‹ Réfutation des Mémoires du maréchal Marmont, duc de RaguseChapitre 182 sur 189 · LIVRE QUATORZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATORZIÈME

des tendances peu favorables à la défense natio* nale, il s'établit, sous Tinfluence des gens d'esprit qui avaient travaillé en secret à ruiner moralement VEmpire, un préjugé qu'on n'a pas cessé d'opposer depuis à la légende populaire , et qui ne faisait tout au plus de Napoléon qu'un émule et un imitateur de Cromwell , un brillant météore, le sujet merveil-^ leux d'un éblouissant épisode pour l'histoire , mais sans élément de suite et de continuité , sans aucun lien possible avec l'avenir.

Aux temps voisins de la catastrophe de Waterloo , ce préjugé gagna les plus hautes intelligences. Napoléon mourait lentement à Sainte-Hélène , et sa famille, dispersée dans l'ancien et le nouveau monde, semblait tombée entièrement dans l'oubli. L'épreuve de la puissance impérissable du grand homme sur son pays et sur son siècle n'était pas faite encore. Béranger chantait bien, attentivement écouté et universellement applaudi par le peuple ; mais les superbes docteurs , qui avaient pris la mission providentielle de Napoléon pour un simple accident dont ils aimaient à se croire définitivement délivrés , ne prenaient garde ni au peuple ni à Béranger, et Napoléon restait pour eux le Cromwell de la France.

Quel contraste cependant entre le Protecteur et l'Empereur, quand on considère l'influence posthume qu'ils ont exercée l'un et l'autre sur l'avenir

4M RÉFUTATION DBS kfiMOIRfiS DU DUC DE RAGUSE.

de leur pays ; quand on mesure la portée de leurs conceptions et Taction de leur génie ^ au delà de leur existence personnelle , et que Ton âiet eu re* gard , soit la destinée si contraire de leurs succès^ seursi soit le sort si différent de leur héritage!

Gromwell meurt en pleine possession de sa toute* puissance ^ dont son fils se fait investir sans contes** tation, et en quelques mois la grandeur , attachée au nrai du parvenu ^ disparaît complètement pour faire place à la splendeur de Tancienne monarchie , sans que le peuple anglais prenne le m^ndre souci de la lignée du Protecteur, sans que l'étranger ait besoin d'intervenir pour rétablir les Stùarts. Puis 9 lorsque la descendance de Charles P*" se fait de nouveau exclure du trône , et que deux révolutions^ filles de la première, se succèdent rapide*» ment, à aucun des grands diangements qui s'opèrent sous l'invocation du principe populaire et dans les limites de l'ordre monarchique, personne ne songe à remuer la poussière , à réveiller le souvenir de Gromwell ; personne ne s'inquiète de savoir s'il a laissé des héritiers, s'il serait possible de lui trouver une représentation directe ou collatérale*

Que Ton compare maintenant cette destinée de l'héritage politique de Gromwell à ce qui s'est passé en France pour les Bonaparte. Que l'on mette le Protecteur, mort tout-puissant , et dont la succes*> sion fut si vite dissipée et anéantie , à côté de l'Ëm*-

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