‹ Réfutation des Mémoires du maréchal Marmont, duc de RaguseChapitre 38 sur 189 · LIVRE DRUXIËIIR · texte numérisé non relu

LIVRE DRUXIËIIR

nation en même temps qu'il s'élève lui-même et qui laisse au terme de sa carrière un nom chaque jour plus vénéré y a dû certainement chercher la satisfaction de son amour de la gloire et du pouvoir en dehors du cercle étroit de la personnalité. Le culte rendu à sa mémoire, et s'étendant de plus en plus parmi les nations lointaines et les générations nouvelles , atteste que les œuvres de sa vie présentaient un côté désintéressé, que la tâche à laquelle il se consacra avait un caractère social, et que sa fibre répondait à la fibre des peuples.

Cette pensée d'ordre général avait dicté la conduite politique de Bonaparte sous la Convention; elle le domina également sous le Directoire. Il fut au 1 8 fructidor ce qu'il avait été au 1 3 vendémiaire, le premier soldat de la révolution, qui était pour lui, comme pour l'illustre fille de Necker, l'une des plus grandes époques du progrès social. La représentation collective et légale de la souveraineté nationale ayant été livrée aux partisans de l'ancien régime par le suffrage universel , Bonaparte s'empressa d'intervenir avec son épée victorieuse pour conjurer la contre-révolution parlementaire qui liait ses trames à celles de l'émigration et de la coalition. Il envoya son aide de camp Laval ette à Paris avec la mission de promettre son appui à la portion du Directoire qui conservait davantage les couleurs de la révolution. (I, 285.)

a Napoléon y disent les Mémoires de Sainle-Hélhne ^ se décida à soutenir le Directoire , et , à cet effet , il envoya le général Augereau à Paris ; mais si , contre son attente, les conjurés l'eussent emporté, tout était disposé pour qu'il ût son entrée à Lyon , à la tâte de 15,000 hommes, cinq jours après qu'il aurait appris leur victoire , et de là , marchant sur Paris et ralliant tous les républicains, tous les intérêts de la révolution, il eût, comme César, passé le Rubicon à la tête du parti populaire* m {Mém. de Napoléon j II, 309, 310.)

St ce n'était pas, comme le prétend le duc de Raguse , parce que sa doctrine constante aurait été de soutenir le gouvernement jusqu'au moment où il pour^ rait le renverser à son profit j que Bonaparte prit cette résolution. (/6.) Les confidences publiées par Marmont sur le 9 thermidor, et peu favorables iaux vainqueurs de cette journée, prouvent le contraire, La préoccupation vraiment persévérante de Bona* parte était pour le triomphe et l'établissement défi-* nitif de l'ordre nouveau , créé en 1 789 , sous la forme qu'indiqueraient et comporteraient les circonstances. De ce qu'il exhuma plus tard la monarchie, dont il fit même une autocratie, il ne s'ensuit nullement qu'il eût toujours manqué de conviction et qu'il n'eût été qu'un démocrate hypocrite dans ses démonstrations républicaines. J'ai déjà expliqué ma pensée à cet égard. Mais personne n'a mieux dé-

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menti le maréchal Mannont sur le prétendu Bcep-> ticisme de Napoléon que Taide de camp du général Bonaparte. Il est trè^-vrai que Marmont, qui ne croyait à peu près à rien, prêtait à son général des sentiments analogues aux siens, et qu^il prenait pour des lieux communs obligés les hommages journaliers que le conquérant de l'Italie rendait avec solennité , dans ses discours et ses proclama* tions, à la liberté et à l'égalité. Mais, dans une circonstance remarquable, le général Bonaparte donna devant Marmont, qui va les rapporter luimême, des preuves d'une sympathie sincère et vive pour l'affranchissement et la régénération des peuples.

Le vainqueur d'Italie venait de signer le traité de Gampo-Formio. Venise regrettait d'avoir cru trop facilement aux promesses libérales de la République française, et elle se plaignait d'avoir été abandonnée aux vengeances de l'Autriche. Venise avait raison. Mais Bonaparte rejetait la responsabilité de cet aban*' don sur le Directoire, qui avait trop ajourné l'envoi des renforts que le général en chef de l'armée d'Ita* lie réclamait en vain depuis longtemps , et qui avait ainsi enlevé au glorieux négociateur la puissance d'intimidation dont il avait besoin pour stipuler de meilleures conditions. L'armée du Rhin n'avait pas non plus prêté à temps le concours que Bonaparte n'avait cessé de solliciter, et elle venait de passer

SOUS le commandement d' Augereau , dont l'incapacité comme général en chef n'était pas douteuse. Bonaparte répondait aux plaintes légitimes des Yé* nitiens par l'exigence des nécessités qui avaient pesé sur lui. L'affranchissement de llialiej disait-il , ne pouvait pas être l'ouvrage (Tun jour; l'avenir poU" vait beaucoup y et il fallait s'en reposer sur lui, se résigner auœ circonstances et attendre. (I, 303.) D'un autre côté, il déplorait amèrement l'influence déplorable que les hésitations, les lenteurs et les mesures inintelligentes du Directoire avaient exer^ cée sur la conduite de la guerre et des négociations. « Nous aurions fait de grandes et belles choses, dit-il ; mais dans d'autres circonstances nous nous dédommagerons. » (I, 301.)

La perspective d'un meilleur avenir ne sufiisait pas aux Vénitiens, retombés inopinément sous le joug de l'Autriche. Ils voulurent faire exposer directement leurs griefs au Directoire par une députation, et empêcher, s'il était possible, la ratification du traité cx)nclu par le général Bonaparte.

(c Cette démarche, dit Marmont, si elle eût réussi, était la perte de Bonaparte, le tombeau de sa gloire; il aurait été dénoncé à la France, à l'Europe, comme ayant outre-passé ses pouvoirs, comme ayant, par corruption , abandonné lâchement un peuple appelé à la liberté. Et quel beau texte de déclamation! Flétri , déshonoré , il disparaissait pour jamais du

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