LIVRE CINQUIÈME
jours du dix-huitième siècle, elle n'a été réellement écrite que plus de vitigt-cinq ans après , alors que le duc de Raguse s'occupait de la rédaction de ses Mémoires, et qu'il avait , plus qu'en 4800, des raisons d'être agréable à S. M. l'empereur d'Autriche. Le Premier Consul se montrait à Milan moins disposé que son ancien aide de camp à trouver douœ et paternel le gouvernement de l'Autriche en Italie. Il songeait à réorganiser la République cisalpine , dont les plus ardents promoteurs glissaient alors dans les cachots des citadelles autrichiennes , et, avant de quitter la capitale de la Lombardie pour se remettre en campagne , il publia une proclamation où il appelait l'armée à venger la violation du
territoire national sur les côtes de la Ligurie , à re-
lever la République cisalpine, devenue le jouet du grotesque régime féodal ^ à délivrer le peuple de Gênes de ses étertiels ennemis, et à justifier la reconnaissance que manifestaient d'avance des millions d'hommes.
Les populations venaient de toutes parts à la ren« contre du libérateur qui était impatient de frapper un grand coup, et d'assurer l'indépendance de l'Italie par la destruction de l'armée autrichienne. Malheureusement les troupes de Masséna et de Suchet, sur lesquelles il avait compté après la capitulation de Gênes , prirent une fausse direction , et ne purent rallier à temps l'armée du Premier Consul.
184 RÉPUTATION DES MÉIfOIRES DU DUC DE RAGUSE.
ce Ces troupes furent inutiles , dit Napoléon. La victoire de Marengo devait remédier à tout. » {Mémoires de Napoléon, yi y 223.)
Cependant le commandant de l'artillerie était loin de penser que le chef de l'armée eût tout préparé et combiné avec résolution et habileté pour obtenir un aussi éclatant triomphe.
« On peut reprocher au Premier Consul , dit-il , d'avoir divisé ses forces au moment où l'ennemi rassemblait nécessairement les siennes, et de s'être ainsi volontairement soumis aux chances d'un combat très-inégah Le talent d'un général en chef est de mouvoir ses troupes de manière à donner des inquiétudes à l'ennemi sur plusieurs points , dans le but de l'affaiblir sur celui où il a l'intention d'agir. Aussitôt qu'il a obtenu ce résultat, il rassemble brusquement les siennes sur le point où il veut combattre , et, de cette manière , il se trouve supérieur en forces à son ennemi sur le champ de bataille qu'il a choisi. Le Premier Consul , qui jusque-là avait toujours agi ainsi , fit en cette circonstance tout le contraire , et il s'occupa de prendre l'ennemi, en s' emparant de toutes ses communications, avant de l'avoir battu. Il eût été plus prudent de s'assurer d'abord les moyens de le vaincre avant de le faire prisonnier; mais, à cette époque, tout devait nous réussir. » (11,125,126.)
Toujours le fatalisme pour consoler l'envie ! Napo-