‹ Réfutation des Mémoires du maréchal Marmont, duc de RaguseChapitre 87 sur 189 · LIVRE SIXIÈME. SU · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME. SU

illicites. Ses revenus, en dotation, se sont montés jusqu'à un million cinq cent mille francs. Homme d'ordre , maintenant la discipline dans ses troupes , pourvoyant à leurs besoins avec sollicitude , il était juste mais dur envers les of&ciers, et n'en était pas aimé. Il ne manquait pas de bravoure, avait une intelligence médiocre , peu d'esprit , peu d'instruction et de talent, mais une grande persévérance , un grand zèle , une grande surveillance , et ne craignait ni les peines ni les fatigues. D'un caractère féroce , sous le plus léger prétexte et sans la moindre forme , il faisait pendre les habitants des pays conquis. J'ai vu, aux environs de Vienne et de Presbourg, les chemins et les arbres garnis de ses • victimes.

» En résumé , son commerce était peu sûr. Tout à fait insensible à l'amitié, il n'avait aucune délicatesse sociale ; tous les chemins lui étaient bons pour aller à la faveur, et rien ne lui répugnait pour la conquérir» C'était un mameluk dans toute la force du terme y vantant sans cesse son dévouement. Il reçut une fois une bonne réponse de Junot, qui, jaloux des biens sans nombre dont l'Empereur le comblait ^ lui dit : » Mais dites donc , au contraire , que c'est TEmpereur qui vous est dévoué. » Ce dévouement^ dont il faisait toujours parade, il le portait dans ses expressions jusqu'à l'abjection. Nous étions à Vienne ^ en 1809) l'on causait dans un

moment perdu , comme il y en a tant à l'armée , et le dévouement était le texte de la conversation. Davout, suivant son usage , parlait du sien, et le mettait au-dessus de tous les autres : « Certainement , dit -il 9 on croit avec raison que Maret est dévoué à l'Empereur; eh bien, il ne l'est pas au même degré que moi. Si l'Empereur nous disait à tous les deux : « Il importe aux intérêts de ma po- » litique de détruire Paris sans que personne n'en » sorte et ne s'en échappe , » Maret garderait le secret, j'en suis sûr; mais il ne pourrait pas s'empêcher de le compromettre cependant, en faisant sortir sa famille; eh bien, moi, de peur de le laisser deviner, j'y laisserais ma femme et mes enfants. » Voilà quel était Davout. » (II, 190, 191, 192, 193, 194, 195.)

Ce portrait a été tracé dans un accès de vengeance ou de jalousie fébrile. Davout était dur, mais sans être cruel; dévoué à l'Empereur, mais sans le séparer de la France , et sans lui sacrifier les droits de l'honneur ni les sentiments les plus sacrés de l'humanité. Essayer de faire de lui un espiœij un barbare j un mameluk dans toute la force du terme ^ c'est entreprendre ce que tout soldat de la grande armée eû(^ repoussé avec indignation , et ce qui ne pouvait tenter que le maréchal qui avait trahi son pays et son bienfaiteur à Essonne, tandis que son collègue, si horriblement défiguré, défendait à Ham-

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