‹ Réfutation des Mémoires du maréchal Marmont, duc de RaguseChapitre 27 sur 189 · LIVRE DEUXIÈME. S · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME. S

présentant de la démocratie française ; il a voulu prêter aussi les terreurs superstitieuses d'une bonne femme à Télève de la philosophie moderne, au soldat initié dès longtemps à toutes les hardiesses de la raison comme à toutes les découvertes de la science.

La postérité , malgré tout le piquant des révéla* tions du duc de Raguse, aura peine à croire que le grand homme ait pu avoir jamais la vanité des petites gens, et que Tàme héroïque du conquérant dejltalie fût accessible à des peurs d'enfant;

Que peut faire de plus Marmont, après avoir rendu Napoléon suspect de préjugés aristocratiques, de frayeurs puériles et de tendance à la folie , pour rapetisser le colosse et désillusiopner de plus en plus ses admirateurs ? Voilà ses hautes facultés mises en suspicion , à la limite de la démence , et altérées par des faiblesses indignes d'un homme qui serait même moins supérieur» Si l'on pouvait maintenant l'attein-* dre, l'entamer, le diminuer dans ses qualités essentielles, dans sa réputation de rigidité morale, dans le prestige de son héroïsme militaire, c'en serait fait définitivement du grand homme , et son habile dé* tracteur serait parvenu à consommer sur la mémoire du César moderne l'attentat qui échoua naguère, sous une plume plus exercée et autrement illustre , contre l'immortelle renommée du premier César.

Eh bien, Marmont, sans nier directement la délicatesse et la sévérité de Bonaparte sur les questions

88 REPDTATIOX DES VeNOiReS DU DUC DE RAGISE.

d'argent, raconte une anecdote qui lui est personnelle, et de laquelle on pourrait induire que le même général en chef qui rudoya si impitoyablement Despinois à Castiglione, n'était pas aussi rigide qu'il affectait de le paraître au sujet de renrichissement de ses lieutenants. Il s's^t du pillage de Pavie pendant la répression de l'insurrection que le sacerdoce italien avait réussi à faire éclater dans les campagnes de la Lombardie. « La maison du receveur de la ville était menacée, et ce malheureux croyait, en jetant son argent dans la rue , se préserver de l'entrée des soldats dans sa maison , tandis que sa conduite devait au contraire les y attirer. Le général Bonaparte, prévenu, me donna Tordre de me rendre sur les lieux et d'enlever l'argent. Nous avions à cette époque une fleur de délicatesse qui me rendit l'obéissance pénible : je craignais d'être soupçonné d'avoir fait tourner cette mission à mon profit. Je la remplis en murmurant; mais j'eus soin, en prenant et comptant le trésor, de me faire assister par tous les officiers que je pus réunir. Les sommes trouvées furent donc remises avec une grande régularité. Plus tard, le général Bonaparte m'a reproché de n'avoir pas gardé cet argent pour moi, ainsi que dans une autre circonstance dont je ferai le récit, et qu'il avait saisie, me dit-il, pour m" enrichir. » (I, \ 80-1 81 .) Le général Bonaparte aurait donc manqué luimême de celte fleur de délicatesse qui distinguait

Page 1