LIVRE GIXQUIKUE
léon prépare l'un de ses plus beaux triomphes; il va conquérir la paix, en mettant le comble à sa gloire, sur le champ de bataille de Marengo dont il doit immortaliser le souvenir, et tout ce qu'il fait pour parvenir à ce magnifique résultat est précisément le contraire de ce qu'un général de talent, tel que Marmont le conçoit, n'aurait pas manqué de faire. Il y a plus : aux fautes commises dans les prépara* tifs de cette journée décisive , vinrent se joindre les erreurs et les fausses manœuvres pendant l'action , à tel point que vers la fin du jour la bataille semblait inévitablement perdue. Heureusement Marmont était là. « Il était près de cinq heures, dit-il , et la division Boudet , sur laquelle reposaient notre salut et nos espérances, n'était pas arrivée. Enfin, peu après elle nous rejoignit. Le général Desaix la précéda de quelques moments, et vint rejoindre le Premier Consul. Il trouvait Tafiaire dans ce fâcheux état, il en avait mauvaise opinion. On tint à cheval une espèce de conseil auquel j'assistai; il dit au Premier Consul : « // faut qu'un feu vif d'artillerie » impose à l'ennemi , avant de tenter une nouvelle » charge, sans quoi elle ne réussira pas : &est ainsi, y^ général j que Von perd les batailles. Il nous faut alh » solument un bon feu de canon. »
ce Je lui dis que j'allais établir une batterie avec les pièces encore intactes et au nombre de cinq; en y joignant cinq pièces restées sur la Scrivia , et ve-.
nant d'arriver, et de plus les huit pièces de sa division, j'avais une batterie de dix-huit pièces. « C'est » bien, me dit Desaix; voyez, mon cher Marmont, » du canon j du canon , et faites^n le meilleur usage possible. d( II, 431,132.)
Desaix avait toujours montré la plus grande déférence pour le Premier Consul, dont il était le meilleur ami et le plus sincère admirateur* Il est peu probable qu'en l'abordant à Marengo, il ait pris envers ce chef aimé et admiré le ton de supériorité et la disposition au blâme que lui prôte Marmont.
Poursuivons.
Marmont s'empressa d'exécuter les ordres de Desaix , non ceux de Bonaparte , qui ne lui en donna aucun et qui laissa faire son lieutenant. Les dix-huit pièces mises promptement en jeu par le général de l'artillerie arrêtèrent tout d'abord l'ennemi, que la division Boudet attaqua ensuite avec vigueur, et qu'une brillante charge de cavalerie , conduite par le jeune Kellerman , acheva de mettre en déroute, (c Si la charge, dit Marmont, eût été faite trois minutes plus tard , nos pièces étaient prises ou retirées; et peut-être que n'étant plus sous l'influence de la surprise causée par les coups de canon à mitraille, la colonne ennemie aurait mieux reçu la cavalerie. Il en aurait peut-être été de même si la charge eût précédé la salve; ainsi, il a fallu cette combinaison précise pour assurer un succès aussi