‹ Réfutation des Mémoires du maréchal Marmont, duc de RaguseChapitre 181 sur 189 · LIVRE QUATORZIEME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATORZIEME

iéon Bonaparte 9 avaient servi d'exemple aux héroïques vétérans de la grande armée , et on le concours de fatalités inouïes avait seul dérangé les plans , trompé les prévisions , et fait avorter toutes les espérances du grand homme.

Telle n'est point , on doit s'y attendre , ropinioii du duc de Raguse sur les causés et le caractère de cet immense désastre. Comment l'ancien frondeur d'Italie, d'Egypte et d'Allemagne, accoutumé à censurer les projets et les combinaisons de son général , sous le poids de ses bienfaits et au milieu de ses plus beaux triomphes , ne saisirait-il pas avec empressement l'occasion d'une complète déroute pour rejeter sur son ancien maître , dont il a déserté le drapeau , toute la responsabilité d'une horrible catastrophe essuyée par l'armée française?

a Pendant le cours de la journée , dit le maréchal Marmont , Napoléon s'était t7*ouvé si éloigné du champ de bataille, qu'il n'avait pas pu modifier l'exécution de ses projets, et particulièrement faire soutenir à temps le mouvement de cavalerie qui aurait pu produire un effet si utile et si décisif. Prématuré et exécuté d'une manière isolée, il devint inutile; et cependant, si, quand il commença, on eût fait donner la garde, on aurait remédié au mal.

» Au moment du désordre , la terreur s'empara de r esprit de Napoléon. Il se retira au galop à plusieurs lieues j et à chaque instant (il était nuit) il

croyait voir sur sa route au sur son flanc de la (^Valérie efmetnie et V envoyait reeennaitre.

» Je tiens ces détails , ajoute Marmont, d'officiers attachés à l'Bmpereur et eu ce momcQt près de lui , et entre autres du général Bernard, officier du génie, son aide de eamp , officier distingué et homme trèsvéridique. » (VII, 484, 182.)

Le duc de Raguse , pour couronner par un trait inqualifiable sa conduite odieuse envers un grand homme qui fut son ami , son patron et son bienfaiteur, a invoqué l'autorité d'un officier général qui n'était plus là pour le démentir. Mais un aide de camp de l'Empereur, encore vivant, et qui ftit attaché au service de Napoléon sur le éhamp de bataille de Waterloo , a pu protester, au nom de son frère d'armes descendu au tombeau, contre l'incroyable récit que l'ancien aide de camp du vainqueur de Lodi et d'Arcole a osé placer sous la garantie d'un témoin respectable dont il n'avait plus de contradiction à redouter, et le Monit^r a publié la lettre suivante , en réponse aux lignes mensongères que je viens de citer, et qui sont reproduites en tête de cette même lettre :

(c II est impossible de ne pas remarquer, dit le |

général de Flahaut, la haine qui perce dans tout ce récit, que le maréchal prétend tenir du général |

Bernard ; ce qui est impossible , car le général Bernard était un brave et honnête homme , et par con-

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séquent incapable de lui avoir raconté un tel tissu de faussetés.

» L'Empereur s'est placé, pendant la bataille, sur un mamelon , au centre de la position , d'où son regard embrassait l'ensemble des opérations et d'où il aperçut le mouvement de la cavalerie qu'avait ordonné le maréchal Ney, qui lui parut en effet prématuré et intempestif; aussi s'écria-t-il : ex Voilà Ney qui d'une affaire sûre en fait une affaire incertaine ; mais maintenant , puisque le mouvement est commencé 9 il n'y a plus autre chose à faire qu'à l'appuyer. » Et il m'ordonna de porter l'ordre à toute la cavalerie de soutenir et de suivre celle qui avait déjà passé le ravin qui la séparait de la position occupée par l'ennemi. Ce qui fut fait. Malheureusement le moment n'était pas arrivé pour qu'un tel mouvement put réussir, et l'Empereur l'avait bien senti; mais on ne pouvait pas arrêter et rappeler les corps déjà engagés, et il y a à la guerre des fautes qu'il n'y a moyen de réparer qu'en y persévérant.

» Je laisse au maréchal Marmont, sans le lui envier, l'honneur du parallèle (voyez page 125) qu'il ohercbe à établir entre lea chefs des deux armées et la part qu'il fait à chacun dans le résultat de la bataille; il se complatt à faire le panégyrique du général anglais aux dépens de l'Empereur; mais au lieu de prendre tant de peine pour l'accuser de

fautes auxquelles il attribue l'issue funeste de cette journée 9 il aurait pu sentir que Tarrivée inattendue sur notre flanc d'un corps de trente mille Prussiens^ dont l'artillerie traversait et labourait de ses boulets notre ligne d'opération , a été la véritable cause de la perte de la bataille et de ses suites désastreuses. Dans son rapport à son gouvernement, le duc de Wellington a la justice d'en convenir.

» Quant à la terreur que le maréchal prétend s'être emparée de l'esprit de l'Empereur au moment du désordre, je ne puis mieux faire, pour réfuter cette assertion mensongère, que de raconter les faits tels qu'ils se sont passés sous mes yeux , et par conséquent personne n'est plus en état de le faire que moi.

» Après avoir assisté à l'attaque de la cavalerie et à celle de la garde , et lorsque le mouvement de retraite se fut prononcé, je suis revenu chercher l'Empereur. Il était nuit; je l'ai retrouvé dans un carré , et je ne l'ai plus quitté ; après y être resté quelque temps, et la bataille était perdue sans ressource, il est sorti pour se porter sur la route de Charleroi.

» Nous avons suivi cette direction , non pas au galop ^ comme on a l'infamie de le dire dans ces Mémoires y mais au pas, et aucune poursuite de Tennemi n'a pu inspirer à l'Empereur les craintes que le maréchal, dans sa haine, voudrait lui attribuer.

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Loin d'avoir l'esprit troublé d'aucune crainte personnelle y et bien que la situation ne fût pas de nature à lui inspirer une grande quiétude, il était tellement accablé par la fatigue et le travail des jours précédents , qu'il n'a pu s'empêcher plusieurs fois de céder au sommeil qui s'emparait de lui, et il serait tombé de cheval si je ne l'avais pas soutenu.

» Nous sommes arrivés le lendemain matin à Gharleroi, où nous avons pris la poste pour nous rendre à Laon ; il s'y est arrêté pour écrire le bulletin dans lequel il rend compte de cette fatale journée, et s'est ensuite mis en route pour Paris : voilà la vérité. Qu'on la compare. avec le récit haineux et mensonger du maréchal Marmont, et qu'on juge!

» Mais quel sentiment d'indignation et de dégoût n'éprouve-t-on pas en voyant un homme, dont tous les efiforts auraient dû tendre à se faire oublier ou au moins pardonner, venir ainsi attaquer celui qui avait été son bienfaiteur, et , après l'avoir trahi vivant, le calomnier après sa mort! »

Il n'y a rien à ajouter à cet énergique et irrécusable témoignage, qu'un cri général d'adhésion a vivement accueilli. Le vaincu de Waterloo, qui avait l'orgueil et le droit d'espérer que la gloire du vainqueur ne serait pas augmentée au préjudice de la sienne, n'a rien à craindre pour sa mémoire du faux bulletin d'un grand officier de FEmpire, dont la

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défection dTssonne avait fait un émigré de Gand , et qui, à l'heure solennelle du duel à mort entre les Français et les Anglo^Prussiens , se trouva réfti* gié derrière les baïonnettes étrangères et le garde du corps du prince qui n'avait été si longtemps pour lui que le prétendu roi de France.

S ni.

La catastrophe de Waterloo amena l'étranger vidlorieux sous les murs de Paris. « Le maréchal Davout, qui commandait, dit le duc de Raguse, l'aurait détruit cent fois pour une s'il avait eu la moindre résolution; mais il fit de la politique là où un succès ne pouvait qu'améliorer singulièrement la position des choses. » (YII, 186, 487 «)

Le maréchal Marmont, qui avait douté du succès et tremblé pour l'armée française dans les plus belles journées des grandes guerres de la Republique et de l'Empire , et pendant qu'il combattait encore lui-même sous les couleurs nationales, éprouva ainsi tout à coup , en rentrant en France avec l'ennemi, et le lendemain de l'épouvantable déroute de Waterloo, une confiance dans la force des débris de nos armées qu'il n'avait jamais mani-^ festée au moment même où elles étaient triom** phantes dans toute l'Europe.

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C'est que cette confiance soudaine et insolite sert de prétexte au maréchal Marmont pour accuser le marédial Davout, et pour essayer d'établir^ à son propre avantage, une comparaison entre les deux capitulations de Paris , de 1 81 4 et de 1 84 6.

Si Paris pouvait être défendu , ce n'était pas seu* lement par le marédial Davout ni par tout autre de ses collègues* La première condition de la défense ^ c'était la présence de l'Empereur à la tôte de Tar» méei et l'Empereur fut sommé d'abdiquer une seconde fois.

Le libéralisme parlementaire exigea ce sacrifice sans prévoir que sa sollicitude pour la liberté serait fotale à l'indépendance nationale. Fier de repa-* rattre sous les auspices d'anciennes illustrations et de célébrités naissantes ; espérant trouver la nation docile à la voix de ses tribuns , il se crut assez populaire et assez fort pour se charger seul des des-* tinées de la France et pour entreprendre de la pré* server de la contre-révolution, sans le bras et le génie du grand homme en qui la révolution s'était incarnée.

Quand cette illusion de quelques illustres vété* rans de 89 et des jeunes libéraux de 1816 se produisit, elle souleva une méfiance universelle. L'armée criait : Plus d'Empereur, plus de soldats ! Et le peupie, dans son admirable instinct, ne se montrait pas plus confiant que l'armée. C'était là ce qu'avait

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pressenti Garaot, lorsqu'il s'était élevé seul dans le conseil contre l'abdication de l'Empereur; lui, le votant solitaire contre l'Empire , au sein du Tribunat; lui, l'organisateur de la victoire sous la (Convention ; lui , le démocrate sage et ferme sous tous les régimes.

Le grand officier de l'Empire qui marchait à la trahison d'Essonne quand le républicain du Tribunat allait prendre la défense d'Anvers , dut juger autrement que lui la seconde abdication de Napoléon. Le duc de Raguse ne croyait plus depuis longtemps au prestige qui avait entouré autrefois le nom de son général ; sans cela il eût été moins prompt à abandonner la cause.de l'Empire. N'a-t-il pas osé dire que dès 1 809 l'opinion publique était fortement prononcée contre le grand homme? Si, après Waterloo, le nom de l'Empereur est encore bruyamment invoqué , Marmont ne voit donc dans ces démonstrations que les cris insignifiants de quelques groupes d'ouvriers ou de gens du peuple ^ qui pouvaient bien entretenir Napoléon dans ses illusions, mais qui étaient appréciés à leur juste valeur par les gens sensés de son entourage. (Vil, 430.) A ses yeux, l'Empereur et l'Empire sont perdus pour toujours. L'opinion de Marmont n'a pas été isolée. En dehors des ouvriers et des gens du peuple , qui forment, il est vrai, le gros de la nation, et dans ce monde plus élevé où Napoléon signalait, en 1814,

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