‹ Réfutation des Mémoires du maréchal Marmont, duc de RaguseChapitre 43 sur 189 · LIVRE TROISIKIIE · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIKIIE

pressentait bien que cet homme , si jeune, ne pouvait plus se contenter d'un rôle secondaire et d*Une vie obscure... Aussi beaucoup de bons esprits pensèrent-ils , dès ce moment, à favoriser l'ambition de Bonaparte; lui, jugeait plus sagement le temps présent et l'avenir ; il savait bien que le pouvoir suprême devait être son partage , mais il sentait aussi que le moment n'en était pas arrivé. Si, aux yeux des hommes éclairés, on devait tout redouter d'un gouvernement faible, mal pondéré et composé d'hommes corrompus , il n'y avait pas cependant assez de maux présents pour justifier, aux yeux de la multitude, une action dont l'objet aurait été de s'emparer violemment de l'autorité , . • . •

La grande entreprise de s'emparer du

pouvoir doit, pour réussir, être provoquée par l'opinion publique , et , en quelque sorte , préalablement justifiée par l'assentiment universel ; il faut que le besoin d'un changement soit généralement senti, et le général Bonaparte savait surtout cela mieux que personne. » (1 , 310, 311 .)

Mais cette intelligence parfaite de la situation ne portait pas le général victorieux à temporiser, dans le seul intérêt de son ambition , comme le duc de Raguse le dit ou l'insinue incessamment. La soif du pouvoir, quand elle n'est pas soutenue par une passion plus noble, est moins intelligente et moins patiente. L'ambitieux égoïste est pressé de jouir;

rhomme qui aspire à la puissance j avec le désir et le pressentiment d'une grande mission sociale , attend , pour saisir l'autorité souveraine , que Télan du pays et le cri du peuple l'aient mis en demeure de se constituer le mandataire suprême de la volonté nationale. « Si l'ambition edt été le guide de sa vie, disent les Mémoires de Sainte-Hélhne , il n'eût point hésité : ce qu'il a fait au 1 8 brumaire , il l'eût fait au 18 fructidor; mais alors, comme toujours, l'indépendance, la puissance et le bonheur de la France étaient sa première pensée. » {Mémoires de Napoléon, II, 309.)

Le général Bonaparte reconnut donc que l'enthousiasme universel dont il était l'objet n'impliquait pas la condamnation définitive du gouvernement directorial, et l'appel à un nouveau changement dans les formes constitutionnelles de la puissance executive. Tant que la révolution, après avoir triomphé des coalitions monarchiques et porté au loin le respect des armes, le nom et l'ascendant de la France, demeurerait hors de danger et ferait régner la paix et Tordre à côté de la liberté sous la protection du régime républicain, le héros qu'elle était fière d'avoir produit ne tenterait rien contre des institutions qu'elle serait justement jalouse de conserver, et qui suffiraient à sa sûreté et à son développement. Bonaparte repoussa sans hésiter toutes les propositions qui lui furent faites de ren-

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