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faussés mesures et d'impéritie, qu*il fallait déplorer: c'étaient des malheurs accumulés sans mesure par une suite non interrompue d'entreprises folles. Mais n'anticipons pas.,. Aujourd'hui j'ai à parler d'une gloire pure , éclatante , d'un génie brillant de jeunesse, alors l'espérance et l'honneur de la patrie; c'est le grand homme qui m'occupe aujourd'hui : l'homme déchu aura son tour. » (II, 96.)
Combien la préoccupation constante, exclusive, de Marmont, se trahit ici 1 A chaque phase de l'histoire où il a rempli un rôle plus ou moins important, dans ses récits sur les campagnes d'Italie et d'Egypte, lorsqu'il raconte les préparatifs et les détails du coup d'État de brumaire, il est tourmenté par une même pensée , sous la pression d'un même sentiment : le besoin d'alléger le poids du souvenir qui domine en lui tous les autres. Quand sa plume est à Milan , au Caire ou à Saint-Cloud , son esprit est toujours à Essonne.
Quel empressement à parler des funérailles de l'Empire au moment de saluer avec transport le lever du Consulat! Quelle place l'histoire lui a-t-elle donc réservée dans ces funérailles ! l'insensé ! l'abîme l'appelle... Mais n'anticipons pas non plus : c'est le Consul prêt à surgir du sein de l'admiration universelle et assuré d'avance de la soumission adulatrice de son entourage , qui nous occupe en ce moment; l'Empereur trahi aura son tour.
La démission de Barras obtenue, le Directoire n'existait plus. Bonaparte se rendit avec son étatmajor à Saint-Cloud , où siégeaient les conseils , en vertu d'un décret des Anciens qui lui conférait en même temps le commandement militaire. Il parut à la barre de cette assemblée pour la remercier, a-fr-il dit j de la dictature dont elle venait de l'investir. Ayant rencontré là des résistances auxquelles il ne s'attendait pas, et se trouvant jeté dans une lutte qui ne ressemblait en rien à celles qu'il avait tra* versées avec tant de gloire, il est certain qu'il éprouva une émotion toute nouvelle pour lui et qui le fit hésiter un instant. Mais il se maintint ferme toutefois à la barre , et il y reprit assez vite sa confiance ordinaire pour répondre vivement à Lenglet, qui invoquait la constitution : a La constitution! vous l'avez violée au 1 8 fructidor, au 22 floréal , au 30 prairial. La constitution! elle est invoquée par
toutes les factions, et elle a été violée par toutes
et aujourd'hui encore, c'est en son nom que Ton conspire. S'il faut s'expliquer tout à fait, s^l faut nommer les hommes, je les nommerai. Je dirai que les directeurs Barras et Moulins m'ont proposé de me mettre à la tête d'un parti tendant à renver*' ser tous les hommes à idées libérales. » Ces paroles provoquèrent un violent tumulte , à la suite duquel
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le général quitta rassemblée pour se rendre au conseil des Cinq -Cents 9 où l'attendait une opposition plus menaçante. A son apparition dans la salle , les cris X Aha^U dictateur! hors la loi le dictateur! se firent entendre de tout côté. « Si on eût rendu surle«champ le décret de mise hors la loi^ dit Matmont, Dieu sait ce qui serait arrivé , tant les moyens légaux sont puissants y tant leur force estvmagique ; mais les conseils furent surpris. » (II, 98.)
Ne dirait -on pas que Marmont, qui se vante d'avoir pris une part active à la préparation et au succès de cette journée , regrettait qu'elle eût réussi au moment où il la rappelait et l'appréciait dans ses Mémoires?, Si la' puissance des moyens légaux et leur force magique l'eussent emporté, la destinée de Bonaparte n' eût-elle pas été , en effet , accomplie à l'instant même, et la voix de l'empereur Napoléon, qui a fait retentir pendant près de quarante ans à l'oreille du duc de Raguse le mot terrible sorti des hontes de 1814, n'aurait-elle pas été étouffée d'avance sous les voûtes de Saint-Cloud ?
Mais la légalité n'est protégée par le prestige , que
Marmont lui reconnaît à bon droit, et dont elle a
été si justement revêtue pour le maintien et l'invio^
labilité de l'ordte social, qu'autant qu'elle est en
parfaite concordance avec les vœux et les besoins
du pays , et qu'elle exprime l'opinion publique et la
volotité nationale.
La légalité , personnifiée dans le Directoire et les conseils y avait-elle, au 18 brumaire de l'an viii, ce caractère inviolable? Marmont, écho de tout le monde y a constaté le contraire, (c Les représentants dispersés , faisant les trois qij^rts des conseils ^ n'imaginèrent pas de se réunir ailleurs : il n'y avait en eux ni courage ni grandeur. Peut-être même avaientils le sentiment intime des besoins publics, et partageaient-ils instinctivement le vœu d'un changement si fortement exprimé partout. D'ailleurs, une s^ssemblée cesse d'être quelque chose, quand l'opinion publique , base de sa puissance , ne la soutient plus; on peut alors en disperser les membres, çt détruire ainsi le peu de prestige. qui lui reste. (11,99,100.)
Pourquoi donc s'écrier : « Qui sait ce qui serait arrivé^ si le décret de mise hors la loi eût été rendu? » Ce décret n'eût rien changé à l'état réel des esprits , aux besoins publics , au vœu général , à tout ce qui faisait de Bonaparte le véritable représentant de la nation. Et c'est bien parce que cette mesure extrême, si vivement proposée, n'ajoutait rien aux moyens de défense de l'Assemblée et restait avec le caractère d'une vaine démonstration de vigueur dans un corps mourant, qu'elle ne fut pas même mise aux voix et qu'elle resta étouffée au milieu du tumulte. Mais comment le duc de Raguse , qui jugea si bien la situation , et qui vit partout forte-