LIVRE DEUXIEME
à ses joies les plus intimes , en lui montrant en perspective de nouvelles et prochaines victoires. « Ils n'ont encore rien vu , lui disait-il en parlant de ses admirateurs de Paris et de la France entière, et l'avenir nous réserve des succès bien supérieurs à ce que nous avons déjà fait. La fortune ne m'a pas souri aujourd'hui pour que je dédaigne ses faveurs : elle est femme, et plus elle fait pour moi, plus j'exigerai d'elle. Dans peu de jours, nous serons sur l'Adige, et toute l'Italie sera soumise. Peut-être alors, si l'on proportionne les moyens dont j'aurai la disposition à l'étendue de mes projets , peut-être en sortirons-nous promptement pour aller plus loin. De nos jours , personne n'a rien conçu de grand : c'est à moi d'en donner l'exemple. » « Ne voit-on pas dans ces paroles , dit Marmont , le germe de tout ce qui s'est développé dans la suite? » (Mém. de Marmont j 1, 178.)
Ce n'était pas seulement dans des conversations familières avec ses aides de camp que le général victorieux laissait apparaître les grands desseins qu'il avait conçus , les vastes projets dont son génie était incessamment travaillé , les immenses résultats qu'il attendait, pour la France et pour l'Europe, de la seconde campagne qu'il allait ouvrir sur TAdige. Ce qu'il voulait encore, ce qu'il était impatient d'accomplir, il l'avait indiqué dans sa proclamation de Ghérasco, quand il disait à ses soldats : « Vous
n'avez rien fait, puisqu'il vous reste à faire. Ni Turin ni Milan ne sont à vous. Les cendres des vainqueurs de Tarquin sont encore foulées par les assassins de Bassevillel » Il renouvela cette indication après qu'il fut devenu maître de Milan : « Vous avez beaucoup fait , dit-il encore à l'armée ; mais ne vous reste-t-il donc plus rien à faire ? Dira-t-on de nous que nous avons su vaincre , mais que nous n'avons pas su profiter de la victoire ? Ëh bien , partons ! Nous avons des marches forcées à faire, des ennemis à soumettre, des lauriers à cueillir, des injures à venger. . . Vos victoires feront époque dans la postérité : vous aurez la gloire immortelle de changer la face de la plus belle partie de l'Europe. Le peuple français , libre , respecté du monde entier, donnera à l'Europe une paix glorieuse qui l'indemnisera des sacrifices de toute espèce qu'il a faits depuis six ans. Vous rentrerez alors dans vos foyers, et vos concitoyens diront en vous montrant : Il était de l'armée d'Italie 1 » (Thiers , Histoire de la Révolu^ /ton, VIII, 270-274.)
Dans ses lettres au Directoire, Bonaparte avait exposé les mêmes vues, exprimé les mêmes espérances, dès le lendemain de Mondovi, avant l'éclatant succès de Lodi, alors que des incertitudes et des murmures se manifestaient dans son entourage, et rendaient nécessaire l'intervention de sa puis* santé parole. <c Je marche demain sur Beaulieu,