‹ Réfutation des Mémoires du maréchal Marmont, duc de RaguseChapitre 7 sur 189 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

plame, et que, sous cette apparence d'équité, il cache un nouveau biais pour ménager de plus amples satisfactions à cette infatigable et mauvaise conseillère. Il fallait bien convenir de la sagesse et de la mansuétude révolutionnaire du commandant d'artillerie, pour être amené à dire qu'il était sans con victi(m ; que sa modération lui venait du tempérament; son patriotisme, du calcul; sa connaissance du cœur humain , de son origine demi-barbare ; et que le premier Corse venu était après tout aussi savant que lui en cette matière. Mais ce révolutionnaire modéré , éloigné de tous les excès par caractère ou par défaut de conviction , s'était lié au siège de Toulon avec un représentant dont le nom servait de signe populaire au terrorisme, bien qu'il fût luimême de m<Burs assez douces et raisonnable d^opi^ mon. (1 , 54.) Bonaparte avait vécu dans la familiarité de Robespierre jeune. A la chute de Robespierre atné , il regarda cet événement comme un malheur pour la France ^ dit Marmont, non assurément qu'il fût partisan du système suivi (sa mémoire est audessus de pareille accusation , et je crois l'avoir justifié d'avance) , mais parce quil supposait le moment d'en changer imminent : l'isolement àe Robespierre^ qui depuis quinze jours s'absentait du comité de sûreté générale, en était à ses yeux l'indication. Il m'a dit à moi même ces propres paroles : « Si Robespierre fût resté au pouvoir, il aurait modifié sa marche; il eût

M RÉFLTATION DES tféifOIRES DU DUC DE RAGUSE.

rétabli l'ordre et le règne des lois; on serait arrivé à ce résultat sans secousses, parce qu'on y serait venu par le pouvoir; on prétend y marcher par une révolution \ et cette révolution en amènera beaucoup d'autres. » (I, 56.)

M^rmont ajoute que cette prédiction s*e$t vérifiée ^ et que les massacres du Midi^ eœécutés immédiatement au chant du Réveil du peuple, étaient ausài odieuœ^ aussi atroces, aussi a/preux que tout ce qui les avait devancés.

Mais, à part cette boutade d'impartialité dont il

faut d'autant plus lui tenir compte qu'il y a moins

habitué ses lecteurs , le duc de Raguse a con- «

serve toute sa malveillance systématique à l'égard de son ancien général, en disant, à propos des étroites relations qu'il forma avec Robespierre jeune, que sans doute il avait vu en lui les éléments de sa grandeur future. (I, 54.)

Quoi que Bonaparte puisse faire , comme homme , comme soldat ou comme citoyen, il'n'est jai^ais qu'un spéculateur politique rempli d'orgueil et dé** voré d'ambition. Ses amitiés et ses haines, toutes ses combinaisons et toutes ses démarches, exclusives d'inspiration généreuse et de spontanéité patriotique , auraient été uniquement et toujours déterminées par l'intérêt. Cette fois du moins il eût bien mal réussi dans ses calculs , s'il se fût lié en vue de son avancement avec le frère du dominateur de l'époque,

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