‹ Réfutation des Mémoires du maréchal Marmont, duc de RaguseChapitre 88 sur 189 · LIVRE SIXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIEME

bourg le drapeau de la révolution et les aigles de l'Empire. Davout se serait vanté , en 1809, d'être tout prêt, si les intérêts de la politique impériale l'exigeaient, à détruire Paris sans que personne pût en sortir ni s'en échapper, pas même sa femme et ses enfants 1 Mais, en 1 81 5, Davout démentit par sa conduite , aussi prudente que patriotique , ce servilisme sauvage et cynique dont Marmont l'accuse. Il fut placé, à cette époque, entre les exigences de la politique de Napoléon et le salut de la population parisienne, et, sans rien rabattre de son attachement pour l'Empereur, il ne cessa pas d'opiner et d'agir pour la conservation de Paris, bien que ce parti fût combattu par les généraux et les hommes d'État qui n'avaient pas encore perdu tout espoir d'une résurrection impériale.

La paix de Lunéville était signée ; Marmont revint à Paris, et reprit ses fonctions au conseil d'État. Il s'occupa aussi de l'artillerie, et proposa à ce sujet des observations si remarquables, que le Premier Consul exprima le désir qu'elles lui fussent soumises par écrit. Marmont rédigea en effet un mémoire fort développé^ qui eut un succès complet auprès de lui. (II, 196.)

« A cette époque, le Premier Consul s'occupa du

rétablissement du culte; il vit mieux et de plus haut que tout le monde , car son succès fut complet ^ et cependant il fut presque seul de son avis ; tout ce qui avait marqué dans la révolution , et les militaires en particulier, reçurent fort mal le projet; mais rien n'en arrêta Texécution. Le Premier Consul avait jugé le culte public dans le goût et les besoins de la nation; j'avais été frappé de l'irritation de quelques-uns de mes camarades, et, quoique je n'aie jamais été à l'irréligion, que j'aie souvent même envié le bonheur de ceux dont la croyance est profonde, à cause des consolations qu'ils en tirent, je partageais leurs préventions. L'établissement d'un clergé comme corps, avec sa puissance, sa hiérarchie et ses distinctions , était si éloigné de tout ce qui avait précédé et paraissait une chose si nouvelle, que j'en parlai au Premier Consul, et lui exprimai mes doutes. Il eut avec moi une conversation fort longue sous les grands arbres de la Malmaison; il me démontra que la France était religieuse et catholique , que la seule manière d'être maître du clergé et de diriger son influence était de le rétablir, de l'organiser, de l'honorer et de pourvoir à ses besoins; il ajouta : « Quand cela sera » fait, mon pouvoir sera doublé en France, et » j'aurai pris racine dans le cœur du peuple. » (II, 198, 199.) Le sceptique ne]se tint pas pour battu. Il fit va-

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loir rincoDVénient grave résultant , pour les paya catholiques 9 du trop grand nombre de fêtes, et il profita de ses connaissances économiques pour donner une bonne leçon au Premier Consul , parfaite* ment ignorant en ces matières y dit Marmont , et qui allait rétablir le culte, sans prévoi^ les conséquences qu'un chômage trop fréquent pouvait avoir sur le travail national dans les ateliers et dans les champs. Heureusement , ce Bonaparte , que le duc de Raguse a fait tant de fois inaccessible aux conseils de la sa* gesse et de la raison, après avoir maintenu d'abord sa première opinion , consentit à écouter docilement l'enseignement scientifique et philosophique de son ancien aide de camp , qui lui exposa , d'après des autorités dont il n'a pu retrouver le souvenir, que le temps perdu par les fêtes expliquait la différence de prospérité des États catholiques et des États protestants; ce qui était facile à comprendre, quand on réfléchissait qu'il y avait dans ceux - là jusqu'à soixante-dix jours , c'estrà-dire le cinquième de fan^^ née employé à consommer sans produire. « La ré* flexion le convainquit, dit Marmont, car le concor* dat supprima toutes les fêtes, excepté les quatre pour lesquelles TËglise a une dévotion particulière. Ce que m'avait annoncé le Premier Consul se vérifia; les murmures d'un petit nombre de mécontents passèrent, et les quatre-vingt'diohneuf centièmes de la na^^ tion furent satisfaits d'avoir la possibilité et la liberté

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de remplir les devoirs de leur religion; ils bénirerU le Premier Consul. » (II, 200.)

L'événement justifia donc les prévisions de l'homme d'État qui gouvernait la République après l'avoir tant illustrée j et imposa silence aux esprits forts de son entourage. « Ce n'est pas le mystère de l'Incarnation que je vois dans la religion , leur di« sait-il, c'est le mystère de l'ordre social. Mais est-il croyable que cet homme, si supérieur par son génie philosophique comme par son génie militaire aux publicistes et aux soldats qui l'aidaient à assurer le repos , la prospérité et la grandeur de la France , ait eu besoin de la science économique et d'une leçon fortuite de l'un de ces esprits forts pour faire un concordat conforme aux idées, aux mœurs et aux intérêts nouveaux de la nation ? Est-il possible que le Premier Consul, qui avait auprès de lui, pour mûrir et discuter ce grand projet, des conseillers aussi éclairés et aussi sages que les Tronchet, les Portails, les Siméon, les Treilhard, etc., etc., n'ait été amené que par hasard à préserver la France régénérée des abus qu'il savait contribuer à entretenir la paresse et la misère parmi les vieilles nations du midi de l'Europe? Non, ce ne fut point le philosophisme de Marmont, accidentellement interrogé, qui fit supprimer les fêtes trop nombreuses consacrées dans l'ancien régime , et si funestes à l'industrie nationale et à la richesse publique; ce fut plutôt

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