LIVRE DEUXIËUE
bataille de Lodi. Le général Bonaparte n'avait pas attendu cet éclatant succès pour la prévoir et pour la promettre à son armée. Dès le lendemain de Mondovi, les frondeurs du quartier général prédisaient d'insurmontables difficultés et d'incalculables désastres si Ton tentait de pousser plus loin les succès des armes françaises, «c Des officiers , même des généraux , disent les Mémoires de Napoléon^ ne concevaient pas qu'on osât songer à la conquête de l'Italie avec aussi peu d'artillerie , une si mauvaise cavalerie , et une armée aussi faible que les maladies et Téloignement de la France affaibliraient encore tous les jours. » On trouve des traces de ces sentiments de l'armée dans la proclamation que le général en chef adressa à ses soldats à Ghérasco , et qui se terminait ainsi : « On dit qu'il en est parmi vous dont le courage mollit , qui préféreraient retourner sur les sommets de l'Apennin et des Alpes I Non , je ne puis le croire. Les vainqueurs de Montenotte , de Millésimo , de Dégo j de Mondovi , brûlent de porter au loin la gloire du peuple français. » {Ijfémoires de Napolém.l, 190, 191.)
L'aide de camp M armont , qui s'était battu vaillamment à Mondovi à côté de Serrurier, n'était pas sans doute de ceux dont le courage avait molli; mais lorsqu'on se rappelle qu'il partagea les périls et la gloire des premiers combats avec la pensée que les Austro- Sardes, mieux commandés, pou-
vaient à chaque instant faire échouer la campagne à son début et détruire entièrement Tarmée fran* çaise, on est disposé à croire qu'il n'avait pas encore tout à fait perdu à Ghérasco ses doutes et ses appréhensions y et que , malgré les exigences de sa position auprès du général en chef, il put s'associer plus ou moins ouvertement aux plaintes et aux murmures des officiers qui ne concevaient pas qu'on osât songer à la conquête de Vltalie.
Quoi qu'il en soit, le duc de Raguse, si Ton en
juge par son appréciation des conséquences de la bataille de Lodi , se montra , à partir de cette belle et glorieuse journée , moins timide dans ses prévisions, plus hardi dans ses espérances. S'il n'y avait plus de scepticisme possible , plus de critique avouable pour personne dans les rangs de l'armée , après tant de triomphes qui venaient d'étonner le monde , comment un officier, honoré de l'intime confiance du général qui avait prédit et accompli toutes ces merveilles, ne se serait-il pas abandonné sans réserve à l'entraînement universel, quand l'enthou» siasme était sans cesse provoqué et stimulé en lui par la foi expansive et le langage prophétique du héros qui lui ouvrait son ème, à tous les moments, sans rien lui cacher de ses sublimes pensées et de ses magnifiques espérances?
Quatre jours après tx)di, Bonaparte , entré triomphalement dans Milan , associait en effet Marmont