‹ Réfutation des Mémoires du maréchal Marmont, duc de RaguseChapitre 66 sur 189 · LIVRE GIX'QUIÈIfe · texte numérisé non relu

LIVRE GIX'QUIÈIfe

ment exprimé le désir du grand changement que Bonaparte venait opérer dans le gouvernement de la France , comment le duc de Raguse peut-il repro^ cher aux membres opposants des deux conseils dé n'avoir pas imaginé de se réunir ailleurs^ et de s'être dispersés sans avoir montré ni courage ni grandeur ? Cette réunion leur aurait-elle rendu l'appui de l'opinion publique 9 base de leur puissance, et qu'ils avaient perdu depuis longtemps? Le discrédit incontestable dont ils étaient frappés ne tenait pas au palais dans lequel ils délibéraient , et ils l'auraient retrouvé partout aussi profond et aussi désespérant. S'il y avait eu lieu à lutter plus obstinément et à déployer du courage et de la grandeur, les nobles cœurs et les beaux caractères n'auraient pas manqué dans les deux conseils. Mais toute résistance serait devenue une folie , quand l'entraînement vers le héros libérateur était si universel. Les représentants qui protestèrent énergiquement contre la violation du temple des lois par les gens de guerre ) et qui ne cédèrent qu'à la force, firent tout ce que pouvait exiger l'esprit républicain, sans méconnaître ce que comportait l'état d'abaissement et d'impuissance des grands pouvoirs nationaux. Le moment était venu pour la révolution de concentrer sa représentation souveraine et d'arrêter le relâchement du principe d'autorité. La République avait sauvé la Révolution ^ et s'était perdue elle-même. In-

traduite en France pour y seconder le développement et le jeu des passions populaires contre V Europe manar^ chique et les royalistes de l'intérieur ^ elle avait revêtu la multitude eooaspérée de la plénitude du pouvoir souverain et subordonné toutes les capacités sociales à la puissance du nombre. Un tel systhne était essentiellement transitoire de sa nature. Conçu au milieu des dangers du pays^ il devait disparaître avec les circonstances qui l'avaient fait naUre; et comme il n^avait pu sauver VÉtat sans le tourmenter et le dé^chirer cruellement j il était mêtAe destiné à tomber som le poids de la réprobation du peuple qu'il avait préservé de la honte du joug étranger et des périls de la contrerévolution intérieure ^ Malgré cette impopularité alors manifeste des formes républicaines, le coup d'État de brumaire ne fut pas aussi aisément consommé que celui de fructidor. Il y eut des hésitations à Saint^loud , parce que les assemblées qu'il s'agissait de disperser, si elles ne gouvernaient plus l'opinion publique, représentaient néanmoins des idées , des passions et des intérêts démocratiques , essentiellement liés à la révolution au nom de laquelle Bonaparte se présentait à Is^ barre des conseils. Si la majorité législative eût été royaliste comme en l'an v, elle eût été expulsée sans difficulté

' Je tire cette appréciation d^un livre que je publiai en 1828 et ayant pour titre : Réfutation de Vhistoire de France de Vabbé de Montgaillard,

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