LIVRE QUATRIÈME
lanl pas risquer une vie si précieuse dans une occasion où son général de brigade pouvait le remplacer. » (Mémoires de Napoléon, IV, 1 46 , 1 47.)
Le général Bonaparte, revenu en Egypte, n'est plus , dans les Mémoires du duc de Ragusej le même homme qu'il peignait naguère si résigné en apprenant le désastre d'Âboukir, et si résolu à la fondation d'un empire français en Orient. L'ambitieux, préoccupé uniquement de sa future élévation en France , et avide de nouvelles sur la situation de ce pays et celle de son gouvernement, dont il s'est promis l'héritage , est remis en scène. La guerre venait de recommencer en Europe. « On comprend, dit Marmont, quelle importance il y avait pour le général Bonaparte à ne pas laisser grandir de nouvelles réputations ; son intérêt personnel voulait donc qu'il fût informé de la situation des affaires de l'Europe. » (11,30.)
Ainsi, la pensée constante , exclusive du général Bonaparte , telle que Marmont la retrace , se réduisait à ces deux termes : grandir soi-même en Orient, et ne pas laisser grandir les autres en Europe. Ce double résultat était assez difficile à poursuivre à pareille distance. Marmont s'efforce néanmoins de prouver que Bonaparte. n'en cherchait pas d'autre.
A Tentendre, le chef de l'expédition d'Egypte était si bien parti pour TOrient dans l'intention et avec l'espoir d'y accroître seulement sa renommée, tandis que son absence momentanée mettrait aux abois la République et le Directoire, qu'il a découvert toutes les perspectives de son immense et profond égolsme devant Marmont lui-même , en lui communiquant son projet de retour en France. « Moi absent, aurait-il dit ^ t&ut devait crouler. N'attendons pas que la destruction soit complète : le mal serait sans remède^ La traversée pour retourner en France est chanceuse , difficile , hasardeuse ; mais elle Test moins que ne l'était notre navigation en venant ici, et la fortune ) qui m'a soutenu jusqu'à présent, ne m'abandonnera pas en ce moment. Au surplus , il faut savoir oser à propos : qui ne se soumet à aucun risque, n'a aucune chance de gain. » (II ^ 32 ^ 33.)
Tout devait crouler en son absence! Bonaparte le savait , et ses prévisions n'avaient pas empêché son départi Non, a pensé Marmont, parce que Bona*parte faisait entrer l'écroulement universel qu'il pressentait dans les combinaisons mêmes de son prévoyant égoïsme, et qu'en s'éloignant, comme en retournant, il obéissait à son intérêt personnel, chargé de peser souverainement les chances de perte et les cliances de gain.
Qu'est donc devenu le héros qui , sous la tente même de Marmont, et à la nouvelle de la grande