LIVRE DEUXlIilME
dans son mouvement , battit en retraite ; Âugereau , pour Texciter, avait pris un drapeau et marché quelques pas sur la digue, mais sans être suivi. Telle est l'histoire de ce drapeau dont on a tant parlé et avec lequel on suppose qu'il a franchi le pont d'Ârcole en culbutant l'ennemi : tout s'est réduit à une simple démonstration sans aucun résultat, et voilà comment on écrit l'histoire! » (I, 256.)
Marmont ne respecte pas plus le trophée de Bonaparte que celui d' Augereau. C'est toujours le même dédain , la même ironie , le même désir d'atténuer l'importance d'une grande journée et de rendre ridicule le bruit que les chefs de la République et l'histoire en ont fait. « Le général Bonaparte , dit-il , instruit de cet échec , se porta à cette division avec son état-major, et vint renouveler la tentative d' Augereau, en se plaçant à la tête de la colonne pour l'encourager: il saisit aussi un drapeau, et, cette fois, la colonne s'ébranla à sa suite; arrivés à deux cents pas du pont, nous allions probablement le franchir, malgré le feu meurtrier de l'ennemi, lors^ qu'un officier d'infanterie, saisissant le général en chef par le corps , lui dit : <c Mon général , vous allez » vous faire tuer , et , si vous êtes tué , nous sommes » perdus; vous n'irez pas plus loin, cette place-ci » n'est pas la vôtre* » J'étais en avant du général Bonaparte , ayant à ma droite un de mes camarades , autre aide de camp du général Bonaparte , offi-
cier Irès-distingué , venant d'arriver à l'armée : son nom de Muiron a été donné à la frégate sur laquelle Bonaparte est revenu d'Egypte; je me retournais pour voir si j'étais suivi , lorsque j'aperçus le général Bonaparte dans les bras de l'officier dont j'ai parlé plus haut, et je le crus blessé : en un moment, un groupe stationnaire fut formé. Quand la tête d'une colonne est si près de l'ennemi et ne marche pas en avant , elle recule bientôt : il faut absolument qu'elle soit en mouvement; aussi rétrograda-t-elle , se jeta sur le revers de la digue pour être garantie du feu de l'ennemi, et se replia en désordre. Ce désordre fut tel, que le général Bonaparte, culbuté, tomba au pied extérieur de la digue , dans un canal plein d'eau, canal creusé anciennement pour fournir les terres nécessaires à la construction de la digue, mais très-étroit. Louis-Bonaparte et moi nous retirâmes le général en chef de cette situation périlleuse; un aide de camp du général Dammartin, nommé Fort de Gières , lui ayant donné son cheval , le général en chef retourna à Ronco pour changer d'habits et se sécher : voilà encore Vhistoire de cet autre drapeau que les gravures ont représenté porté par Bonaparte sur le pont d'Arcole. Cette charge, simple échauflfourée , n'aboutit à rien autre chose. C'est la seule fois, pendant la campagne d'Italie, que j'aie vu le général Bonaparte exposé à un véritable et grand danger personnel. Muiron disparut