‹ Réfutation des Mémoires du maréchal Marmont, duc de RaguseChapitre 69 sur 189 · UVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

UVRE CINQUIÈME

camarades ^ avait échappé à la monomanie malfai* santé de Marmont, qui s'était contenté de dire, en parlant de sa bravoure , que ses os avaient le rare privilège d'être impénétrables à la balle, et de la détourner ou de l'aplatir. Maintenant le général d'artillerie, sans s'expliquer davantage, déclare avoir renoncé à un poste qui était tout à fait dans ses convenances pour ne pas tomber sous l'autorité de Lannes, ce qui suppose en lui des sentiments peu favorables à ce dernier.

Marmont entra donc au conseil d'État, où il fut attaché à la section de la guerre. Il vit le pays sortir du chaos , les améliorations se succéder rapidement , le Premier C!onsul s'entourer de ministres capables et honorables, le crédit public s'établir prompte-» ment , et Tordre enfin revenir partout , et avec lui les ressources. (II , 1 06.) Chargé de la négociation d'un emprunt en Hollande , il se rendit à Amsterdam muni de pleins pouvoirs , et y fut parfaitement secondé par le ministre de France, M. de Sémonville, dont il dit avec raison que c'était un des hommes les plus spirituels de notre époque. (II, 107.) Malgré cet appui, le négociateur échoua dans sa mission financière. « Dans ce voyage, dit Marmont, j'eus l'occasion de voir combien les hommes ordinaires se laissent prendre facilement aux mots : enfants et niais à tout âge. Un vieil officier d'artillerie, le général de division Macors, commandait à cette époque

Fartillerie de Tannée en Hollande ; en ma qualité de camarade de la même arme, J'allai le voir. Il me parla beaucoup des changements politiques survenus et de la révolution du 4 8 brumaire. — a L'inquiétude avait été grande dans Tarmée, me dit-il. Imaginezvous , général , qu'on avait fait courir le bruit que le général Bonaparte avait été nommé dictateur! A cette nouvelle , tout le monde avait été au désespoir : il n'en eût pas fallu davantage peut-être pour causer un soulèvement ; mais enfin le télégraphe vint à notre secours ; il nous fit connaître que le général Bonaparte était premier consul , et nous respirâmes en liberté. » — Des mots, des mots et un peu d'à- ' dresse , et l'on peut tromper les hommes tant qu'on le veut ; mais il vaut mieux les conduire par les voies de la raison , de leur intérêt bien entendu et de la vérité. »(II, 108-109.)

Mais, sérieusement, le général Bonaparte avait-il trompé les Français, et cherchait-il à les conduire adroitement par des mots mensongers, contrairement à ce que leur intérêt bien entendu , la raison et la vérité lui auraient prescrit , parce que , devant exercer une influence suprême et un ascendant irrésistible sur le gouvernement de la France , il s'était contenté du titre de consul , au lieu de prendre franchement celui de dictateur, qui exprimait mieux la nature du pouvoir qu'il prétendait exercer?

C'était par ses actes , et non par son titre plus ou

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