‹ Réfutation des Mémoires du maréchal Marmont, duc de RaguseChapitre 32 sur 189 · LIVRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME

mince incident pour que Marmont ait pu s* écrier que les destinées de la France , de l'Europe et du monde avaient failli être changées en un clin d'œil avec celles du futur dominateur des rois et des peuples 9 dans un coin de rue d'un obscur village de ritalie, et que cet événement eût été Voui>rage d'autres petits corps (Vune triS'^tnauvaise armée d*un trhs'-petit souverain ^ ce qui attestait la puissance ca* chée du destin à laquelle les anciens avaient bien rai^ son d'élever des temples.

Cette exclamation ) tant soit peu païenne , et qui passe effi:ontément devant la sagesse providentielle pour aller chercher et honorer Taveuglè destin sur les ruines de ses autels et de ses temples } cette excla^ mation trahit à la fois les blessures profondes d'une âme superbe et sa persistance impie à réduire les grandeurs de l'histoire , dans l'individu ^ dans la nation 9 dans l'humanité) aux plus mesquines proportions. Il semble que le maréchal Marmont s'est flatté d'atténuer la gravité de l'événement dont le souvenir lui pèse) et de s'assurer au moins l'indifférence de la postérité à défaut d'une réhabilitation difficile ^ en subordonnant tous les événements ^ les succès et les reverS) k conquête et la perte de la renommée^ l'élévation et la chute des personnages historiques) à de petits incidents) simplesjeux de la fatalité. Partout il voit les caprices du hasard dominer les combinaisons du génie, et en croyant affaiblir ainsi l'admiration du

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monde pour rhomme dont l'apothéose lui rappelle sa propre flétrissure, il arrive à exagérer sans le vouloir la puissance et la gloire de cet homme , jusqu'à faire de lui Yhomme nécessaire^ le seul agent possible de la Providence dans raffermissement et la propagation de la révolution française , et dont la disparition accidentelle aurait pu arrêter tout à coup le mouvement de cette révolution et maintenir indéfiniment l'ancien régime européen.

Les hommes , pour si grands qu'ils soient j. qu'ils s'appellent César ou Napoléon , n'ont jamais cette importance absolue, ce caractère de nécessité sociale attaché exclusivement à leur existence personnelle. La puissance de leur intervention dans les affaires humaines leur vient, avant tout, de l'idée qu'ils représentent, ensuite du génie qui leur en révèle la grandeur, leur donne le désir et le pouvoir de la rendre féconde pour leur pays et utile au progrès des nations. Le génie peut périr avant l'heure, mais ridée qui le précéda , qui lui communiqua sa force et son prestige, qui lui ouvrit les portes de l'immortalité, l'idée lui survit dans la société, où elle avait germé avant l'apparition du grand homme, où elle continue son développement après que le grand homme a disparu, et où l'attend son verbe nouveau. En tranchant par un assassinat la destinée de César, Brutus ne fit pas revivre l'ancien régime romain ; en accélérant par une trahison la chute de Napo-

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