‹ Réfutation des Mémoires du maréchal Marmont, duc de RaguseChapitre 33 sur 189 · LIVRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME

léon , Marmont ne rendit pas le vrai souffle de vie à Tancien régime français , dont il ne facilita y au contraire , la résurrection d'un moment , que pour le voir tuer une seconde fois dans ses bras mêmes, sous la protection impuissante de son épée.

La fin prématurée d'un conquérant, surtout d'un conquérant législateur, a dû modifier sans doute essentiellement les événements secondaires , priver l'histoire de brillants épisodes , ajourner des institutions utiles , amener des oscillations et des retardements dans la marche de l'esprit humain., mais sans altérer jamais la loi suprême qui pousse le monde en avant, et sans compromettre l'application plus ou moins lointaine et le triomphe définitif des principes qui en découlent.

La suprématie impérissable des idées n'enlève rien , du reste , au mérite et à la gloire des hommes ; elle reflète au contraire sur eux l'éclat d'immortalité qu'elles tiennent de leur divine origine.

Le duc de Raguse en veut d'ailleurs à toutes les grandeurs, à celle des idées comme à celle des hommes, et il n'oublie pas davantage celle des évériements.L' opinion publique l'a si cruellement frappé, qu'il saiâît avec empressement l'occasion d'accuser cette souveraine d'avoir manqué d'équité ou de lumières, et de s'être abandonnée stupidement à l'admiration et à l'enthousiasme pour des héroïsmes factices et des exploits imaginaires. Cette malheu-

reuse tendance à affaiblir Tautorité de la renommée y à mettre en suspicion les acclamations popu* laires et à faire rentrer dans le domaine des illusions ce que l'histoire ou la tradition ont consacré comme des réalités merveilleuses , a poussé Taide de camp du général Bonaparte jusqu'à le faire entreprendre de tourner en dérision et d'effacer d'un trait de sa plume sceptique l'un des plus beaux souvenirs des campagnes d'Italie , un de ces faits dont les arts ont perpétué le retentissement et le lustre sous l'inspiration de la reconnaissance nationale et de l'admiration universelle. Arrière les peintres et les poètes, aussi bien que les historiens 1 Ils furent tous , ainsi que les premiers pouvoirs de la République , dupes d'une fable venue du quartier général, quand ils célébrèrent le drapeau d'Arcole. « Les deux conseils, dit M. Thiers, en déclarant, suivant l'usage, que l'armée d'Italie avait bien mérité de la patrie , décidèrent de plus que les drapeaux que les deux généraux Bonaparte et Augereau avaient portés sur le pont d'Arcole leur seraient donnés pour être conservés dans leurs familles : belle et noble récompense, digne d'un âge héroïque 1 » (Histoire de la Révolution française ^ NUI ^ 473.) Eh bien! voici ce que l'aide de camp du général en chef de l'armée d'Italie fait de cet acte de bravoure, immortalisé par une récompense digne des temps héroïques ! « La division Augereau, dit Marmont, arrêtée

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