‹ Réfutation des Mémoires du maréchal Marmont, duc de RaguseChapitre 80 sur 189 · S VL · texte numérisé non relu

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Marmont , qui accusait naguère les Italiens d'injustice envers T Autriche, dont il vantait la domination douce et paternelle ^ affecte , après Marengo, la sympathie la plus vive pour l'indépendance entière de l'Italie. Il ne faut point s'en étonner. En prenant parti pour Taffranchissement complet de la Péninsule et pour l'établissement de l'unité italienne, il se fait plus libéral que le fondateur des républiques de la Ligurie et de la Cisalpine, et il se crée ainsi un prétexte d'accuser le héros , accueilli partout en libérateur, d'avoir trompé les vœux et les espérances de l'Italie par une émancipation partielle et mensongère, «c En calculant toujours froidement les intérêts de son orgueil et leur sacrifiant tout, dit Marmont ^ il s'est procuré momentanément des jouissances, mais il les a payées cher. Il a compté pour rien le vœu légitime des peuples , et plus qu'un autre il en connaissait l'efficacité ^ car primitivement sa puis*

i9a RÉFUTATION DES MEMOIRES DU DUC DE RAGUSE.

sance n'avait pas eu d'autre base. Les Italiens , si remarquables par leurs lumières , par leur esprit , par la douceur de leurs mœurs , si riches par la pos^ session du sol le plus fertile de l'Europe , si favorisés par le plus délicieux climat , si grands par le souvenir de ce qu'ils ont été ^ ne formaient alors y ne forment encore qu'un vœu , qu'un désir, n'ont qu'un besoin : c'est de devenir une nation , de retrouver l'indépendance politique qu'ils ont perdue depuis tant de siècles d'oppression , et de voir réunies en un tout compacte tant de parties homogènes. Leur langue est la même ; les plus hautes montagnes ou la mer les environnent de toutes parts , et ils possèdent tous , les moyens nécessaires à leur conservation , à leur défense, à leurs besoins. Si Bonaparte, s' élevant au-dessus d'une politique vulgaire et d'une ambition commune , avait rempli ce vœ.u , avait fondé , sans arrière-pensée et dans l'intérêt propre de ce pays , un grand État en Italie, la France eût trouvé en cette puissance une alliée fidèle , contribuant puissamment à maintenir sa suprématie en Europe et le repos du monde. C'est dans V intérêt et r honneur des peuples que sont les bases d'une politique durable : mais c'est un langage que Bonaparte n^a jamais compris. » (II , 1 46.)

On ne saurait trop applaudir à cette conversion si brusque et si libérale de l'apologiste de la politique autrichienne en Italie. Le duc de Ragu§e proclame

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d'ailleurs un principe qui n'est contesté par per« sonne. Uintérét et l'honneur des peuples doivent être les seuls guides des gouvernements qui aspirent à la durée. Mais est-il vrai que Bonaparte n'ait jamais compris ce langage ? Marmont ne se lasse pas de reproduire cette accusation capitale contre Napoléon ; il veut à tout prix que le grand homme disparaisse pour faire place à l'ambitieux égoïste. Quand le conquérant de Tltalie porte ses vues bien haut et bien loin , il lui reproche de toucher à l'extravagance par l'exagération de ses projets et de ses espérances; quand le négociateur de Léoben , vainqueur à MarengOy persiste, en homme d'État, à tenir compte des nécessités temporaires ou locales et à graduer l'émancipation italienne , il ne voit plus en lui que le timide praticien d'une politique vulgaire ; et , dans les deux cas , voisin de la folie ou esclave de la routine, Napoléon n'est jamais, sous la plume de son détracteur inintelligent ou déloyal , que le serviteur passionné de son intérêt particulier et de sa grandeur personnelle. Marmont n'a pas compris que cette personnalité gigantesque n'est parvenue à dominer tant d'autres personnalités, douées de brillantes qualités et dévorées d'ambition , que parce que l'intérêt individuel se confondait en elle avec l'intérêt général, et que le moi n'était si exigeant, si opiniâtre et si hautain dans Napoléon que parce que le héros , s'identifiant de bonne heure avec la nation ,

se considérait comma la tête et le cœur de la France, en même temps qu'il regardait la France comme la tête et le cœur de l'Europe et du monde civilisé.

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