‹ Réfutation des Mémoires du maréchal Marmont, duc de RaguseChapitre 70 sur 189 · UVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

UVRE CINQUIÈME

moins approprié à son autorité réelle, que le glorieux successeur du Directoire avait à montrer qu'il gouvernait selon la raison , la vérité et l'intérêt bien entendu de la France. Or, Marmont lui-même, malgré sa malveillance invétérée , proclame que le Premier Consul tira l'État du chaos , qu'il fit succéder la plus rapide et la plus étonnante prospérité à la plus affligeante détresse. Devait-il compromettre le succès de cette grande -métamorphose , en heurtant sans ménagement les idées, les mœurs, les préjugés mêmes de l'époque, au risque de provoquer des résistances et des soulèvements qui pouvaient être facilement évités? L'exemple du général Macors, cité comme une preuve de niaiserie , prouve que Bonaparte connaissait bien la puissance des mots et jugeait parfaitement la situation, quand il se croyait obligé de cacher un pouvoir à peu près illimité sous un titre modeste. Mais Marmont avait pensé, dès le départ pour l'Egypte, que Bonaparte pourrait prendre la couronne à son retour, et il avait trouvé Murât ridicule de n'imaginer rien de mieux pour son général qu'une dispense d'âge pour se faire nommer directeur. La distinction du général Màcors, si risible qu'elle fût, exprimait un sentiment que beaucoup de gens partageaient et qu'il eût été imprudent de blesser et de soulever. Bonaparte ne trompait personne et n'outrageait ni la raison ni la vérité en prenant, pour sauver et relever la France, les

formes çt les moyens qu'elle devait trouver le plus acceptables.

S IV

Une nouvelle campagne se préparait en Italie et en Allemagne. Le Premier Consul proposa à Marmont le commandement de Tartillerie de Tannée de réserve qui se réunissait à Dijon. Marmont préférait un conmiandement de troupes , « le seul , difril , qui forme à la conduite des armées et qui mène à la grande gloire. » Le Premier Consul combattit cette préférence. « Il me fit remarquer avec raison , dit Marmont , la différence de l'importance des fonctions d'un général commandant une brigade et de celles du commandant de l'artillerie d'une armée : . il n'y avait aucune parité ^ et il ajouta : « En servant dans la ligne j vous courez les chances de vous trouver sous les ordres de Murât ou de tout autre général aussi dépourvu de talent^ ce qui sans doute ne doit pas vous convenir; en commandant l'artillerie, vous serez sous les miens seuls. » (II, 4 4 0, 4 4 4 .)

Ainsi, dès les premiers jours du Consulat, Mar« mont n^avait plus de supérieur possible dans l'armée que le vainqueur d'Arcole et des Pyramides , et de l'aveu du grand capitaine lui-môme. Tous ces super* bes lieutenants de Napoléon , couverts de tant de gloire dans nos fastes militaires, étaient plus ou moins dépourvus de talents, comme Murât , et le

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