‹ Réfutation des Mémoires du maréchal Marmont, duc de RaguseChapitre 4 sur 189 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

ses meilleurs camarades, Daroc, lui en eût montré le chemin. Il aurait volontiers, dans l'occasion, tenté de sauver le roi , dût la mort en être le prix; il enviait sincèrement le bonheur d'un jeune homme qui avait pu couvrir de son corps l'infortuné monarque dans les saturnales du 20 juin.'(I , S5 et 26.) Mais , tout en gardant religieusement ces généreuses dispositions , il ne voulait pas manquer sa carrière , compromettre son avenir; et la royauté, précipitée du trône , n'avait plus que d'affreuses perspectives devant elle. C'était la terreur qui régnait , qui exerçait toutes les prérogatives de la couronne, qui distribuait les grâces , accordait les emplois , conférait les grades , en même temps qu'elle peuplait les prisons et présidait aux supplices : Marmont se mit au service de la terreur, au moment même où l'horrible souveraine épouvantait le monde par les apprêts de l'échafaud de Louis X>il. Dans les premiers jours de novembre 1792 *, il rejoignit à Metz le 1*' régiment d'artillerie. (I, 29.) •

* Des milliers de volontaires accouraient alors de tontes parts sous les drapeaux de la patrie en danger, et certes leur patriotisme ne fut point entaché pai'ce que leur eni'ôlement remontait à des jours de deuil et fut contemporain de sanglants éyénements. La gloire de l'armée est restée pure et intacte. Mais le jeune AlarmontyTolontaire de 92, et qui fit bravement son devoir sous les couleura de la république , n'éprouvait pas certainement les vifs sentiments royalistes quHl s'est attribués plus tard dans ses Mémoires, sous le règne des Bourbons.

Envoyé plus tard en Dauphiné , et de là en Pro* vence ^ Marmont eut bientôt à mettre son royalisme constitutionnel à une rude épreuve. Ce n'était plus seulement l'étranger qu'il allait avoir en face^ comme sur les Alpes , mais des compatriotes et des coreligionnaires politiques, des royalistes et des libéraux , réunis sous le drapeau de l'insurrection fédéraliste 9 et rejetés dans Toulon , qu'ils livrèrent aux Anglais. A la manière dont il parle de ce grand fait historique, il est aisé de s'apercevoir que l'élève de Chàlons n'était pas tout à fait affranchi des influences qui lui avaient donné un an auparavant la velléité d'émigrer, et qu'il devait ressentir un violent contre^coup, dans sa conscience, à chaque décharge dirigée sur des insurgés qu'il était beau^ coup plus enclin à plaindre et à excuser qu'à flétrir et à maudire.

« Les habitants de Toulon, dans leur détresse, dit-il , ne virent de salut qu'en se jetant dans les bras des étrangers, et ils leur ouvrirent leurs portes le 27 août, le jour même où Carteaux entrait à Marseille. » (I, 35.) Ainsi le fédéralisme, battu et humilié , tenta de se relever de sa défaite par un crime envers la patrie; il n^attetidit même pas d'être investi, assiégé, pressé, poussé à bout, pour le concevoir et l^accomplir, pour introduire

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