LIVRE CftlATRlfiaiE
général , allez battre et chasser l'ennemi , et ensuite nous vous ferons roi si vous le voulez. » (II , 51 -)
Bonaparte eut en effet Tidée de se rendre inimé^ diatement en Italie; mais, après réflexion, il pré* fera partir pour Paris, où il pouvait mieux que partout ailleurs sonder les plaies de la République et préparer le moyen de les fermer. « Je n'essayerai pas j dit Marmont , de peindre les transports de joie de toute la France. Cette étincelle, partie de Fréjus, s'était communiquée au pays tout, entier; partout on voyait dans Bonaparte le gage de la victoire et du salut public... J'en appelle à ceux de cette époque qui vivent encore ; ils trouveront ce récit bien faible. Jamais mouvement d'opinion ne s'opéra avec plus d'énergie en faveur d'un homme, et ne provoqua et ne justifia davantage son ambition. » (11,52,53.)
Personne à coup sûr ne s'avisera de contredire ce témoignage. Les derniers représentants du dixhuitième siècle, en remontant à leurs premiers souvenirs, n'y trouveront que la sanction ineffaçable de tout ce que Marmont, momentanément oublieux du soin de ses tristes vengeances , a pu dire de l'enthousiasme universel qui éclata sur les pas de Bonaparte à la nouvelle de son retour d'Egypte. Près de soixante ans se sont écoulés depuis cette espèce de résurrection du vainqueur d'Italie, et les impressions reçues alors, gravées dans l'imagination et la
mémoire des enfants , perpétuées ensuite dans Tâge mûr par de nouveaux prodiges j aident encore aujourd'hui y sur le seuil de la vieillesse , les hommes qui sont restés attentifs au grand drame de ce demisiècle, à s'expliquer bien des choses dont la compréhension a échappé quelquefois à de hautes intelligences et à de grands esprits.