‹ Réfutation des Mémoires du maréchal Marmont, duc de RaguseChapitre 64 sur 189 · LIVRE GINQUIKUE · texte numérisé non relu

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de ménager les susceptibilités républicaines. La cour ronne, en ce moment, n'aurait pu être prise que par un Monk , et pour être rendue aussitôt a l'héritier des anciens rois ; et cette réapparition de la couronne en de telles circonstances aurait entraîné une contre-révolution complète. Or la contre-révolution n'était pas plus dans les possibilités dii temps que dans la pensée de Bonaparte. Les souvenirs de 93 avaient pu obscurcir mais non efiEsicer les prin<cipes de 89. Si la France eût été royaliste, c'est Pichegru ou Moreau qu'elle eût entouré de ses sympathies et de ses acclamations. En courant aurdevant de Bonaparte, en le proclamant le sauveur du pays, en s'abandonnant à lui avec enthousiasme, elle manifestait son attachement impérissable à la révolution ; car la révolution , menacée incessamment par les conspirations, les insurrections et les coalitions aK)narchique6, en même temps qu'elle était déchirée par d'impuissantes factions démocratiques, la révolution ayant chance de vivre et de grandir par la gloire, par Tordre, par la modération, par la justice, cette révolution avait alors pour premier représentant le général Bonaparte.

Mais la révolution avait une représentation officielle dans les conseils et dans le Directoire. Il fallait l'écarter, pour revêtir du caractère légal et du prestige constitutionnel le vrai représentant des vœux et des'besoins de la France» Avant de recourir

à la force , Bonaparte essaya d'amener à ses vues la majorité des directeurs et des députés. Sieyès et Roger-Ducos consentirent sans hésiter à s'entendre avec lui. Barras voulut se tenir à l'écart. On lui fit demander sa démission; il envoya son secrétaire, Botot, pour négocier et discuter. On sait l'accueil que lui fit Bonaparte : « Que sont devenus j s'écria le conquérant de l'Italie , les cent mille hommes compagnons de mes travaux ? ils sont morts j ils ont tous péri misérablement ! Ceux qui ont été les artisans de pareils désastres ne peuvent plus mêler leurs noms aux affaires publiques : ils doivent vivre dans la retraite et dans l'oubli. » (II, 95, 96.)

Marmont rappelle cette vive apostrophe et y applaudit. Mais l'admiration longtemps soutenue lui pèse ; et quand la force des choses semble l'avoir rendu franchement approbateur, la passion ramène aussitôt le détracteur, impatient de reprendre sa tâche et de distiller son venin.

« Certes , dit-il , ce discours , si convenable alors , ces reproches si justes et si mérités, auraient pu être adressés à Bonaparte, lorsque, quinze ans plus tard, il assistait aux funérailles de l'Empire. Ce n'était plus la perte de quelques cent mille hommes qu'il fallait lui reprocher, c'était celle de millions d'hommes sacrifiés volontairement; ce n'était plus l'humiliation de l'État, c'était sa destruction; ce n'étaient plus des malheurs partiels, résultats de

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