LIVRE TROISIÈME
verser le Directoire et de s'établir lui-même sur ses ruines. Peu de temps après, « il consentit, disent les Mémoires de Sainte-Hélène, à recevoir le commandement de l'armée d'Angleterre, pour en im* poser à l'Europe , et couvrir Vinteniion et les apprêts de reœpédiiion d'Egypte. » (Mémoires de Napoléon ^ 11,370.)
Pour atteindre le but que l'on s'était proposé en lui déférant ce commandement , Bonaparte dut faire des démonstrations capables de faire croire à l'existence d'un projet sérieux et immédiat de descente en Angleterre, Il inspecta les côtes de Normandie, de Picardie et de Belgique , fit naître l'inquiétude à Londres, et masqua ainsi davantage les préparatifs hâtés dans le Midi pour la guerre d'Orient.
Marmont a mentionné ce projet, et il en parle comme s'il avait été trompé le premier en cette circonstRnce par les fausses confidences de son général. Pour lui, c'était bien contre l'Angleterre que Bonaparte, dont l'inspection comme le commandement n'auraient rien eu de simulé, dirigeait réellement ses vues. « Le général en chef, dit-il , voulut avoir des renseignements circonstanciés sur les moyens défensifs des Anglais , sur diverses localités, ces renseignements enfin qu'un général habile sait toujours se procurer avant d'agir, renseignements nécessaires pour arrêter ses projets. Il lui vint une étrange idée pour se les procurer. Un
M. Gallois 9 homme recommandable et distingué, avait une mission en Angleterre pour rechange des prisonniers. Au moment de partir, il était venu avec M. de Talleyrand chez le général Bonaparte, rue de la Victoire. Tout à coup la porte du cabinet s'ouvre, le général Bonaparte m'appelle, et je me trouve, moi quatrième, dans ce cabinet, et il me dit : « Marmont , M. Gallois part pour l'Angleterre avec la mission de traiter de l'échange des prisonniers ; vous l'accompagnerez ; vous laisserez ici votre uniforme; vous passerez pour son secrétaire, et vous vous procurerez telle et telle nature de ren- ' seignements , vous ferez telles observations, » etc. Et il me détailla mes instructions. Je l'écoutai sans l'interrompre ; mais quand il eut fini , je lui répondis : « Je vous déclare, mon général, que je n'irai pas.
— Comment, vous n'irez pas? me dit-il.
— Non, mon général, poursuivis-je; tous me donnez là une mission d'espion , et elle n'est ni dans mes devoirs ni dans mes goûts. M. Gallois remplit une mission d'espionnage convenue , la mienne est hors des conventions reçues. Mon, départ avec lui sera connu de tout Paris , et l'on saura en Angleterre que son prétendu secrétaire est un des principaux officiers de votre état-major, votre aide de camp de confiance. Hors du droit des gens, on m'arrêtera, et je serai pendu ou renvoyé honteusement. Ma vie comme soldat vous appartient, mais c'est en