‹ Réfutation des Mémoires du maréchal Marmont, duc de RaguseChapitre 61 sur 189 · LIVRE QUATRIÈHfi · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈHfi

les résultats les plus favorables sont la conséquence

nécessaire d'événements qui d'abord le contrarient, et paraissent l'éloigner de ses vues? N'offre-t-il pas le spectacle d'un homme soumis à une puissance ir-« résistible, conduit par la main en aveugle j dam une rouie meilleure que celle qti'il a d'abord choisie^ et forcé ainsi d'atteindre plus tôt le bul^ l'objet de ses vœuao?

V Je l'ai déjà montré sous cet aspect quand on lui retira le commandement de l'artillerie à la première armée d'Italie : les circonstances de sa traversée vont reproduire le même spectacle. Je le répète, jamais homme ne fut autant autorisé à se croire l'agent spécial d'un pouvoir supérieur et irrésistible, et il le crut efifectivement; c'est d'ailleurs une chose assez flatteuse pour l'amour -propre que de se con-^ sidérer comme une exception aux lois qui régissent l'univers.» (II, 41, 42.)

Sans doute , Napoléon était protégé par la main invisible de la Providence , et il se trouvait flatté d'avoir obtenu cette protection ; mais il n'était pas conduit en aveugle par cette sublime et sage pa* tronne, dont il sentait les inspirations et s'apprO' priait les vues. La Providence n'élève extraordU nairement au-dessus de leurs semblables (\m lt>«i hommes qui ont déjà reçu d'elle une part oxUuvidinaire en génie ou en vertu, et qu'elle nikU «u pables d'employer grandement l'appui uiyMir^ium^

154 RÉFLTATION DES MÉIfOIltES m DUC DE RAGUSE.

qu'elle leur prête , pour les faire marcher au but qu'elle veut atteindre , et dont elle ne révèle que graduellement le secret. Ce n'est pas là une excep* tion aux lois qui régissent l'univers , c'est au contraire l'application de la loi suprême suivant laquelle Dieu donne aux hommes des facultés et des aspirations diverses , et fait du génie son agent intelligent , toujours marqué du signe qui doit empocher de le confondre avec les instruments aveugles du hasard «

Mais tous les efforts du duc de Raguse, alors même que lô mot de Providence lui échappe , tendent à faire descendre Napoléon au niveau d'un aveugle serviteur et d'un simple favori du destin. Il a conçu et arrangé ses Mémoires pour la consolation de son amour^propre , blessé de la trop grande supériorité du héros. La vanité impuissante et déçue se soulage à croire que le sort a beaucoup plus fait que le mérite pour l'élévation de ceux qu'elle envie.

A peine débarqué à Fréjus, le génial Bonaparte put se convaincre qu'il avait bien jugé de loin de l'état des affaires publiques^ et qu'il n'avait pas trop présumé de la disposition des esprits à son égard. « Une espèce d'orateur de club, à figure commune mais expressive , dit Marmont , vint lui faire son compliment , et lui parla avec une sorte d'autorité. Il termina sa harangue ainsi : « Allez ,

Page 1