, mais au contraire l'exécution d'un traité convenu par le maréchal Marmont lui-même

LIVBB TREIZIÈME, 8ft8

avec les généraux ennemis, oes deux pièces ont été insérées dans un livre ^ que j'ai déjà cité , et qui fut publié en 4 828 , sous les yeux du duo de Raguse , alors tout*pui9sant, et qui garda le silence.

La défection ou la trahison , comme on voudra rappeler, est donc incontestable. Le duo de Raguse la conteste cependant. Il se déclare innocent du mouvement d'Essonne , dont il renvoie toute la responsabilité aux généraux de division placés sous

ses ordres, parce que ce mouvement fut exécuté par eux en son absence, (VI, 260 à 2650

A l'appui de cette accusation contre ses lieute^ nants, le maréchal cite une lettre qui lui fut écrite de Versailles le 5 avril par le général Bordesoulle, et qui commence ainsi ; « Monseigneur, M. le co-. lonel Fabvier a dû dire h Votre Excellence les motifs qui nous ont engagés à exécuter le mouvement que nous étions coifVEifus (k suspendre jusqu'au retour de M. le prince de la Moscowa et des ducs de Tarente et de Vicence.... ^ {Id., 264, 265.)

Mais s'il n'y avait pas d'autres preuves, et des preuves formelles, que le mouvement du sixième corps avait été positivement convenu entre le duc de Raguse et ses lieutenants, par suite d'un traité du maréchal avec Schvsrartzenberg, la lettre du gé« néral Bordesoulle invoquée par Marmont suffirait

> Histoire de la bataille et d§ fci cafitufation de Paris ^ par Pons de l'Hérault, 73, 74.

S9(l BKFUTATION DES IIKMCIRES DU DUC DE RAGUSE.

pour établir cette convention sans la moindre incer* titude, Bordesoulie, en disant qu'il a exécuté le mouvement qu'on était convenu de suspendre j constate de la manière la plus évidente que le mouvement suspendu avait été nécessairement décidé, convenu même avec le général en chef.

Mais le général Bordesoulle a levé tous les doutes à cet égard dans une lettre adressée en 1830 au maréchal Mortier, et dont un extrait a été inséré dans une publication récente ' •

(c Après l'évacuation de Paris , dit le général Bor^ desoulle, le corps d'armée du duc de Raguse alla j le 1" avril, prendre position en arrière d'Essonne. Je m'établis avec le premier corps de cavalerie à Gorbeil. Bien que mon quartier général ne fût pas éloigné de celui du maréchal , je le voyais rarement. Le 4, vers huit heures, je me rendis chez lui, et je rencontrai à sa porte le général Digeon , qui commandait son artillerie. — Vous allez chez le maréchal , me dit-il , eh bien , il va vous apprendre du nouveau. ^— J'insistai vainement pour qu'il s'expliquât davantage. J'entrai. Après avoir fait le rapport de ce qui se passait sur la ligne, j'exprimai vivement la peine que me faisait éprouver l'état de découragement des troupes. — Que pouvons -nous faire à cela? me dit le maréchal. — Je l'ignore, car

* Le duc de Kaguse devant Vhistoire, etc., 96, 97, 98,Dentii, éditeur.

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si je pouvais y remédier, je ne vous en parlerais pas. — Général , reprit-il alors, vous êtes un homme d*honneur, jurez-moi que vous ne révélerez pas ce que je vais vous confier. — Je lui donnai ma parole, bien éloigné de m'attendre à Tétrange confidence qu'il allait me faire. — Vous savez, général , qu'un gouvernement provisoire , établi à Paris depuis deux jours, a proclamé la déchéance de Napoléon; j'ai en conséquence fait un traité avec le prince de Schwartzenberg pour mon corps d'armée, qui, d'après mes conditions, va occuper la Normandie et n'aura aucun rapport avec les troupes alliées. Il ne recevra d'ordres que du gouvernement provisoire. — Comment, monsieur le maréchal, vous avez fait un semblable traité, et sans nous consulter?

— Général, j'ai votre parole. — Je la tiendrai, mais vous ne devez pas compter sur ma cavalerie.

— Vous ferez ce que vous voudrez; moi, je suis décidé -à prendre les armes ce soir, à six heures , sous prétexte d'une revue, et je passerai. — Comment, monsieur le maréchal, vous allez donc découvrir Fontainebleau et mettre l'Empereur à la merci de l'ennemi? — L'ennemi, reprit-il, ne fera point de mouvement celte nuit. J'ai d'ailleurs stipulé la sûreté de Napoléon dans le cas où des événements de guerre le feraient tomber entre les mains des alliés. — Et que deviendra le corps de M. le duc de Trévise? (A la manière dont il me répondit

NS REPUTATION DKS MEilOIEES DU DUC DE RAGUSE.

d'être tranquille sar votre sort, j*avoue que je vous crus informé de ce qui se passait.) J'insistai pour qu'au moins il ne parttt pas avant la nuit. — C'est très^Uen, dit^il^ mais répondriez-*vouB de moi si deux cents chevaux venaient pour m'enlever? — Monsieur le maréchal , vous ne m'ayez pas consulté sur ce que vous avez déjà fait , vous ne devez donc pas vous adresser à moi si vous avez quelque chose à craindre. -^ Réfléchissez , dit^il en nous séparant , et venez à quatre heures me dire votre résolution.

)» Rentré dans nos bivouacs, j'y remarquai ud re^ doublement d'inquiétude. En arrivant chez moi, je trouvai une lettre du général Belliard qui me demandait confidentiellement dans quelles dispositions se trouvaient les troupes. Je vis les officiers généraux des corps de cavalerie que je commandais. Je les exhortai à faire tous leurs efforts pour remonter le moral des hommes. A quatre heures, je me rendis seul chez le maréchal. Il était dans son jardin avec son chef d'état-major et le général Meynadier. Au même instant arrive de Fontainebleau un aide de camp que je crois ôtre le général Fabvier, apportant la grande nouvelle de l'abdication de l'Empereur. En remon« tant chez le maréchal, je lui dis à part : -^ Voilà un événement qui tire Votre Excellence d'une fâcheuse position. — Cela m'est égal, répondit-il, jen'en opère pas moins mon mouvement ce soir. Il serait fort aise de me faire arrêter. ^*- Rentrés avec lui dans son

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